« Et 4 + 3 font ? »

Concours de Nouvelles du Salon du Livre Jeunesse de MIRANDE (32). Avril 2018. Texte ayant reçu le 1er Prix. Contrainte : « Autour du 7 et la Nouvelle devra commencer par Milo aurait du tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler… »

 

« Et 4 + 3 font ? »

douleur enfouie

des rires et une comptine

puis le silence

 

Milo aurait du tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler… Jamais il n’aurait dû lui proposer de l’amener. Au fil des longs kilomètres d’asphalte, il la sent se recroqueviller de plus en plus. Elle est loin. Son corps ramassé, Lorea ferme les yeux. Il a renoncé à la retenir. La radio en sourdine maintient le présent au bord des lèvres mais elle ne la perçoit plus.

A-t-elle encore conscience qu’il est là ? Il s’agite, s’énerve intérieurement. Elle ne lui a jamais donné accès à cette part d’elle-même. Il espère qu’aujourd’hui, elle lui fera confiance. Ils ont roulé toute la journée. Il se gare sur le parking de l’hôpital. Ils descendent de la voiture.

Une pluie fine éteint l’espérance du crépuscule. Milo ne sait pas quoi lui dire, il lui a pris la main, elle tremble dans ses doigts aimants. Lorea tourne vers lui ses yeux embués. « Merci ». Milo n’a pas le permis de visite, il ne peut pas la suivre et s’affaisse sur la chaise d’une salle d’attente.

Lorea serre la main de son père. Dans la clarté lunaire, elle le regarde. Inconscient, il s’agite en soubresauts exténués.

– « Aïta », chuchote-t-elle tendrement. Elle se lève du fauteuil, lui passe le gant sur le visage. Sa voix ou la fraîcheur du linge semblent l’apaiser.

Elle le trouve plus marqué que sur les photos des militants exposées dans les rues de Garazi pour demander le rapprochement des prisonniers politiques. Les rides plissent au coin des yeux, quelques cheveux blancs affleurent.

Sa respiration sifflante coupe l’espace de la chambre. C’est sa dernière nuit, elle le pressent. Elle s’est mise à trembler. Elle aurait tant voulu un peu de temps, juste un peu de temps pour comprendre.

Devant la porte entrebâillée, deux gardiens de prison assurent la garde dans le couloir de l’hôpital. Discrets, ils se tournent parfois mais ne disent mot.

Iker, émerveillé, regarde sa femme endormie. Aussi pâle que le drap qui la couvre. Il ne croyait pas au coup de foudre, il lui est tombé dessus un soir de fête à Orbaiceta.

Avec son frère, depuis le kaiolar familial d’Harpea, il était venu par la montagne, qui seule, sait nier les frontières inventées par les hommes. Il avait 20 ans et toute la vie devant lui.

Enea n’avait vu que lui. Il virevoltait ses mutxikoak plus haut que les autres. Son corps élancé, le dos droit, il souriait en dansant. Son regard avait capté de suite celui de la jeune fille.

Plus tard dans leurs joutes amoureuses, chacun s’obstinait à penser que c’était l’autre qui l’avait enlevé !

Il y pense encore, là dans la chambre de la maternité où elle dort. Le bébé dans le berceau respire doucement, s’agite en gémissant par moments. « Lorea », chuchote-t-il en lui caressant la joue pour l’apaiser.

La jeune femme regarde intensément son père. Des images de son enfance se pressent derrière son front. Sa main dans celle de son père pour chaque rentrée des classes. Ils allaient à pied de la maison à l’ikastola.

Le discours solennel sur le chemin : le savoir pour lutter contre l’oppression française et espagnole, la culture pour préserver son identité, la langue pour perpétuer son Histoire. Elle ne sait pas nommer le moment où tout a basculé.

Elle se souvient de sa mère en larmes certains soirs où il partait et ne revenait qu’à l’aube. Elle se souvient de leurs disputes qui la laissaient désemparée. Derrière la porte de sa chambre, agrippée à sa poupée, elle tentait de comprendre.

Iker déploie une grande carte géographique sur la table de la salle à manger. Lorea, trop petite, est à genoux sur la chaise. Avec son stylo, il lui explique où est leur maison.

– Tu vois là, c’est chez nous, Garazi. Notre province s’appelle Nafarroa-Beherea (la Basse-Navarre), à droite notre voisine Xiberoa (la Soule) et à gauche Lapurdi (le Labourd). Allez, pour le Pays Basque Nord, compte avec moi : 1-2-3.

Lorea éclate de rire. Elle sait compter jusqu’à trois. Son père se penche à nouveau sur la carte.

