N comme… Noria de questions

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

Je relève le défi de mon amie auteure Elisa Tixen en participant, à mon tour, au sunshine blogger award. Il s’agit de répondre à 11 questions et envoyer 11 nouvelles questions à 11 bloggers.

  1. Pourquoi ce blog, pour qui ?

J’ai ouvert mon blog d’auteure pendant ma formation à l’Académie Anaël Verdier. Au début, c’était une façon de me parler à moi-même, de clarifier ce que j’avais envie d’écrire, de construire mon identité d’auteure. Aujourd’hui, c’est aussi aller à la rencontre de mes lecteurs et partager mon aventure dans l’écriture. C’est un rendez-vous régulier que j’aime beaucoup. L’idée d’écrire mes articles à partir des 26 lettres de l’alphabet m’est venue l’année dernière. La contrainte de la lettre est un amusement qui sert la créativité. Un petit regret cependant, ne pas avoir plus de commentaires, mais comme je suis la première à en laisser très peu sur les blogs…

  1. Quel est le livre qui t’a le plus marqué ?

Difficile de répondre, en général, j’oublie aussitôt lu. Je suis trop intensément dans l’ici et le maintenant de chaque lecture. Les livres qui me marquent sont ceux qui contiennent le plus d’émotions. Ce sont ceux-là que j’aimerai écrire aussi.

En poésie, l’œuvre de René Char m’accompagne au quotidien. J’adore lire (et écrire) des haïkus.

En théâtre, « Le malentendu » d’Albert Camus, et « Antigone » de Jean Anouilh ont mes préférences.

  1. Et quel est celui que tu ne liras jamais ?

Le genre fantasy, vampires et science-fiction ne m’attirent pas du tout.

  1. Quelle est la musique que tu écoutes en boucle en ce moment ?

J’écoute peu de musique. Comme écrivait André Gide, « je suis peuplée » et je finis par oublier que la musique passe, n’entendant même pas que le CD est terminé ! J’aime le jazz et la bossa nova. Je passe en boucle très régulièrement le bruit des vagues de l’océan, surtout sans musique, les bruits de la nature, seuls, ainsi qu’un CD de cloches. Non ne riez pas, j’adore le son des cloches, cela me donne une pêche d’enfer !

  1. Une soirée idéale pour toi, ça ressemble à quoi ?

Je ne vais pas être très originale : dans un ailleurs lointain, en amoureux autour d’un menu gourmet, au bord de l’eau. Et ici, seule dans mon canapé, un livre et une tasse de thé.

  1. Quel est le rêve que tu serais très malheureuse de réaliser ?

Aucune idée ! Mais j’ai plein de rêves que j’aimerai concrétiser.

  1. Écriture à l’instinct ou planifiée ?

Les deux Mon capitaine. A l’instinct : le matin ou le soir, dans un bar ou sur la plage, sur ma terrasse ou dans mon lit, à partir d’une idée de lieu ou de personnage ou d’histoire… En général j’écris alors par à coups et comme ça vient. Planifiée : synopsis rigoureux sous les yeux, mais qui ouvre l’espace à l’inconnu, une histoire qui connaît sa fin, des personnages travaillés en amont, des interactions réfléchies en avance, une écriture (quasi) quotidienne.

  1. Un ange te rend visite, il te dit quoi ?

Il m’encourage ! Il me rappelle que la procrastination est un vilain défaut !

  1. Resto gastro ou plutôt bistrot ?

J’aime les deux, je pense même que j’aime tous les lieux, du moment que je mets les pieds sous la table. Je déteste cuisiner ! Un vrai frein à la vie sociale et un malheur pour mon porte-monnaie !

  1. Ton endroit préféré pour écrire ?

Je n’en ai pas vraiment. Je peux écrire partout. Dès que je choisis de me mettre dans ma bulle d’écriture, le lieu importe peu. Je suis dans mon stylo, et le ciel peut me tomber sur la tête.

  1. Après toutes ces vérités, un petit mensonge ?

Je ne lis plus d’ouvrages sur l’écriture car le Prix du Polar de Cognac ou Lyon, c’est pour demain !

