H comme… Handicap

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Rien de grave, seulement mes canaux carpiens. Le comble pour une auteure !

J’ai cessé de vous écrire depuis le 30 septembre car pianoter sur les touches (même glisser sur ma tablette) occasionne des douleurs.

Je suis opérée en décembre pour le poignet droit et en janvier pour le poignet gauche. Le temps médical n’est pas le même que celui des patients ! Hélas !!

Rendez-vous en février pour la reprise de mes articles.

En attendant, je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année !

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G comme… Garazi

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Pour mes nouveaux abonnés « estrangers » qui vivent au-dessus de l’Adour, Garazi est le nom basque de Saint-Jean-Pied-de-Port. J’y ai passé mon enfance et adolescence. Je ne sais pas encore ce qui transparaît dans mon écriture comme éléments liés au territoire et aux expériences passées.

Je pense qu’il faut plusieurs ouvrages pour lire ces empreintes.

L’année dernière, St Jean a reçu le label du « Plus beau village de France ». Ce qui est amusant, c’est qu’on l’a toujours nommé ville ! De chez mes parents, je dis que je descends en ville, je ne dis jamais village.

« La sélection des villages se déroule en quatre étapes (ainsi décrites par l’Association, cf leur site : www.les-plus-beaux-villages-de-France.org)

1- L’expertise sur dossier

Le dossier de candidature, porté par la commune elle-même ou par une structure intercommunale si elle a été mandatée à le faire, doit assurer que le bourg (ou plus rarement le hameau) faisant l’objet de la demande satisfait aux 3 critères éliminatoires suivants :

– Attester d’une dimension rurale, c’est-à-dire avoir une population agglomérée maximale de 2000 habitants.

– Posséder, sur son territoire, au minimum 2 sites ou monuments protégés (classés ou inscrits).

– Prouver d’une adhésion collective au projet de demande de classement par la fourniture d’une délibération du Conseil municipal.

La Commune peut verser au dossier tous documents qu’elle jugera utile à sa démarche. A réception du dossier au siège social de l’association, celle-ci notifie à la commune l’acceptation ou la non recevabilité de sa candidature. Aucune demande de classement n’émane d’une sollicitation d’une commune par l’association

2- L’expertise sur site

Lorsque le dossier de candidature a reçu un avis favorable, la commune fait l’objet d’une visite-expertise à une date convenue entre le Maire et le chargé de la politique Qualité de l’association.

Cette expertise est basée sur une grille de 27 critères objectifs permettant de mesurer l’importance et la valorisation du patrimoine du village, sa qualité architecturale, urbanistique et environnementale ainsi que la pertinence des actions de la commune en termes de maîtrise et de mise en valeur de son territoire (outils d’urbanisme, maîtrise des flux de fréquentation, aménagements esthétiques…).

Elle se traduit par un entretien préalable avec le Maire de la commune (entouré de toutes personnes de son choix), au cours duquel sera fourni à l’association un certain nombre de documents nécessaires à l’expertise, avant de s’achever par un reportage photographique technique.

3- La Commission Qualité

Composée d’élus membres de l’association mais aussi de personnalités qualifiées ou « experts », la Commission Qualité siège 2 fois par an. Elle décide, de manière souveraine, de la suite à donner au rapport d’expertise présenté par le chargé de la politique Qualité de l’association.

4 décisions sont possibles :

– le classement sans réserve (n’excluant pas la formulation d’observations ou conseils à des fins d’amélioration de sa qualité).

– le classement avec réserves, mentionnées dans le compte-rendu d’expertise ainsi que dans la charte qualité et que la commune devra, dans ses actions à venir, s’efforcer de lever.

– le non classement temporaire, permettant à la commune dont le potentiel a été reconnu, de renouveler sa demande de classement, à une date qu’elle jugera plus opportune en fonction de l’amélioration de sa qualité.

– le non classement définitif éliminant (sauf exception dûment motivée), toute possibilité de renouvellement de candidature.

4- La Charte de Qualité

Elle officialise l’entrée d’un nouveau village dans l’association. Sa signature par le Maire de la commune concernée (à laquelle peut s’ajouter celle du Président de la structure intercommunale mandatée pour le projet de classement) et le Président de l’association est obligatoire et doit intervenir dans un délai maximum d’un an à compter de la date à laquelle la Commission Qualité a rendu sa décision. Elle donne une première occasion au village de faire connaître et de valoriser son classement au titre des Plus Beaux Villages de France auprès des habitants, des Collectivités locales, et des media.

La Charte de Qualité implique, pour l’association tout autant que pour le village, un certain nombre d’engagements. L’association concède ainsi à la commune (ainsi qu’à ses structures satellites : Office de Tourisme…) le droit et même le devoir d’utiliser les emblèmes figuratifs de sa marque déposée (logo), la fait bénéficier des actions et services qu’elle conduit pour améliorer la qualité, la notoriété et le développement de l’ensemble des villages de son réseau.