– Et là, pour le Pays Basque Sud, c’est Nafarroa (la Navarre), Araba (l’Alava), Bizkaia (la Biscaye) et Gipuzkoa (le Guipuzcoa). Allez, compte : 1-2-3-4.

La petite fille rit.

– 1-2-3-4

– Et 4 + 3 font ?

De sa belle voix de ténor, il entonne l’hymne national. Demain, c’est la fête de la Patrie.

Lorea murmure une berceuse. L’infirmière est passée changer la perfusion de morphine. Elle chante en boucle pour cantonner loin l’hymne douloureux au fond de sa mémoire.

Quand son père a été arrêté, elle avait 7 ans. Les disputes se sont déplacées au parloir de la prison. Elle entend encore les cris des détenus aux fenêtres, le grincement des lourdes portes, la stridence du portique de détection du métal.

Elle ne sait plus combien de temps les visites ont duré avant que sa mère demande le divorce et cesse de le voir. Enea n’a jamais plus évoqué Iker. Il est devenu une ombre, toujours présente, jamais nommée. Lorea a vite compris qu’il fallait se taire et ne pas vouloir comprendre.

Elle le regrette. Son père va mourir cette nuit et elle ne saura jamais ce qui l’a fait basculer dans la lutte armée et abandonner le combat politique. Chez elle, les livres sur ses étagères contiennent plus de questions que de réponses.

Iker écrit à sa fille une lettre par mois. Il sait qu’Enea la jette sans la lui donner. Il accumule les doubles dans sa cellule, s’il sort un jour, il les lui donnera. Il a aussi tout prévu. S’il mourait… le médecin a été clair, son cœur est fragile… l’assistante sociale de la prison les lui fera parvenir.

Etre privé de sa fille, c’est insupportable. C’est son châtiment, bien plus lourd que la condamnation. Il l’imagine à l’école, il espère qu’elle compte encore « 1-2-3 » et « 1-2-3-4 » et « 4 + 3 font ? ». Il l’imagine au collège, il espère qu’elle aura la beauté de sa mère. Puis plus rien, et ça lui fait mal. Il ne la voit pas lycéenne, il ne la voit pas jeune adulte, il ne la voit pas dans un métier. Il en est incapable et en souffre.

Seule l’image de l’enfant, qui riait aux éclats en comptant, illumine la cellule.

 

Lorea laisse ses larmes couler. Le râle de son père emplit la pièce. Elle lui murmure des mots d’amour, tous ceux qu’elle n’a pas pu lui dire et elle compte, elle compte, compte…

4 + 3 = 1…    4 + 3 = 1…  4 + 3 = 1

FIN

 

 

L comme… Ludique

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

C’est ainsi que je conçois l’écriture. Vous allez me rétorquer qu’écrire des histoires de meurtre n’a rien de très réjouissant. Détrompez-vous, je m’amuse follement. Du je au jeu !

Mes premières tentatives, toute jeune, relevaient d’un je douloureux. Quand écrire est thérapeutique, les mots tremblent au bord des lèvres. L’acte d’écrire est vital, il s’agit de respirer au-dessus des nuages pour ne pas être broyée par le chagrin. Ecrire fait mal quand la plume fouille sa part d’ombres.

Aujourd’hui, mes écrits naissent d’un je joyeux. Je suis peuplée d’une multitude d’histoires qui ne demandent qu’à envahir la feuille blanche. Quand je pense à un personnage, je l’assemble tel un puzzle : un physique, un caractère, un lieu de vie, un métier…

Je réfléchis à sa trajectoire, je décide de l’amener dans telle ou telle direction. Je change parfois si sa cohérence interne ne semble pas convenir à mon premier mouvement. Je reste ancrée dans la psychologie de mon personnage, je tente d’anticiper ce qui est vrai pour lui. Il n’est pas important que ce soit véridique, il s’agit d’être vraisemblable.

Le jeu est dans les multiples possibilités qui s’offrent à son avenir. En fonction de ce choix, l’histoire sera différente. Telle une distribution de cartes, mes héros auront des atouts pour réussir leur partie mais rencontreront aussi les obstacles du jeu de l’oie. Quitte à reculer de plusieurs cases ou repasser par la case prison sans toucher de bonus.

Le format de la Nouvelle autorise des expérimentations tout au long du recueil. Les personnages diffèrent, ce qui leur arrive a la fulgurance d’un texte court. Ce qui me permet de jongler dans plusieurs univers et destinées, au gré de ma fantaisie.

Ludique parce dans ce format, les personnages me traversent sans s’attarder. La brièveté de leur histoire permet ce jeu de saute-mouton d’un personnage à un autre, d’une histoire à une autre. C’est tellement amusant !

Dirai-je la même chose de l’écriture d’un roman ? Aucune idée !

