Retour à l’Académie (1/3)

Anaël Verdier, qui a créé l’Académie d’Ecriture m’accueillant dans la première promotion de formation d’auteur, 2013-2015, m’a invitée une soirée pour évoquer mon parcours auprès des auteurs actuels en formation. Voici le texte de base de mon exposé (de base parce que je ne peux pas m’empêcher de compléter !).

En trois articles sur le mois de juillet.

« Prologue

Il était une fois…

… une petite fille qui passait des heures à lire. Jouer à la poupée, c’était pas trop mon truc. Mon désir d’écrire s’enracine dans cette enfance liée aux livres. J’inquiétais même ma tante quand j’étais en vacances chez elle, je restais tout l’après-midi dans le fauteuil du salon avec mon livre.

Au collège, j’ai investi les cours de français et adoré les rédactions. En 6ième, j’ai gagné le premier prix départemental de rédaction. J’ai aussi été une grande épistolière dans une époque où la feuille de papier était reine, l’informatique est arrivée plus tard. Écrire des lettres a été mon seul mode de communication. J’ai été une lycéenne et une jeune adulte plutôt enfermée dans sa tour. Les mots étaient mon refuge, les livres m’ont sauvé du désespoir. A cette époque, j’écrivais de la poésie douloureuse et commencé un roman, à ce jour toujours inachevé mais je le porte en moi et je le reprendrai.

J’ai mis un peu de temps à trouver ce que je voulais faire de ma vie. J’ai traversé trois facultés, droit, anglais et lettres modernes, avant de réussir le concours d’entrée à l’Ecole de Service Social.

Après l’obtention de mon diplôme d’assistante sociale, reçue au concours du Ministère de la Justice, j’ai commencé ma carrière professionnelle à la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan auprès des détenus, quartier Hommes et quartier Femmes. Et là, plus le temps d’écrire. J’ai passionnément plongé dans mon métier que j’adore. Je suis restée une grande lectrice, je n’ai d’ailleurs acheté ma première télé qu’à 40 ans. Depuis 11 ans, je suis assistante sociale auprès des personnels de l’Administration Pénitentiaire, des Services Judiciaires et de la Protection Judiciaire de la Justice. Autant dire une autre planète.

Parallèlement, je suis formatrice vacataire à l’Institut Régional du Travail Social de Talence dans la filière Assistant de Service Social. J’ai obtenu un master d’ingénierie de formation. C’est pendant cette formation que j’ai rencontré Elisa Tixen qui m’a fait connaître Anaël plus tard. C’est elle qui m’a encouragé à reprendre l’écriture. J’ai envoyé ma première nouvelle, « Une minute et demi », à un concours et j’ai gagné le deuxième prix. Superbe signe du destin !

En Avril 2012, un souci de cervicales m’a arrêtée quatre mois, en repos forcé, je me suis mise à écrire régulièrement. Sur mes seize premiers textes, quatre ont été sélectionnés dans des concours de nouvelles. J’ai découvert que mes textes pouvaient plaire à des lecteurs.

Chapitre 1. Entrer dans un atelier d’écriture

En septembre de la même année 2012, j’ai intégré l’atelier d’Anaël. Ce qui m’a plu d’emblée, c’est son premier message. Écrire est d’abord un choix et pas le fruit du hasard. Inutile d’attendre qu’une muse vous souffle dans votre stylo. Écrire est d’abord une décision. Il faut être aussi pro-actif que ses personnages !

Cette dédramatisation de l’acte d’écrire a été pour moi fondamental. Se rêver écrivain n’a pas de sens, concrétiser son désir d’écrire, c’est essentiel. Il s’agit de commencer à poser des mots réels sur une feuille de papier ou sur un document informatique, peu importe. L’important, c’est de se mettre en mouvement.

Second message : il existe des techniques et on peut les travailler. L’acte d’écrire peut se conscientiser, il se réfléchit. Ce n’est pas seulement une question de talent, s’il est là tant mieux, mais c’est de surcroit. Ce n’est pas non plus une question d’inspiration. Il y a autant de raison que de cœur dans l’acte d’écrire. En prendre conscience a été pour moi une vraie libération. Puisque je peux penser l’acte d’écrire, je peux réfléchir au sens de mon écriture, choisir mes axes thématiques en toute connaissance de cause. Etre dans un travail de choix librement consenti.