Voici à mon tour mes onze questions. Libre à 11 d’entre vous de vous en saisir !

  1. Depuis que tu tiens ton blog d’auteur(e), qu’est-ce qui a changé au fil de cette expérience ?
  2. Quels sont les livres qui t’ont donné(e) envie d’écrire ?
  3. Qu’est-ce qu’écrire pour toi ?
  4. Quel a été l’élément déclencheur de la première fois ?
  5. Qu’est-ce qui est le plus facile et le plus difficile à écrire ?
  6. As-tu des rituels autour de l’acte d’écrire ?
  7. En quoi ta vie et tes expériences sont-elles des sources d’inspiration ?
  8. Est-ce que tu effectues des recherches particulières avant d’écrire ?
  9. Quels messages désires-tu donner à tes lecteurs ?
  10. As-tu une organisation particulière ?
  11. Quelle est ta citation préférée ?

N comme… Noir

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

De toutes les littératures de roman noir, j’aimerai saluer le néo-polar[1], version française post soixante-huitarde, au moment nous commémorons le 40ème anniversaire du mouvement qui embrasa le pays tout entier.

Pour Jean-Pierre Manchette, le crime n’est pas un fait isolé relevant de la seule responsabilité de l’individu mais une conséquence inévitable de l’organisation sociale, économique et politique.

Pour cet auteur, « le bon roman noir est un roman social, un roman de critique sociale qui prend pour anecdote des histoires de crimes, mais qui essaie de donner un portrait de la société ».

Si leur écriture rend compte de la psychologie des personnages, elle s’intéresse bien davantage aux rapports sociaux. Ces auteurs mettent l’accent sur les violences institutionnelles et sociétales. Le crime devient un prétexte et l’enquête explore les failles d’une société bourgeoise considérée comme criminelle.

Les indices ne portent plus vers la recherche du comportement déviant de l’individu. Celui-ci est un simple rouage dans un vaste système dont il ne saisit ni l’ampleur, ni la réelle influence.

Ils révèlent les vérités masquées par les discours officiels de l’idéologie dominante. Ils dénoncent les ravages des inégalités et des injustices, les pouvoirs d’Etat et les dictatures financières.

Ces auteurs choisissent délibérément d’inscrire leurs intrigues dans un positionnement politique. Ils s’inspirent de faits réels. Jean-Pierre Manchette, « L’affaire N’Gustro » (1971) basé sur l’enlèvement de Medhi Ben Barka en 1965. Didier Danickx, « Meurtres pour mémoire » à partir des manifestations d’Octobre 61 et sur la déportation des Juifs pendant l’Occupation. L’auteure Dominique Manotti, dans « Lorraine Connection » s’inspire de l’affaire Daewoo.

C’est mon côté assistante sociale qui s’intéresse à cette écriture. Les personnes fragiles et en difficultés ne le sont pas seulement parce que leur histoire singulière est compliquée. Elles le sont aussi parce que la société ne leur ouvre pas toujours une place au soleil.

C’est le paradoxe de ma fonction : instrument du pouvoir en place pour appliquer les politiques publiques, il n’en demeure pas moins salutaire et essentiel de se révolter lorsqu’elles broient l’individu. Je m’y emploie au quotidien. L’impertinence est une valeur du travail social.

Côté lectrice, je suis une fan de cette littérature engagée. Côté auteure, c’est une piste que je n’ai pas encore explorée. Mes textes abordent davantage le chemin singulier de mes personnages, le contexte social n’est pas franchement travaillé même s’il en surgit parfois des éléments.

Qui sait, un jour, j’y viendrais peut-être ?

 

 

[1] Eléments de mon article in Véronique DESNAIN « Style et idéologie dans le roman noir ». Revue Itinéraires. Janvier 2015.

L comme… Ludique

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

C’est ainsi que je conçois l’écriture. Vous allez me rétorquer qu’écrire des histoires de meurtre n’a rien de très réjouissant. Détrompez-vous, je m’amuse follement. Du je au jeu !