J’aimerai penser que ce sera ludique aussi. Cependant, vivre au long cours avec ses personnages tout un trimestre (rappelez-vous Stephen King : une version 1 en une saison) engage autrement l’acte d’écrire.

Rendez-vous plus tard pour partager avec vous cette aventure forcément différente !

 

 

B comme… Bibliothèque

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

B comme… bibliothèque

Du plus loin que je me souvienne, il y a toujours eu des livres à la maison. Je me rappelle des conseils de lecture de ma mère. J’avais l’impression d’un partage intime des effets de la lecture. Mon père est plus proche des quotidiens et des hebdomadaires, qu’il commente régulièrement.

Deux formes d’écriture différentes. Mais le même message : l’écrit aide à comprendre le monde. L’écrit éclaire l’énigme de la vie, de l’amour, de la mort. L’écrit interroge et s’interroge, balbutie des hypothèses, propose des réponses.

Entrer dans un livre, c’était se jeter corps et âme dans les courants du mystère de l’humanité. Epouser la destinée des gens heureux et des gens désespérés, pour comprendre que la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

La bibliothèque de mon enfance est restée intacte quoique déménagée dans la salle de musique (pour mon frère) devenue plus tard salle de peinture (de ma mère). Les étagères égrènent la bibliothèque rose, verte, rouge et or… Ils sont là à portée de main et les voir à chaque séjour est un infini plaisir. Parcourir les titres pour retrouver les sensations de la lecture est toujours un moment d’émotion.

Je me souviens que ma tante ne trouvait pas normal que je passe l’après-midi entière dans un fauteuil un livre à la main. Mon oncle avait mieux compris, il choisissait à la bibliothèque des personnels de son usine (je doute que cela existe encore) des romans pour moi. Un rituel qui me ravissait, un partage qui ne concernait que nous.

Ma bibliothèque aujourd’hui est un mur entier, deux rangées de livres sur chaque étagère, du sol au plafond. Ils n’ont pas tous la même valeur à mes yeux. Certains auteurs sont liés à une décennie de ma vie. C’est amusant de constater à quel point certains titres ne survivent pas au temps qui passe, tandis que d’autres restent intemporellement dans le cœur. Il fut un temps où les livres me permettaient de vivre par procuration. Il fut un temps où je décidai de vivre vraiment. Et j’ai changé de livres !

Un jour, j’ai choisi de revenir « pour de vrai » vers l’écriture. Me voilà à inventer à mon tour des personnages et des situations, des contextes et des histoires. Je me découvre folle enthousiaste du format de la nouvelle. J’aime la fulgurance et l’intensité qu’elle permet.

Le corollaire surprenant, c’est que… je lis moins !

Invitation

J’ai le plaisir de vous inviter à venir nous voir au Salon du Livre de SAINT-ESTEPHE « Lire dans le vignoble » 2016. Dimanche 09 octobre de 9h à 18h, entrée gratuite. Nous serons 110 auteurs de bonne compagnie !

Programme

9h : ouverture au public

Invités d’honneur et marraine Mireille CALMEL, autres invités d’honneur, Claire HUYNEN et Charles DA COSTA.

11h : inauguration en présence des personnalités

12h : cocktail-dégustation des grands vins de Saint-Estèphe

12h30 : déjeuner (réservation avant le 06 octobre au 05 56 59 35 93)

Toute la journée : atelier création petites souris en pâte fimo

14h30 à 17h : atelier d’initiation à l’écriture de textes à haute voix

16h : démonstration culinaire

17h15 : remise du Prix Saint-Estèphe des Arts Plastiques

17h30 : remise du Prix Saint-Estèphe, dessins des enfants sur le thème de l’Estuaire

18h : clôture du Salon

Ce sera ma dernière séance de dédicaces lors des salons pour cette année. Rendez-vous en 2017 ! En attendant, vous me croiserez peut-être cet automne et hiver dans des librairies.

Venez nombreux !!

Pub !

Vous avez envie de retrouver le style feuilleton de votre enfance et adolescence ? Précipitez-vous sur le site book’n series d’une cop d’écriture Laure Lapègue.

Elle met en ligne chaque semaine gratuitement un polar découpé en morceaux !

 

Ce soir, elle invitait les fans à La Causerie des Chartrons, un lieu sympathique qui sert de bons vins et de la bonne cuisine. Deux auteurs présentaient leur ouvrage.

Guy Rechnmann dont le dernier opus est dans la sélection du Prix du Polar de Cognac « A la place de l’autre » et Edmondo Pires qui a reçu le Prix 2016 du Polar auto-édité pour « Ce sera notre petit secret ».