En atelier, Anaël nous donnait des savoirs et des savoir faire sur la construction d’une histoire, ou sur la caractérisation des personnages. Je me suis mise aussi à acheter plein de livres sur l’écriture. Vous l’aurez compris, j’adore la formation, c’est une question d’éthique pour moi. Creuser le sens de mes pratiques, qu’elles soient professionnelles, pédagogiques et maintenant celles de l’écriture est vital. Ce travail sur le sens, je l’ai retrouvé dans le positionnement d’Anaël.

Dans cet atelier, j’ai commencé un recueil de nouvelles, 18 pour chacune de mes années en détention, qui met en scène tous les métiers de la prison, avec comme fil rouge l’assistante sociale. J’ai interrompu le projet en entrant à l’Académie. Parce que vous l’aurez compris cette année, on ne peut pas tout faire !

Chapitre 2. Construire son identité d’auteur

La première démarche a été de choisir le genre, pour moi, c’était une évidence d’écrire de la littérature noire. C’est ma lecture préférée. A l’âge de 40 ans, j’ai d’ailleurs cessé de lire de la littérature blanche.

Je voulais vivre par moi-même, cesser de me réfugier dans les héros de mes livres. Cette fois, j’allais devenir l’héroïne de ma propre vie ! Quitter les livres, c’était aussi, paradoxalement, accepter d’écrire les pages de ma propre histoire.

Je me suis mise à lire de la littérature noire et policière, exclusivement. Elle aborde la question du sens. Sens de la vie, de la mort et de l’amour. Questions énigmatiques auxquelles chacun a sa réponse singulière. J’écris pour, à mon tour, creuser ce sillon de l’incompréhensible questionnement de l’aventure humaine.

Bien sûr, c’est aussi lié à mon activité professionnelle. Ce que j’ai envie d’explorer, c’est l’énigme du passage à l’acte meurtrier, le moment de la bascule. Être dans le non jugement, il y a des magistrats pour ça, mais essayer de comprendre. J’ai passé 18 ans à les accompagner, j’ai envie de mettre mon expérience à la portée de tous.

Mon identité d’auteur est plutôt claire, je n’ai pas de soucis à la construire. Sur cette première année, j’ai davantage travaillé à me reconnaître une légitimité d’auteur. C’est devenu plus facile en gagnant des concours. Je vous encourage vraiment à en faire. J’ai aussi posé que si je ne suis pas encore écrivain, je peux me dire auteur. Parce que j’écris régulièrement. C’est cette régularité qui signe pour moi cette légitimité. Je me dirai, un jour peut-être, écrivain quand j’aurai la reconnaissance du plus grand nombre. Peut-être que ça n’arrivera jamais, je resterai un auteur amateur comme le musicien du dimanche n’est pas encore une star, mais il est musicien. Pour le moment, je suis dans la construction de ma posture d’auteur. La devise d’Anaël, c’est une page après l’autre, on peut aussi rajouter, c’est une étape après l’autre.

Chapitre 3. Pseudo ou pas ?

Être auteur, c’est fait, c’est la première étape, mais sous quel nom? Il y a ceux qui gardent le leur, ceux qui choisissent un pseudo, c’est mon choix. J’ai un nom compliqué, et si je peux devenir écrivain, je voulais un nom facile à retenir. Par contre, j’ai gardé mon prénom, parce qu’il m’identifie, parce que je l’aime bien et parce qu’il n’y en a pas beaucoup, des Agnès.

Pourquoi de Cize ? C’est la commande d’Anaël qui a voulu qu’on écrive un guide pratique qui m’a donné l’idée. J’ai écrit un guide touristique sur St Jean Pied de Port, la ville de mon enfance et adolescence où vivent toujours mes parents. St Jean est la capitale du pays de Cize.

Une autre raison, c’est qu’au début, je ne me sentais pas légitime d’écrire et un pseudo, c’était me cacher encore. Je ne disais pas que j’écrivais autour de moi. C’est venu plus tard dans le cheminement que permet l’Académie.

Aujourd’hui, je mets clairement en avant mon activité d’écriture. L’autre jour, j’ai dû me présenter, pour la première fois, sous mon nom d’auteur. S’entendre se nommer à haute voix a été un grand moment d’émotion, je le reconnais. C’est une autre étape que de se dire auteur !