Mes premières tentatives, toute jeune, relevaient d’un je douloureux. Quand écrire est thérapeutique, les mots tremblent au bord des lèvres. L’acte d’écrire est vital, il s’agit de respirer au-dessus des nuages pour ne pas être broyée par le chagrin. Ecrire fait mal quand la plume fouille sa part d’ombres.

Aujourd’hui, mes écrits naissent d’un je joyeux. Je suis peuplée d’une multitude d’histoires qui ne demandent qu’à envahir la feuille blanche. Quand je pense à un personnage, je l’assemble tel un puzzle : un physique, un caractère, un lieu de vie, un métier…

Je réfléchis à sa trajectoire, je décide de l’amener dans telle ou telle direction. Je change parfois si sa cohérence interne ne semble pas convenir à mon premier mouvement. Je reste ancrée dans la psychologie de mon personnage, je tente d’anticiper ce qui est vrai pour lui. Il n’est pas important que ce soit véridique, il s’agit d’être vraisemblable.

Le jeu est dans les multiples possibilités qui s’offrent à son avenir. En fonction de ce choix, l’histoire sera différente. Telle une distribution de cartes, mes héros auront des atouts pour réussir leur partie mais rencontreront aussi les obstacles du jeu de l’oie. Quitte à reculer de plusieurs cases ou repasser par la case prison sans toucher de bonus.

Le format de la Nouvelle autorise des expérimentations tout au long du recueil. Les personnages diffèrent, ce qui leur arrive a la fulgurance d’un texte court. Ce qui me permet de jongler dans plusieurs univers et destinées, au gré de ma fantaisie.

Ludique parce dans ce format, les personnages me traversent sans s’attarder. La brièveté de leur histoire permet ce jeu de saute-mouton d’un personnage à un autre, d’une histoire à une autre. C’est tellement amusant !

Dirai-je la même chose de l’écriture d’un roman ? Aucune idée !

J’aimerai penser que ce sera ludique aussi. Cependant, vivre au long cours avec ses personnages tout un trimestre (rappelez-vous Stephen King : une version 1 en une saison) engage autrement l’acte d’écrire.

Rendez-vous plus tard pour partager avec vous cette aventure forcément différente !

 

 

K comme… King, Stephen King

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

J’adore, lorsque les écrivains dévoilent leur rapport à l’écriture. Je vous invite à lire (ou relire) « Ecriture, mémoires d’un métier« . C’est une belle école pour tout auteur. Les propos de Stephen King me touchent car je partage bon nombre de ses convictions.

La première est qu’il faut absolument démystifier « l’inspiration ». Elle n’est pas quelque chose de magique réservé à des élus. L’écriture est une activité qui a ses règles et ses libertés. Il s’agit simplement d’oser s’y mettre. L’essentiel est de jouer avec les mots, les personnages, les situations.

La deuxième est qu’il faut écrire d’abord pour soi, et retravailler son texte pour ses lecteurs. Écrire régulièrement, en donnant une juste place à cette activité dans sa vie, pour ne pas compromettre toute sa vie personnelle et sociale.

Stephen King développe des conseils techniques.

Soigner l’introduction, car elle doit susciter l’envie de poursuivre sa lecture. Nous avons tous en tête des premières phrases qui nous ont marqué. Pas seulement, « Longtemps, je me suis couché de bonne heure”.

Écrire un mot à la fois. Une page après l’autre. En restant fidèle à son style et en ne cherchant pas à copier un autre auteur.

Éviter la forme passive. Il la juge molle. « La nouvelle le surprit » a plus de force que, « il fut surpris par la nouvelle ».

Éviter les adverbes qui souvent font redondance avec l’expression souhaitée. « L’adverbe n’est pas ton ami ».

Faire des paragraphes, « aussi importants sur le plan visuel que sur le plan significatif, ils sont les signes de l’intention ». Une idée dans la première phrase, développée dans les phrases suivantes.

Ne pas être exhaustif dans les passages descriptifs. Juste donner des éléments pour enflammer l’imagination du lecteur. L’étouffer compromettrait son désir de poursuivre l’histoire.