 

Je suis admirative de leur aisance à parler de leurs personnages, de leur univers, de leur activité d’auteur… Laure a invité les auteurs présents dans la salle à pitcher leur propre livre. Exercice ô combien difficile.

Deux cops de l’Académie ont tenté l’aventure, Déborah Valrey pour son recueil de nouvelles coquines « Lisa reçoit » et Martine Saint-Clair pour son recueil de nouvelles « Vampires « .

 

Prise de court, j’ai décliné sa proposition Dans mes premiers salons et dédicaces de cette année, je ne suis pas sûre d’être à la hauteur du challenge, alors devant tout un aéropage de lecteurs fans de polars…

 

Mais promis, je me lancerai une prochaine fois !

Rentrée !

J’adore septembre et ses promesses, c’est le mois de tous les possibles. Plus que janvier que je déteste. L’année nouvelle commence en automne.

J’adore les rayonnages scolaires, je m’engouffre avec joie dans les achats de fournitures ! De nouveaux carnets pour jeter des idées, des chemises toutes neuves pour ranger mes ébauches d’histoire, (ah là là c’est le temps qui me manque), des transparents pour les travaux de mes étudiants… Pour être honnête, ce rayon j’y suis toute l’année.

J’adore le retour de l’aquagym, le délassement des neurones, la bonne fatigue physique qui noie les agacements professionnels et prépare à une douce nuit. De belles bulles pour oublier un temps ce qui se passe dehors !

J’adore ressortir de l’été (indispensable solitude, à ne manquer sous aucun prétexte !), retrouver les cops d’écriture, demander où chacun en est de ses projets, réagir à de nouveaux textes.

J’adore retrouver de nouveaux groupes d’étudiants, pour leur mémoire et leur dossier de pratiques professionnelles, préparer mon bureau à l’accueil d’une nouvelle stagiaire assistante sociale.

Et la rentrée cette année, c’est préparer… la sortie de mon nouveau recueil « Ta mort viendra… et elle aura mes yeux »! J’ai finalisé la couverture. Du rouge et du noir, couleur polar. J’espère qu’elle vous plaira.

Maintenant, je vais rédiger la quatrième de couverture et m’occuper du dépôt légal. J’ai déjà le numéro ISBN. Il me tarde de le voir finalisé. Tous ces derniers préparatifs…

… j’adore.

Retour à l’Académie (1/3)

Anaël Verdier, qui a créé l’Académie d’Ecriture m’accueillant dans la première promotion de formation d’auteur, 2013-2015, m’a invitée une soirée pour évoquer mon parcours auprès des auteurs actuels en formation. Voici le texte de base de mon exposé (de base parce que je ne peux pas m’empêcher de compléter !).

En trois articles sur le mois de juillet.

« Prologue

Il était une fois…

… une petite fille qui passait des heures à lire. Jouer à la poupée, c’était pas trop mon truc. Mon désir d’écrire s’enracine dans cette enfance liée aux livres. J’inquiétais même ma tante quand j’étais en vacances chez elle, je restais tout l’après-midi dans le fauteuil du salon avec mon livre.

Au collège, j’ai investi les cours de français et adoré les rédactions. En 6ième, j’ai gagné le premier prix départemental de rédaction. J’ai aussi été une grande épistolière dans une époque où la feuille de papier était reine, l’informatique est arrivée plus tard. Écrire des lettres a été mon seul mode de communication. J’ai été une lycéenne et une jeune adulte plutôt enfermée dans sa tour. Les mots étaient mon refuge, les livres m’ont sauvé du désespoir. A cette époque, j’écrivais de la poésie douloureuse et commencé un roman, à ce jour toujours inachevé mais je le porte en moi et je le reprendrai.

J’ai mis un peu de temps à trouver ce que je voulais faire de ma vie. J’ai traversé trois facultés, droit, anglais et lettres modernes, avant de réussir le concours d’entrée à l’Ecole de Service Social.

Après l’obtention de mon diplôme d’assistante sociale, reçue au concours du Ministère de la Justice, j’ai commencé ma carrière professionnelle à la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan auprès des détenus, quartier Hommes et quartier Femmes. Et là, plus le temps d’écrire. J’ai passionnément plongé dans mon métier que j’adore. Je suis restée une grande lectrice, je n’ai d’ailleurs acheté ma première télé qu’à 40 ans. Depuis 11 ans, je suis assistante sociale auprès des personnels de l’Administration Pénitentiaire, des Services Judiciaires et de la Protection Judiciaire de la Justice. Autant dire une autre planète.