à suivre…

 

 

Résonances !

Augustin Trapenard a reçu ce matin Maxime Chattam, l’auteur, entre autres, de « La trilogie du mal ». Il sort un nouveau thriller  « Le coma des mortels ».

            – (…) J’ai envie de comprendre l’autre, et comprendre l’autre, c’est avant tout s’intéresser à ce qu’il a de pire, quelles sont les limites de l’homme dans l’horreur ? et pourquoi ? et notamment il y a le croquemitaine des temps modernes, le tueur en série. Vous savez, on dit toujours que le tueur en série, c’est quelqu’un qui a eu une enfance terrible, et du coup, c’est pourquoi il est tueur en série, mais non, c’est un raccourci complètement faux. 99,99% des gens qui ont eu des enfances terribles deviennent des gens normaux, biens même, pas nécessairement des tueurs en série, et même certains tueurs en série ont reconnu avoir eu des enfances normales. Pourquoi ? Qu’est-ce qui fait qu’on devient un tueur en série ? C’est quoi ? Le mal, si on met de côté l’aspect purement religieux, existe-t-il vraiment ? Est-ce que le tueur en série n’est pas une entrée pour essayer de le comprendre ?

            – L’incarnation du mal, c’est le tueur en série pour vous ?

            – Non, c’est une des figures du croquemitaine des temps modernes.

Je vous rassure. 18 ans d’accompagnement en détention comme assistante sociale, je n’en ai pas rencontré. Mais la question de la bascule dans l’horreur s’est posée mille fois. Qu’est-ce qui pousse l’homme à transgresser le « tu ne tueras point » ? Il me semble plus facile de comprendre le passage à l’acte meurtrier sans préméditation : un contexte, une parole, une douleur de trop… des réponses dans l’enfance souvent. Tout le monde n’accède pas à la résilience ! La préméditation est plus énigmatique. Un désir, un plan, une temporalité, une décision et rien qui n’arrête le cheminement jusqu’à la mort donnée.

– (…) Il est où le mal aujourd’hui pour vous ?

            – Le mal, il est justement dans cette façon qu’on a de distordre en permanence la vérité, au nom d’une vision quasi binaire de ce que doit être le monde, parce qu’il faut simplifier les choses en permanence, entre autres dans les medias mais pas seulement, je crois que les choses sont plus compliquées que ça. Il n’y a jamais une seule vérité, on a du mal à le dire quand on présente un journal, on va présenter des faits mais des faits… on prend le maximum de pinces, non. Il n’y a pas qu’une seule vérité… on essaie de tellement rendre les choses blanches et noires aujourd’hui, de rendre les choses facilement digérables pour tout, pour tous, on s’éloigne de plus en plus de la réalité des hommes… un homme c’est quelque chose de beaucoup plus complexe, nuancé, que simplement oui/non.

Je partage son point de vue. Je rencontre trop de gens qui fonctionnent en binaire, qui enferment l’autre dans des jugements définitifs. J’ai la chance d’avoir un métier qui s’interroge sur l’énigme de l’homme. Ma posture d’auteur est de prendre le relais. Par l’écriture, explorer les noirceurs et les inconnus de l’homme.

La littérature noire autorise cette recherche parce qu’elle touche aux limites de la douleur et de l’horreur. Mes personnages ne sont jamais noirs ou blancs, mais traversés de toutes les nuances du gris, parfois transportés aussi dans les couleurs de l’arc-en-ciel. J’aimerai dire la complexité du monde, inviter à plus de mesures, lutter contre les certitudes, elles-mêmes meurtrières à leur tour.

            – (…) Je suis obsédé par la question de la noirceur chez l’être humain, peut-être parce qu’en apparence, je n’en ai pas, j’ai juste appris… finalement on a tous une part d’ombre en soi, il faut juste savoir l’identifier, trouver la porte d’entrée, moi ça a été mon travail pendant très longtemps.

Ah ! Ma part d’ombre ? Pendant ma formation d’auteur à l’Académie d’Anaël Verdier, c’est une question qui revenait souvent. Trouver son identité d’auteur, c’est accepter d’interroger cette part d’ombre, d’aller y voir du côté de la force (de la faiblesse) obscure.

La mienne ? Joker. Je cherche encore.