Laisser tomber les passages qui tiennent à cœur, parfois même un personnage qui n’apporte rien à l’histoire. « Enlevez toutes les parties ennuyeuses et tuez vos personnages préférés, même si cela brise votre égo de petit gribouilleur, tuez vos personnages préférés ». Compliqué mais efficace, il faut en convenir.

Le travail de documentation ne doit pas supplanter l’intrigue. J’ai pu expérimenter cet aspect des choses quand j’ai écrit une première version de roman pour ado, qui se passait dans un laboratoire scientifique, à mille lieux de mon quotidien ! (Mais je connais tout désormais sur les résistances des bactéries !)

Stephen King propose aussi de se créer un environnement de travail.

Écrire avec la porte fermée. Ah non pas moi, mes années d’intervention en détention… je suppose.

Aménager une salle de travail. Non plus, j’écris partout : à mon bureau, dans mon lit, sur un banc, dans un café, allongée dans l’herbe… Ma bulle est toute symbolique et possible partout !

Eteindre la télé et éviter les distractions. Pour un texte long, sans aucun doute, mais il m’arrive d’écrire des haïkus dans un environnement sonore.

Respecter des délais. 100% d’accord. C’est pourquoi j’adore les concours de nouvelles. Une date, une contrainte, et c’est parti. Pour un roman, Stephen King préconise une première version en trois mois, soit une saison. Je suis devenue une vraie fan de calendriers !

Faire une pause. Relire ses écrits après un temps d’oubli aide à progresser dans le travail sur la version 2. « Vous verrez que lire votre livre après six semaines sans y toucher sera quelque chose d’étrange et exaltant ». Prendre des notes sur une feuille à part du texte avant de le reprendre.

Creuser. « Les histoires sont des reliques, des morceaux d’un monde pré-existant et inconnu. Le travail d’un écrivain est d’utiliser l’ensemble de sa boite à outils pour exhumer le mieux possible chacun de ses mondes ».

Ecrire et lire tout le temps. Là c’est plus compliqué pour moi. Comme dit l’Ecclésiaste, « il y a un temps pour tout ». Soit l’un, soit l’autre. Je préfère l’immersion complète dans mon processus créatif sans être envahie des mots des autres.

Rendez-vous dans quelques années : à mon tour, j’écrirai un jour mes secrets d’auteur !

 

Ultime message de Stephen King : Écrire rend heureux !

 

 

I comme… Imagination

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Elle revêt deux versants. Elle est mémoire dans la mesure où elle reproduit mentalement des formes, des sons, des odeurs croisés sur sa route. Elle réinvente le réel du passé. Elle est aussi création puisqu’elle permet de produire des images et des idées nouvelles. Pour Napoléon, « l’imagination gouverne le monde ».

L’imagination en littérature fait appel à des matériaux pris à la fois dans sa mémoire et dans son inventivité. Ceux qui écrivent créent des personnages, des situations, des lieux, des événements qui sont transformés ou créés de toute pièce.

La frontière me semble parfois bien mince. Dans mon activité créatrice, je distingue parfois ce qui vient de l’expérience : une anecdote, un trait de caractère d’un proche, un lieu connu… c’est-à-dire un élément venu de la vraie vie; et ce qui est issu d’une invention : un motif de vengeance, une personnalité, un dialogue… c’est-à-dire un élément inexistant, mais rendu vraisemblable.

Tout est dans la relation entre le vrai et le vraisemblable. Ce que permet l’écriture, c’est le jeu entre ces deux termes. J’imagine du possible à partir du réel. J’entremêle les deux.

J’entends souvent dire que nous sommes plusieurs dans la famille à « beaucoup broder » à partir de situations ou de gens. C’est dit avec tendresse et beaucoup de justesse. J’adhère complètement. C’est même un jeu. Vient peut-être de là mon désir d’écrire.

J’aime bien cette idée de broderie dans l’écriture. Un petit point de vrai, un petit point de vraisemblable, des écheveaux de fils plein la tête, des aiguillées de couleurs plein les doigts ! Mes histoires prennent forme sur le canevas de mes pensées avant de s’incarner sur la toile blanche de ma page.