Parallèlement, je suis formatrice vacataire à l’Institut Régional du Travail Social de Talence dans la filière Assistant de Service Social. J’ai obtenu un master d’ingénierie de formation. C’est pendant cette formation que j’ai rencontré Elisa Tixen qui m’a fait connaître Anaël plus tard. C’est elle qui m’a encouragé à reprendre l’écriture. J’ai envoyé ma première nouvelle, « Une minute et demi », à un concours et j’ai gagné le deuxième prix. Superbe signe du destin !

En Avril 2012, un souci de cervicales m’a arrêtée quatre mois, en repos forcé, je me suis mise à écrire régulièrement. Sur mes seize premiers textes, quatre ont été sélectionnés dans des concours de nouvelles. J’ai découvert que mes textes pouvaient plaire à des lecteurs.

Chapitre 1. Entrer dans un atelier d’écriture

En septembre de la même année 2012, j’ai intégré l’atelier d’Anaël. Ce qui m’a plu d’emblée, c’est son premier message. Écrire est d’abord un choix et pas le fruit du hasard. Inutile d’attendre qu’une muse vous souffle dans votre stylo. Écrire est d’abord une décision. Il faut être aussi pro-actif que ses personnages !

Cette dédramatisation de l’acte d’écrire a été pour moi fondamental. Se rêver écrivain n’a pas de sens, concrétiser son désir d’écrire, c’est essentiel. Il s’agit de commencer à poser des mots réels sur une feuille de papier ou sur un document informatique, peu importe. L’important, c’est de se mettre en mouvement.

Second message : il existe des techniques et on peut les travailler. L’acte d’écrire peut se conscientiser, il se réfléchit. Ce n’est pas seulement une question de talent, s’il est là tant mieux, mais c’est de surcroit. Ce n’est pas non plus une question d’inspiration. Il y a autant de raison que de cœur dans l’acte d’écrire. En prendre conscience a été pour moi une vraie libération. Puisque je peux penser l’acte d’écrire, je peux réfléchir au sens de mon écriture, choisir mes axes thématiques en toute connaissance de cause. Etre dans un travail de choix librement consenti.

En atelier, Anaël nous donnait des savoirs et des savoir faire sur la construction d’une histoire, ou sur la caractérisation des personnages. Je me suis mise aussi à acheter plein de livres sur l’écriture. Vous l’aurez compris, j’adore la formation, c’est une question d’éthique pour moi. Creuser le sens de mes pratiques, qu’elles soient professionnelles, pédagogiques et maintenant celles de l’écriture est vital. Ce travail sur le sens, je l’ai retrouvé dans le positionnement d’Anaël.

Dans cet atelier, j’ai commencé un recueil de nouvelles, 18 pour chacune de mes années en détention, qui met en scène tous les métiers de la prison, avec comme fil rouge l’assistante sociale. J’ai interrompu le projet en entrant à l’Académie. Parce que vous l’aurez compris cette année, on ne peut pas tout faire !

Chapitre 2. Construire son identité d’auteur

La première démarche a été de choisir le genre, pour moi, c’était une évidence d’écrire de la littérature noire. C’est ma lecture préférée. A l’âge de 40 ans, j’ai d’ailleurs cessé de lire de la littérature blanche.

Je voulais vivre par moi-même, cesser de me réfugier dans les héros de mes livres. Cette fois, j’allais devenir l’héroïne de ma propre vie ! Quitter les livres, c’était aussi, paradoxalement, accepter d’écrire les pages de ma propre histoire.

Je me suis mise à lire de la littérature noire et policière, exclusivement. Elle aborde la question du sens. Sens de la vie, de la mort et de l’amour. Questions énigmatiques auxquelles chacun a sa réponse singulière. J’écris pour, à mon tour, creuser ce sillon de l’incompréhensible questionnement de l’aventure humaine.

Bien sûr, c’est aussi lié à mon activité professionnelle. Ce que j’ai envie d’explorer, c’est l’énigme du passage à l’acte meurtrier, le moment de la bascule. Être dans le non jugement, il y a des magistrats pour ça, mais essayer de comprendre. J’ai passé 18 ans à les accompagner, j’ai envie de mettre mon expérience à la portée de tous.

Mon identité d’auteur est plutôt claire, je n’ai pas de soucis à la construire. Sur cette première année, j’ai davantage travaillé à me reconnaître une légitimité d’auteur. C’est devenu plus facile en gagnant des concours. Je vous encourage vraiment à en faire. J’ai aussi posé que si je ne suis pas encore écrivain, je peux me dire auteur. Parce que j’écris régulièrement. C’est cette régularité qui signe pour moi cette légitimité. Je me dirai, un jour peut-être, écrivain quand j’aurai la reconnaissance du plus grand nombre. Peut-être que ça n’arrivera jamais, je resterai un auteur amateur comme le musicien du dimanche n’est pas encore une star, mais il est musicien. Pour le moment, je suis dans la construction de ma posture d’auteur. La devise d’Anaël, c’est une page après l’autre, on peut aussi rajouter, c’est une étape après l’autre.