            – (…) Il y a deux formes de littérature, je parle du point de vue de l’écrivain, il y a une écriture qui est une certaine forme d’autofiction permanente dans laquelle, même quand on invente des histoires, on cherche finalement à se raconter, pour peut-être… pour mieux se trouver. Et puis il y a aussi une forme d’écriture qui est celle de la création, on ne se sépare jamais complètement, on ne coupe pas le cordon ombilical avec ce qu’on est au fond, puisque c’est la matière première de l’écriture, mais malgré tout, il y a des auteurs, je pense que j’en fais partie, qui vont chercher à inventer, à créer, quitte à se glisser dans la place de l’autre, c’est pas toujours simple.

Je n’ai pas encore un grand recul sur ma posture d’auteur mais je me sens être de la seconde famille d’auteurs : celle qui crée. D’abord parce que j’estime m’être trouvée, je n’ai pas besoin d’autofiction pour aller vers qui je suis.

Créer des histoires, des personnages, des situations, j’adore. Me glisser dans la tête de l’autre est en fait assez simple, c’est l’ADN de ma profession : une posture d’empathie pour comprendre à partir du cadre de références de l’autre. Choisir la tête de meurtriers n’est pas innocent, c’est le cas de le dire, mais le parcours du crime éclaire la question du sens de la vie.

            – (…) mes livres, c’est une quête, je parle de la noirceur pour finalement faire une grande quête en fait de la lumière chez l’homme.

OUI, car paradoxalement, je suis une grande idéaliste, je rêve d’un vivre ensemble où la devise républicaine liberté, égalité, fraternité s’enracine dans les désirs de paix, de joie et d’amour. Comme assistante sociale, je choisis d’être actrice du changement : permettre à la lumière d’envahir les ténèbres pour que l’être humain respire un peu mieux au-dessus des nuages.

Alors écrire, c’est participer au même mouvement, croire en l’Autre quel que soit son chemin !

Une belle surprise !

Il y a quelques semaines, je découvrais le site de Maryline et Emeline. Deux jeunes femmes passionnées de lecture, qui le disent, l’écrivent et partagent leurs coups de cœur et leurs déceptions. Libres et authentiques. Je vous invite à les découvrir : Univers livresques

Elles proposent aux jeunes auteurs de leur envoyer leur travail. J’ai tenté l’aventure avec mon recueil de nouvelles « Eclats de rage ». Je partage avec vous la chronique de Maryline http://univers-livresques.eklablog.com/eclats-de-rage-a118736098 :

« Waouh! Dès la première nouvelle, on se prend une belle claque! Je suis restée sans voix…Je n’ai même pas pu continuer de suite sur la deuxième nouvelle, il m’a fallu du temps pour m’en remettre. C’est court mais intense, la fin arrive brutalement et on se la prend en plein visage.

Et la suite est encore meilleure! Ces adolescents sont perturbés, ils vivent normalement mais une rage au fond d’eux fait que le moment venu, ils craquent, sans se poser de questions. Malheureusement, ça arrive trop souvent, les accès de colère sont humains et personne n’est à l’abri.

Le style d’écriture de l’auteur est très agréable, très aéré, facile. J’ai vraiment passé un super moment en compagnie de ces adolescents torturés. Les mots sont toujours bien choisis et ils nous permettent de voir que tous les humains sont égaux, quelque soit le niveau social, la hiérarchie, l’âge et le rang…

Merci beaucoup à l’auteur pour sa confiance, je vais parler de ce livre partout autour de moi pour qu’elle se fasse connaître du plus grand nombre de lecteurs car elle le mérite ».

Je suis toute chamboulée. C’est le premier commentaire d’une lectrice inconnue. Même si vos proches aiment ce que vous faites, c’est tout à fait différent de découvrir l’avis d’une personne qui ne vous connaît pas. C’est un sentiment étrange de « se »lire dans les mots, de voir l’effet de vos personnages, de recevoir comment votre écriture est perçue. C’est tout nouveau, diablement emballant ! Peut-être qu’Anaël avait raison quand il nous répétait en formation, « votre lectorat potentiel existe, il faut le trouver, aller à sa rencontre » et il rajoutait « tout a déjà été écrit, certes, mais pas par vous ».

Je dois dire aussi pour être honnête que l’effet narcissisant d’un compliment est toujours bien agréable ! Cependant, je le reçois aussi comme un encouragement et un gage de confiance.