J’ai une foultitude d’histoires et de personnages qui attendent dans ma boîte à ouvrage, ils s’impatientent même. Tourneboulent des idées de nouvelles, des idées de roman, j’aimerai aussi écrire un scenario pour une lecture à la radio… Je ne suis pas en peine d’imagination, seulement de temps !

J’ai pris la résolution d’en trouver : plus de formation continue, plus d’activité bénévole, plus d’intervention à l’Institut Régional du Travail Social, moins de travail ramené à la maison (parce que plus du tout, impossible, de toutes les assistantes sociales du Ministère de la Justice, j’ai le secteur de France le plus chargé !).

Privilégier l’imagination pour proposer son interrogation du monde.

Pour Baudelaire, « Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton ».

I comme… Interruption

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Elle arrive à sa fin. Je suis très heureuse de vous retrouver pour mes billets d’auteure. Vous m’avez manqué !

J’ai profité de mon repos forcé pour réfléchir. Je suis désormais bien installée dans mon activité d’écriture. Mais il me reste à développer la promotion de cette activité. Je ne vous cache pas que c’est compliqué pour moi ! Assurer l’aspect marketing est vraiment un autre métier.

J’ai décidé de suivre l’atelier Mastermind d’Anaël Verdier, qui est effectivement sur les deux volets : production et promotion. Nous sommes quatre auteurs qui nous rencontrons en présentiel un week end tous les trimestres et sur internet une soirée tous les quinze jours.

Côté production, je suis sur mon recueil de nouvelles noires avec la thématique dont je vous ai déjà parlé, le train et la guerre.

J’ai aussi décidé de relancer ma participation aux concours de nouvelles. J’ai écrit quatre textes pour Toulouse (thème : « prise de becs »), Lyon (thème : une photo), Mirande (« autour du 7 »), et Bergerac (« la folie »). J’en ai un cinquième en préparation, Pontaut-Combault (« faute et conséquences »).

Côté promotion, je prépare un courriel pour inviter mes fans à intégrer une liste de diffusion. J’envisage un envoi mensuel, en plus de mes articles de blog.

J’ai contacté la librairie du supermarché Leclerc de Léognan et je serai en dédicace le samedi 31 mars à partir de 10h30. Je vais contacter d’autres librairies.

Je m’inscris aussi à des salons. Pour l’instant, Grignols le 16 juin et Saint-Estèphe le 08 octobre.

Et voilà, c’est reparti !

H comme…Histoire

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

Yves Lavandier dans son ouvrage “La dramaturgie” relate le fait suivant. Dans un camp de concentration, une détenue gardait précieusement un peu de pain et confectionnait des figurines. Puis les animant, elle racontait des histoires tous les soirs.
Le besoin d’histoires est universel. Même dans la pire des situations, elles sont convoquées pour se protéger de l’horreur.

Quand nous lisons ou entendons “ il était une fois…”, les émotions de nos lectures de contes d’enfant reviennent immédiatement à la conscience. Ces récits ont été essentiels, perdurent dans la mémoire, nous ont construits et aidés à grandir.

Dans mon écriture, je suis plus attachée dans un premier mouvement aux personnages. Qui sont-ils ? Quelles épreuves ont-ils traversé pour être ce qu’ils sont, pour expliquer ce qu’ils font ?
Je me place spontanément dans leur tête, essaie de penser et ressentir ce qui les anime. L’émotion est mon moteur.

À partir de là, je construis mes histoires. Des histoires noires pour explorer l’énigme du meurtre.

Mais qu’est qu’une bonne histoire ?
Déjà relativiser, elle ne sera bonne que pour certains lecteurs et pas pour d’autres. Écrire c’est aller à la rencontre de son lectorat propre à son univers.

Une parenthèse : aujourd’hui 30 septembre et demain, je suis au Salon du Livre de Lempzours en Dordogne !

Comme le répète souvent Anaël Verdier, “tout a déjà été écrit mais pas par vous”. Il s’agit de choisir son angle d’attaque, découvrir son originalité, trouver son style, décider de son message… De glisser son écriture personnelle parmi d’autres récits.

Pour moi, une bonne histoire est celle qui suscite des émotions, soulève des interrogations, aide à comprendre le monde. C’est, la dernière page tournée, des images qui persistent, des larmes ou des rires qui s’attardent.