Chapitre 3. Pseudo ou pas ?

Être auteur, c’est fait, c’est la première étape, mais sous quel nom? Il y a ceux qui gardent le leur, ceux qui choisissent un pseudo, c’est mon choix. J’ai un nom compliqué, et si je peux devenir écrivain, je voulais un nom facile à retenir. Par contre, j’ai gardé mon prénom, parce qu’il m’identifie, parce que je l’aime bien et parce qu’il n’y en a pas beaucoup, des Agnès.

Pourquoi de Cize ? C’est la commande d’Anaël qui a voulu qu’on écrive un guide pratique qui m’a donné l’idée. J’ai écrit un guide touristique sur St Jean Pied de Port, la ville de mon enfance et adolescence où vivent toujours mes parents. St Jean est la capitale du pays de Cize.

Une autre raison, c’est qu’au début, je ne me sentais pas légitime d’écrire et un pseudo, c’était me cacher encore. Je ne disais pas que j’écrivais autour de moi. C’est venu plus tard dans le cheminement que permet l’Académie.

Aujourd’hui, je mets clairement en avant mon activité d’écriture. L’autre jour, j’ai dû me présenter, pour la première fois, sous mon nom d’auteur. S’entendre se nommer à haute voix a été un grand moment d’émotion, je le reconnais. C’est une autre étape que de se dire auteur !

à suivre…

 

 

Dédicace !

J’ai le plaisir de vous informer que je serai présente à la 10ième Fête du Livre à Labastide-Clairence (Pays Basque) dimanche prochain, 12 juin.

Cette manifestation se déroulera sous les arceaux (s’il fait beau) ou dans la Salle Inessa de Gaxen (s’il pleut) de 10h à 18h.

J’invite mon fan club local et mes futurs lecteurs à venir nous voir !

L’été se profile !

Une fois n’est pas coutume, un article sur mon blog, saintjeanpieddeport.wordpress.com. Parce qu’il est uniquement constitué de photos, on m’a déjà dit d’aller plutôt sur Instagram. Les pros des réseaux, vous en pensez quoi ?

Sur mon site, je vous invite à découvrir ma ville en espérant que vous la choisirez comme lieu de vos futures vacances !

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous annoncer mon 400ième visiteur de l’année 2016 et j’enregistre 1069 visites, sur cinq mois. Pour l’année entière de 2015, je suis arrivée à 908 visiteurs pour 2566 visites. Passerai-je les 1000 en décembre prochain ? Faites la pub s’il-vous-plait.

Le nombre de promeneurs sur mon site est en augmentation, je m’en réjouis. Si mes photos emportent votre décision sur votre prochaine destination, hourra !

Les pays représentés qui viennent se balader sur mon site :

  1. France (913)
  2. Etats-Unis (36)
  3. Russie (18)
  4. Espagne et Royaume-Uni, ex aequo (11)
  5. Canada (10)
  6. Australie (9)
  7. Allemagne, Belgique, Suisse (8)
  8. Brésil (7)
  9. Italie (6)
  10. Pologne et République Tchèque (5)
  11. Tunisie et Algérie (4)
  12. Irlande, Liban, Côte d’Ivoire, Bénin, Grenade, Union européenne (1)

Honnêtement, quand j’ai ouvert mon blog, je n’aurai jamais imaginé avoir des visiteurs de tous les continents (ah rectificatif, 4 sur 5, sauf l’Asie pour le moment). C’est surtout que je n’avais aucune compétence en matière d’anticipation. Ouvrir un blog était atteindre l’Anapurna !

Ma grande question : comment débarquent-ils ? C’est une véritable énigme. Taper Saint-Jean-Pied-de-Port dans Google ne vous amène pas sur ma page. Vu le nombre faible d’acheteurs de mon guide touristique (sur amazon), ils n’arrivent pas non plus par mon support papier. Surtout qu’il est en français. D’ailleurs, aimerai traducteurs pas chers en anglais, en espagnol et en basque. Oui je sais, « le pas cher, c’est pas top », mais mes finances…

Je ne me lasse pas de lire mes statistiques. Découvrir un nouveau pays dans ma liste est un enchantement. Saint-Jean est repéré à des milliers de km à la ronde, c’est le cas de le dire. La planète devient toute petite. C’est vertigineux.

Parmi ces visiteurs, je suppose que quelques uns cherchent des infos sur le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ? ou sur la restauration et l’hôtellerie ? ou … ? En fait, je n’en sais rien. Prochain visiteur, vous ne voudriez pas m’envoyer un courriel ou écrire un commentaire pour m’éclairer ?