Merci Maryline !

Septembre 2015 : un an !

Toute une aventure cette ouverture de blog d’auteur amateur !

J’ai mis beaucoup de temps à me décider, mais je ne le regrette pas. Merci Anaël et mes cops de l’Académie ! Depuis un an, j’ai réussi à tenir mon pari d’un article hebdomadaire et je prends un plaisir fou.

Cependant, la « qualité » est effroyablement hétérogène. A me relire, je rougis parfois de honte, mais ce n’est pas grave. On ne peut pas être sur la même intensité toute l’année.

Je poursuis la recherche de ma voie et de ma voix. Je ne suis pas sûre que tous mes articles aient un lectorat potentiellement intéressé. C’est compliqué de trouver des sujets, d’agrandir son cercle d’abonnés. Moi-même quand je musarde sur des sites, je laisse très peu de commentaires, je ne m’abonne pas souvent. Alors…

Mais cette rencontre virtuelle de mon lecteur possible reste un vrai contentement. Je continue de réfléchir à mon identité d’auteur et à mon écriture. A près tout, la première vertu d’un blog n’est-elle pas aussi de se parler à soi-même ?

J’espère progresser et vous capter davantage chaque semaine.

A l’année prochaine pour un nouveau bilan !

Citation d’Août

« Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Egarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt ».

Marguerite Yourcenar

 

De retour !

Hélas, j’ai du quitter ma chère Toscane, ma bulle d’oxygène ! Les vacances ont l’immense privilège de vous offrir de … la vacance. J’avais bien amené des devoirs d’écriture mais une fois sous les cigales et les ombres douces… j’ai vraiment pratiqué le nonchaloir !!!

Semaines où le temps s’arrête, ou l’anticipation stressante du rythme professionnel n’existe plus. J’adore cette période où l’instant est tout seul ! Pas de passé, pas d’avenir, un être au monde dans l’essentiel du moment. La seule question existentielle du mois de juillet : quelle grillade pour le soir ? Franchement, ça repose !!!

Quelques virées culturelles mais j’en ai surtout profité pour lire !

Pour mon blog : vous avez vu que mes articles programmés pour surgir en mon absence ont fonctionné !!!!!! J’améliore ma technique informatique, je n’en reviens toujours pas.

Comme je n’avais pas la tête à réfléchir à un article pour cette semaine (j’essaie de faire durer l’absence d’anticipation !), ayant enfin compris comment incruster des liens hyper texte, je vous invite à découvrir la nouvelle page de mon site, intitulée… Liens.

Je vous informe de tous les écrits de mes cops de l’Académie, il y en a pour tous les goûts : fantasy, érotisme, surnaturel, drame…, des nouvelles, des romans, des guides…

A la semaine prochaine…

Citation de Juillet

Temps de vacances ! Cultivez le nonchaloir !

Sainte-Beuve

« Un penser calme et fort mêlé de nonchaloir ».

Baudelaire

« O boucles, ô parfum chargé de nonchaloir ».

Mallarmé

« Dans un grand nonchaloir chargé de souvenirs ».

Baudelaire

« Et tes flancs qu’assouplit un charmant nonchaloir ».

De l’émotion… (4)

Dernier billet de mon quatuor d’émotions, aujourd’hui la joie.

A l’heure où vous lisez ces lignes, je pratique avec bonheur le nonchaloir. Merveilleux mot du Moyen-Age que j’adore ! La nonchalance, la paresse, l’oisiveté sont connotées négativement. Le nonchaloir est une attitude positive de lâcher-prise et de repos. Je suis en vacances en Toscane. J’éprouve une joie immense à chacun de mes retours ici.

C’est compliqué la joie. Emotion éphémère qui ne sait pas s’installer dans la durée, sauf à être le Ravi de la crèche. Je l’envie souvent. Quel amour de la vie pour rester au top ten de la joie ! Quelle lucidité aussi pour la pratiquer par tous les temps. Une vraie discipline personnelle.

J’ai peu de personnages joyeux dans mes écrits. Je ne me suis pas encore essayé au polar déjanté. Cette émotion est météore dans mes histoires.

Dans son versant négatif, la joie exaspère les blessés de la vie. Elle nie parfois la douleur de l’autre, le renvoie dans ses cordes du désespoir. La joie est une arme redoutable qui peut briser les fragiles de l’existence tant sa clarté vive agresse ceux qui tremblent.