Un des secrets d’une bonne histoire, c’est d’utiliser les cinq sens, écrire ce que mes personnages voient, entendent, touchent, sentent et goûtent . C’est emporter mes lecteurs dans la valse des ressentis. C’est leur permettre de vibrer à leur tour, en miroir.

C’est montrer et ne pas dire. Par exemple, ne pas écrire : “le printemps est arrivé”, mais préférer : “ »ce matin-là, la brume se dissipa découvrant les primevères fripées de froid. Le soleil étirait ses rayons d’or sur mon visage et sur la terre mouillée qui chatouillait mes narines. Mes mains autour de la tasse de café se réchauffaient lentement tandis que bruissaient les étourneaux dans le jeune tilleul”.

Une bonne histoire vous enlève, elle vous malmène dans la tourmente des personnages, vous emporte dans la spirale de leur défaite comme de leur espérance. C’est aimer et haïr avec eux, souffrir et se réconforter, rire et pleurer au gré de leurs aventures.

Et pour vous, qu’est-ce qu’une bonne histoire ?

E comme… Emotions

Dans mon identité professionnelle d’assistante sociale, elles sont au cœur de tout entretien avec les personnes en difficultés. Permettre de les vivre est déjà commencer à les apprivoiser. Mais rester dans les émotions parasite la pensée et l’action. Il s’agit de les nommer pour favoriser la compréhension de soi pour mieux envisager les choix à poser. Légitimer les émotions, les reconnaître, c’est redonner du pouvoir décisionnel à l’autre. Mettre des mots sur des ressentis ouvre alors l’espace aux mots de la raison et de la distanciation. Il devient alors possible de réfléchir et de trouver du sens aux épreuves traversées.

Mon identité d’auteure se construit à partir de mes émotions. Elles lancent mon désir d’écrire pour partager mes coups de cœur et de colère, interroger le mystère de la haine et de l’amour, sonder l’énigme du crime. Elles coulent dans mon encre car elles seules légitiment le souffle de la vie. Ecouter mes émotions, c’est apprendre à construire mon message d’auteure.

Elles sont au cœur de tous mes projets d’écriture. J’écris aussi à partir des émotions de mes personnages pour susciter celles de mes lecteurs. Il s’agit alors de mettre les siennes en sourdine pour être dans la cohérence des personnages. Il s’agit de ne pas les confondre mais de chercher ce qui appartient vraiment à mes héros. Cette injonction paradoxale de donner de l’émotion tout en ne la vivant pas soi-même est une posture d’auteure qui se travaille.

Dans la littérature noire, les quatre émotions de base, la colère, la peur, la tristesse et la joie, ne jouent pas dans la même catégorie !

Dans mon premier recueil de nouvelles, la colère est l’émotion dominante. Son titre est déjà très explicite « Eclats de rage ». Elle anime mes ados douloureux, elle les submerge jusqu’à l’irréparable. Ils n’ont pas de mots audibles pour la reconnaître. La colère, versant faiblesse, signe la défaite de la parole. Dans les parcours des détenus que j’ai accompagnés, elle était souvent au cœur de leur agir délictuel ou criminel. Dans les histoires de vie des agents que j’accompagne, elle est souvent retournée contre eux-mêmes, et le corps parle quand les lèvres peinent à s’ouvrir.

La colère, versant force, permet de s’indigner des injustices, de la précarité grandissante dans nos villes et nos campagnes, de la désespérance muette à nos frontières, des dictats des marchés financiers, des prédateurs et dictateurs qui écrasent l’humanité blessée. La colère est dans l’ADN du travail social. Chargés de mettre en œuvre les politiques publiques, nous sommes en première ligne pour en comprendre les faiblesses et les dérives. Nous devons avoir une colère constructive pour interpeler nos hiérarchies et les grands de ce monde.

La peur n’est pas forcément mauvaise conseillère. Elle signe l’alerte et le besoin de sécurité, elle permet d’anticiper un danger potentiel. Dans son versant négatif, elle est obstacle à l’action, elle paralyse pensée et décision.