Tandis que vous commencez à penser à vos prochaines vacances, moi c’est fait, je file en Italie dès le 1er juillet, avec mon projet en cours, le troisième recueil de nouvelles « La mort est au bout du tunnel ».

Parce que c’est heureux de parcourir les salons et les dédicaces, c’est une expérience fabuleuse…

… mais il faut aussi le temps d’écrire !!!

« Cadavres exquis »

Texte lauréat au Concours de Nouvelles du Festival du Polar de Mauves en Noir d’avril 2016. Consigne : « Un trou noir, c’est troublant ». Retrouvez le recueil (dont mon texte) sur leur site.

« Trou noir inquiétant

Pour solde de tout compte

Parfums entêtants »

Mardi, très tôt le matin.

Lucilia étira son corps dans la fraîcheur de l’aube. Fière de sa première nuit hors du nid douillet parental, elle s’attardait sous le feuillage. Oh ! pas la forêt sombre et lugubre des contes de fées. Ses parents y avaient veillé. Ils l’avaient déposée, avec son couchage, dans le parc bon enfant de la Villa Sicilia.

Ils aimaient beaucoup batifoler au bord de l’étang, les propriétaires travaillaient durement à leurs affaires, ils étaient rarement là de bonne heure. Hier soir, cependant, ils étaient entrés avec deux invités mais les parents de Lucilia, loin de s’en soucier, s’étaient réjouis à l’idée de leur tenir compagnie.

La Villa italienne aux volets clos était encore endormie malgré le réveil de scie des cigales. Les jets d’eau donnaient un son de flûte enrouée sous les frondaisons. La Ferrari garée devant la tonnelle n’avait pas bougé une roue depuis un moment.

Lucilia devina les traces d’un autre véhicule parti en mordant les cailloux de l’allée. Elle en aurait des choses à raconter au retour ! Elle déroula son corps engourdi pour s’aventurer au dehors.

La rosée illuminait les pétales de fleurs et les herbes courtes. Les arabesques filaires des araignées resplendissaient. Les coloris des plantes étaient un enchantement, tout l’arc-en-ciel et ses nuances habillaient le parc. Peu de noir et blanc, Lucilia s’en réjouit, le rouge était sa couleur préférée.

 

La veille, lundi, en début de soirée.

Dans la bibliothèque, Fabio, le front moite, n’osait plus bouger une pièce de l’échiquier. Il s’épongeait régulièrement malgré l’air frisquet qui s’avançait avec les ombres, essayant d’ignorer le vieux téléphone en bakélite posé sur la table basse.

Le regard fiévreux fixait les cases noires et blanches du damier. Il eut un spasme d’angoisse à l’idée de chavirer. Il se vit soudain aspiré dans un carré noir.

Face à lui, goguenard, Giovanni jouait du barillet en attendant le coup suivant. Ses lèvres grasses mâchouillaient un cigare cubain qui devait valoir une fortune. Son gros corps débordait de la chemise rose. Des relents de sueur froide émanaient parfois d’un mouvement d’épaule.

L’épouse de Fabio, Alina, se tenait assise sur la terrasse de la Villa. Raide dans le fauteuil en rotin, ignorant la descente du soleil, elle baissait ses yeux humides d’inquiétude. Elle ne pipait mot. Trop d’enjeux. Elle serrait ses mains tremblantes, à peine si elle entendait les cascades chevrotantes des fontaines du parc.

Un appel. Avant minuit. Il ne leur fallait qu’un appel pour sauver leur peau. Si Vito, fidèle parmi les fidèles, parvenait à rassembler l’argent, ils pourraient continuer à tenir leur restaurant.

 

Mardi, tôt le matin.

Les éclats de l’été griffaient le ciel qui enfin s’asséchait. Il avait plu une partie de la nuit mais Lucilia, bien à l’abri, avait écouté avec délices le martèlement sourd des gouttes sur les feuilles et les pierres.

Leur mélopée l’avait bercée jusqu’au réveil. Elle retardait le moment de s’éloigner, savourant la chaleur confortable qui s’accrochait sur son corps mince. Elle admira longuement, avec envie, les formes callipyges de la statue voisine.

La terre sentait bon. Elle huma avec délectation les arômes qui se réchauffaient aux premiers rayons. Il lui semblait deviner le sucré des roses et l’amer des pivoines. Elle se décida, franchit le seuil pour capter les parfums alentours.

 

Lundi, dans la soirée.

Alina soupira. Son regard se perdit dans le jardin. Elle aimait son charme désuet, les statues antiques dans leur fixité étrange. Les arbustes délaissés s’échevelaient sur les pierres. Les herbes hautes accueillaient libellules et papillons dans leur désordre fou.