Dans son versant positif, la joie essaime la tendresse et témoigne que l’optimisme chevillé au corps aide à traverser les moments sombres. Savoir pratiquer la joie est un apprentissage intime qui permet de déboulonner les statues de la tristesse, de refuser l’auto-apitoiement et de se remettre en question.

Parfois, elle est don de l’instant, elle survient malgré soi. Il s’agit de l’accueillir comme une fleur fragile et éphémère. Savourer les moments où la vie est soudain plus légère et vaut la peine d’être vécue, est un vrai travail sur soi.

Ecrire pour que la joie s’éternise.

De l’émotion… (3)

Je poursuis aujourd’hui sur la tristesse.

Emotion familière, de l’ordre du compagnonnage un peu ancien désormais, car l’aptitude au bonheur s’apprend au fil des rencontres et des expériences. Elle est la plus discrète des émotions, vive en soi, imperceptible pour une écoute inattentive. Elle se loge au bord des cils, déborde parfois en larmes silencieuses. René Char, mon poète préféré écrit, « Il faut pleurer pour grandir ».

Dans son versant positif, elle est signe d’humanité, d’attention inconditionnelle au sort de l’autre quand on partage ses douleurs et ses doutes. Etre triste avec l’autre, c’est respecter le dur cheminement de sa vie, vivre en empathie avec lui dans ses épreuves.

Emotion familière qui caractérise bon nombre de mes personnages et j’aimerai que mes lecteurs la ressentent d’emblée pour accueillir leur mal-être.

Dans son versant négatif, elle enlise la personne et tue en elle toute velléité de sursaut. Elle peut paralyser jusqu’à l’asphyxie. Le danger est de s’y complaire, ah l’épineuse question des bénéfices secondaires ! L’inertie qu’elle entraîne peut agacer jusqu’à la rupture mais secouer une personne triste ne la rendra pas forcément plus heureuse et agissante. Il s’agit de comprendre avec l’autre ses ressorts pour mieux les démonter.

Reconnaître la tristesse est important, la reformuler à la hauteur de son intensité est essentiel pour que l’autre la transforme. On ne peut pas désirer à la place de l’autre mais on peut donner du souffle et du désir de désir. Je me sens à l’aise avec cette émotion quand je la perçois chez l’autre, et j’espère que mon écriture sait la susciter chez mes lecteurs, quand j’ai envie qu’ils protègent et aiment mes personnages, quoiqu’ils décident.

Ecrire parce que pleurer avec l’autre s’apprivoise.

De l’émotion… (2)

Cette semaine, la peur. J’adore la lecture de thrillers parce que l’intrigue repose sur cet axe émotionnel. C’est d’ailleurs le genre de mon premier roman. Le prochain trimestre, je le consacre à un travail de réécriture et l’embarque en vacances. Paradoxe : à l’ombre des tilleuls, dans le soir chaud de cigales, je frissonnerai avec mes personnages. Plaisir total ! (Tiens, cet hiver, penser à écrire été, pour se réchauffer !).

J’ai bien aimé construire l’intrigue, la lente montée de l’adrénaline; mon héroïne empêchera-t-elle l’empoisonnement de toute une ville ? au risque de sa vie ? en entraînant ses proches ? Cette peur-là peut s’avérer délicieuse dans l’entre-deux de l’incertitude. Avoir peur, c’est se sentir vivant.

Dans son versant positif, la peur signe l’alerte et révèle le besoin atavique de sécurité, elle permet d’anticiper un danger potentiel. Elle témoigne aussi de notre sollicitude envers l’autre, quand nous nous penchons sur une personne malade ou un enfant qui vient de tomber. Elle nous jette dans des bras protecteurs, nous autorise à quémander confort et soulagement.

Dans son versant négatif, elle peut représenter un obstacle à l’action, paralysant toute pensée et toute décision. Elle peut devenir envahissante, avec des manifestations physiques insupportables. Il s’agit de ne pas lui laisser prendre le pouvoir, de refuser les inhibitions et les timidités qui freinent le désir et l’agir.

Ecrire pour osciller de l’une à l’autre à travers mes personnages, et provoquer une peur délicieuse pour mes lecteurs qui hésiteraient au bord de la page. Plonger… ou pas ?