La tristesse est une émotion familière mais l’aptitude au bonheur s’apprend au fil des rencontres et des expériences. Elle est la plus discrète des émotions, vive en soi, imperceptible pour une écoute inattentive. Elle se loge au bord des cils, déborde parfois en larmes silencieuses. René Char, mon poète préféré écrit, « Il faut pleurer pour grandir ».

Reconnaître la tristesse est important, la reformuler à la hauteur de son intensité est essentiel pour que l’autre la transforme. On ne peut pas désirer à la place de l’autre mais on peut donner du souffle et du désir de désir. Je me sens à l’aise avec cette émotion quand je la perçois chez l’autre, et j’espère que mon écriture sait la susciter chez mes lecteurs, quand j’ai envie qu’ils protègent et aiment mes personnages, quoiqu’ils décident.

C’est compliqué la joie. Emotion éphémère qui ne sait pas s’installer dans la durée. Savoir pratiquer la joie, pour semer de la tendresse autour de soi, est un apprentissage intime qui permet de déboulonner les statues de la tristesse et de la peur, de refuser l’auto-apitoiement et de se remettre en question.

Dans son versant négatif, la joie exaspère les blessés de la vie. Elle nie parfois la douleur de l’autre, le renvoie dans ses cordes du désespoir. La joie est une arme redoutable qui peut briser les fragiles de l’existence tant sa clarté vive agresse ceux qui tremblent.

Ecrire enfin pour susciter vos émotions de lecteurs, vous permettre de traverser toute la gamme des quatre émotions de base et leur camaïeu. J’aimerai que vous ragiez, pleuriez, frissonniez, souriez (à défaut de rire)… que mes histoires de meurtres vous bousculent, que mes personnages criminels et victimes vous emportent.

S’émouvoir pour se sentir vivant !

D comme… Décision et Discipline

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Je peux d’autant plus en parler que les miennes sont primesautières et irrégulières depuis septembre dernier ! Dans la lancée de la formation à l’Académie d’Anaël Verdier, j’ai tenu une écriture régulière. Se donner des contraintes d’organisation est fondamental.

Désirer écrire n’est rien sans la décision d’écrire. J’écrivais dans mon article précédent que le désir s’incarne. Attendre que la Muse se manifeste est une erreur, attendre que la pulsion d’écrire vous pousse à votre table est une autre erreur. Tourner ses personnages et ses histoires dans le silence de sa conscience est insuffisant.

L’adage d’Anaël est vrai : tant que c’est dans votre tête, cela n’existe pas !

Le mouvement vers l’écriture est paradoxalement un mouvement extérieur : se bouger jusqu’à son ordinateur ou ses feuilles blanches, se préparer un café ou un thé, faire courir ses doigts sur le clavier ou le stylo sur son bureau… tout est mouvement.

Beaucoup d’écrivains racontent, avec plus ou moins de réticence, leur rituel. En tant qu’auteure, je n’ai pas vraiment choisi le mien. Ce qui est surprenant, je suis plutôt fan des rituels, ils sont mémoire et repère, sécurité et témoignage.

Pour l’écriture, je butine des actions diverses. D’où cette mise en route disparate ! J’écris le matin ou le soir, en semaine ou en week-end, sur un temps court ou un temps long… J’écris dans mon lit (j’adore), dans mon canapé, dans un café, sur un banc… Sur l’ordinateur maison ou le portable, dans un cahier ou sur des feuilles…

Je suis dans une indiscipline effrontée ! Surtout que l’écriture vient après mon travail, ma vie privée et mon intervention à l’Institut Régional de Travail Social. D’où une année blanche, trop de travail ramené à la maison, trop de temps pour les travaux de mes étudiants, trop de procrastination !

J’ai décidé que cela allait changer. La saison des résolutions est toujours septembre et janvier. Pour moi ce sera juin.

1. Changer mon rapport au travail : c’est compliqué, mon engagement dans mon métier est une question éthique qui ne se discute pas. Cependant, si j’abandonnais le désir d’être tout le temps à jour et de ne pas faire attendre les agents, cela me faciliterait la vie ! Les personnels peuvent comprendre, je suis seule à me mettre la pression.