La Villa agonisait au grand désespoir d’Alina, qui l’avait héritée de son père, mort dans son lit, le chanceux. Elle tourna la tête. Fabio, immobile, perdait partie sur partie. Vito n’appelait toujours pas.

Jamais ils n’auraient dû ouvrir ce restaurant sans l’aval de Giovanni. Son mari avait présumé de ses pouvoirs. Le racket ne cesserait pas. Ils n’avaient plus d’argent. Elle se demandait comment Vito réunirait la somme.

 

Mardi, tard le matin.

Lucilia ralentit. Elle dominait l’étang, elle sentit la vase stagnante libérer une carpe en manque d’oxygène. L’entretien abandonné rendait le lieu triste à mourir.

Soudain, elle se tétanisa. Son cœur fit un bond qui la désarçonna. Un trou noir lançait sa béance vers les sommets des arbres. Les bords déchiquetés dessinaient une dentelle de toute beauté. De fines rigoles grenat s’attardaient au ralenti dans les plis des vallons.

Elle admira l’artiste qui avait façonné ce sidérant spectacle. Elle hésita. Elle leva les yeux tout autour d’elle, pas âme qui vive. Elle fit quelques pas, attirée par les fragrances qui lentement montaient dans les airs.

Le trou noir sentait délicieusement bon. Mais y aller ou pas ? Lucilia hésitait. Elle n’était plus aussi sûre tout à coup de son désir d’aventurière.

 

Lundi, tard dans la soirée.

Fabio se mit à remuer sur son fauteuil. La pluie saccadée sur les vitres le mettait à bout de nerfs. Mais que faisait Vito ? Giovanni impassible ne desserrait pas les dents. Ses iris mauves dardaient Fabio d’une insoutenable menace.

Alina était rentrée aux premières étincelles de pluie. Frissonnante, elle ramena son châle sur ses épaules. Le nervi de Giovanni ne la quittait pas d’un cil. Son flingue non plus, trou noir immobile, qui ne la troublait pas, en digne fille de son père.

Elle suivit un moment la sarabande endiablée d’un couple de mouches au reflet vert doré fascinant. Leurs ailes émettaient un froissement doux tandis que leurs yeux rouges fouaillaient la nuit du parc. La lampe du bureau les captait un instant dans ses rais pour les relâcher aussitôt dans la pénombre, dans une danse lente et perverse.

Elle enviait leur libre farandole. Ah si elle avait le pouvoir de s’envoler. Elle se souvenait des avertissements de son père, plusieurs fois réitérés. Elle n’avait pas voulu écouter, amoureuse inconsciente de son bel italien. Trop tendre, le Fabio, pour résister au capo de la famille Rino.

 

Mardi, à midi.

Lucilia s’enhardit, frôla le trou noir troublant et tentant à la fois. Elle progressait. Elle passa sans encombre les dénivelés rougeâtres de l’entrée. L’odeur entêtante surgit d’un coup. Elle manqua défaillir de bonheur. Elle tâta les parois humides, frissonnant de convoitise.

Elle s’avançait, impériale, pensant à ses parents. Elle se détendit tout à fait, s’apaisa dans la flaque moutonnante. Elle prit conscience qu’elle était arrivée au bout de son voyage.

Elle avait l’intime conviction d’être enfin à sa place. Resplendissante de confiance, elle s’étira dans le chenal pourpré. L’avenir s’annonçait rutilant, folles agapes, enivrants nectars.

 

Lundi, à minuit.

Fabio livide entendit les douze coups de la comtoise française. Il vit la main de Giovanni renverser avec douceur le roi blanc sur le carré noir.

Pris de vertige, il se perdit dans le damier, balbutia quelques mots inaudibles que le mafieux n’essaya même pas de déchiffrer. Le barillet cliqueta avec agilité dans la grosse main de Giovanni. Il lui intima l’ordre de se lever en lui indiquant le parc.

Le nervi, l’arme toujours braquée sur Alina, fit de même. Tous les quatre descendirent les marches de la terrasse. Le couple de mouches suivit le mouvement, ne perdant pas une miette de ce qui se tramait. Aux premières loges du drame.

Alina glissa dans l’herbe lorsque la balle l’atteignit en plein cœur. Fabio eut le temps de poser sa main sur la statue avant de s’effondrer sur le côté.

 

Toute à son bonheur, elle ne vit pas s’approcher les hommes en blanc. Masque sur le visage, gants en latex, tubes de verre… la police scientifique approchait du cadavre de Fabio. Le Beretta avait dessiné une jolie grotte dans sa tempe.

Le policier facétieux se pencha, prit la larve entre ses pinces et s’écria avec gourmandise :

« Lucilia Caesar » !

Fin