2. Interrompre mes vacations de formatrice à l’IRTS : fondamentalement passionnée par l’activité pédagogique, ce n’est pas sans pincement au cœur que j’ai pris cette décision. J’arrête les suivis mémoires, les préparations à l’épreuve de politiques sociales dès maintenant. Il ne me reste que quatre élèves pour les dossiers de pratiques professionnelles à accompagner sur leur troisième année. Je vais retrouver du temps personnel.

3. Ecrire régulièrement. Je suis en congés tout le mois de juillet. En août, dès mon retour, je me donnerai des contraintes de production.

Discipline vous dis-je !

 

D comme… Désir

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Ah un des plus beaux mots du dictionnaire. L’identification de ses désirs est le premier pas vers le bonheur. Reconnaître ce qui fait sens pour soi dans les tumultes de la vie est essentiel. Se mettre en route pour les vivre est une deuxième étape.

Dans ma construction personnelle, j’ai rencontré quelques difficultés à éclairer quels désirs étaient vraiment les miens. Distinguer celui de l’Autre qui vous colle à la peau afin de s’en détacher n’est pas chose aisée. J’ai eu de la chance, j’en ai conscience tous les jours.

Etre assistante sociale était un vrai choix personnel, d’exercer en prison aussi. Aimer qui j’aime est un autre choix. Et désirer ne suffit pas, le concrétiser par des actes est incontournable.

Avoir décidé d’écrire « pour de vrai » a été une étape particulière. Le désir d’écrire était dans mes veines depuis toujours mais… Le désir s’incarne grâce à des personnes qui arrivent sur votre route à point nommé, elles sont la goutte d’eau qui vous fait chavirer vers votre désir profond, à condition d’affronter la peur et l’angoisse du présent.

Seul le regard porté sur hier vous conforte dans vos choix, vous savez alors si vous avez pris le bon chemin vers vous-même. Cependant il est toujours temps de bifurquer vers son désir singulier si on s’égare sur des chemins annexes. Heureusement, la vie n’est jamais figée. C’est sa grandeur et son vertige.

Ce qui m’interroge dans le désir, c’est lorsqu’il se transforme en pulsion. Je retiens de mon expérience en détention cette énigmatique question : comment contenir la pulsion ? comment retrouver le désir ?

Oui, j’ai une profonde empathie pour les criminels parce qu’ils n’ont pas su accéder au désir, parce qu’ils n’ont pas eu les bonnes rencontres pour les y aider ou parce qu’ils n’ont pas su saisir les opportunités pour être accompagnés.

J’ai choisi d’être à leurs côtés parce qu’ils sont effroyablement isolés dans une nuit noire. Leur épouvante est réelle.

Leur solitude face à eux-mêmes est intolérable. Personne ne les a aidés à médiatiser ce qui les a submergés à un moment T. Je repense régulièrement à R.G. un détenu que j’ai suivi sur sa fin de peine de 15 ans, violeur de femme adulte, qui peinait à comprendre ce qui le mouvait.

Il est sorti, a récidivé dans les 24 heures. Le hasard a fait que je l’ai revu à la permanence entrants. Nous avions établi une relation de confiance, il s’est effondré en entretien, soudain petit garçon en pleurs et extrêmement lucide, qui ne comprenait plus rien. Il s’est suicidé dans la nuit.

La pulsion est une aliénation insupportable, elle implique un sentiment d’urgence et d’impérativité. Elle nie l’Autre et sa liberté. Elle altère la volonté.

Le désir s’inscrit dans la temporalité et l’échange. Il est source de partage. Il reconnaît l’altérité. Il est ouverture, il s’inscrit dans l’indépendance et la liberté.

J’aimerai par mon écriture participer à cette réflexion. J’aimerai que mes lecteurs m’accompagnent dans cette quête. Mes personnages sont davantage animés par des pulsions que par des désirs. Ils peinent à identifier les tourments qui les aveuglent. Transformer la pulsion mortifère en désir vivant, tout un chemin !

Interroger le passage à l’acte criminel, c’est sonder ce mystère du désir et de la pulsion.