De son côté, la commune s’engage, sous peine de déclassement, à s’impliquer, de manière active et dans le respect des principes édictés par l’association, à la mise en œuvre de sa stratégie, non seulement par le paiement d’une cotisation mais aussi par sa participation aux réunions de travail de l’association. Elle doit également poursuivre ses efforts quant à l’amélioration de sa qualité générale (patrimoine, accueil, développement…) en s’appuyant sur la valorisation de son classement.

Cette méthode de sélection, si elle est extrêmement rigoureuse (environ 1 demande de classement sur 5 seulement aboutit favorablement), s’avère néanmoins nécessaire à la crédibilité des villages et du réseau auprès du grand public quant à la promesse d’excellence qui lui est faite.

Les villages classés antérieurement à 1991, date de la mise en place de la grille d’expertise multicritères, font par ailleurs l’objet d’une vérification de leur qualité à l’appui de cette grille et peuvent voir leur classement remis en question par la Commission Qualité ».

 

Cet été, le magazine féminin Maxi, un hebdomadaire, a fêté le 25ème anniversaire de l’Association. Une journaliste a choisi de m’interviewer (orientée par l’Office de Tourisme). Elle cherchait des personnes civiles engagées pour faire connaître leur village.

Abdy Warhol écrivait en 1968, « à l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité mondiale ». Mondiale, pas encore, mais mon autre site saintjeanpieddeport.wordpress.com reçoit des visiteurs de la planète entière.

Je ne résiste pas à l’envie de vous donner à lire l’article ! Excepté la conclusion (nunuche) que je n’ai jamais prononcée, il est plutôt fidèle à ce que j’ai dit.

Espérons que cela vous attire à Garazi !

1 article maxi juillet 2017

 

F comme… Famille

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

La famille est perçue par 90% des français comme une valeur centrale de la société. Si l’on considère l’Europe, en 2014, 85% des Européens, quelque soit l’âge, considèrent la famille comme très importante.

Julien DAMON (article « La valeur famille en tendances ») rappelle que 57% des Français pensent que « la famille est le seul endroit où l’on se sente bien et détendu ».

Même si cette valeur s’érode, elle reste au premier rang du palmarès des valeurs, (le travail est en seconde position), au-delà des transformations des structures familiales, classiques, monoparentales, recomposées, homoparentales…

Alors, quel paradoxe de lier famille et crime.

Et pourtant… L’affaire Grégory vient de brutalement nous le rappeler. Dans plusieurs pays, plus du tiers (entre 30 et 40%) des homicides sont commis dans la famille. En France, en 2014, 28% des homicides sont intervenus dans le cadre conjugal et familial.

Dans mon premier recueil de nouvelles, « Eclats de rage », 3 histoires sur 7 sont intra familiales. Dans mon second recueil, « Ta mort viendra… et elle aura mes yeux », 6 sur 16 textes le sont.

Bernard Savin écrit dans son article « Le divan familial » (paru dans la Revue de Thérapie Familiale Psychanalytique, janvier 2001) : « Nombre de crimes sont perpétrés en famille, ils peuvent être passionnels ou issus de vieilles haines ou bien encore porter la marque de jalousies portées au paroxysme. (…) Mais, quelles que soient sa forme et sa victime, tout crime a un retentissement familial. Il parle à la famille et parle de la famille. (…) Le crime perpétré par un membre d’une famille provoque un traumatisme important dans son sein. D’autant que l’acte criminel vise, parfois, à tenter de remettre en travail psychique les effets d’un traumatisme familial transgénérationnel, d’un événement réel, ancien, qui n’a pu être élaboré psychiquement et intégré à l’histoire mythique familiale. Le sujet tente par son acte criminel de remplir des blancs de la généalogie, de la mythologie familiale, de l’histoire familiale ».

Dans une étude québécoise (ancienne, 2004) les plus prévalents sont l’uxoricide, (homicide conjugal) (19,2% de tous les homicides résolus), le filicide (7,4%) et le parricide (3,4%). Mots bien savants pour dire l’horreur.

Trois trajectoires de crimes différentes.

Selon une enquête de Médiapart, tous les deux jours et demi, en France, un couple est le théâtre d’un meurtre. En 2013, 118 hommes ont tué leur compagne, 2 hommes sont morts, tués par leur compagnon. 23 femmes ont tué leur conjoint (dont 5 étaient victimes de violences conjugales). Cela représente 17,40 % des homicides et des violences volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner.

D’une manière générale, les hommes tuent plutôt pour « garder » leur femme (même morte, elle leur appartient encore), pour s’opposer à la rupture, tandis que les femmes tuent pour entériner cette rupture dont elles ont pris l’initiative ou pour se dégager d’une relation devenue insupportable.

L’infanticide concerne le meurtre d’un nouveau-né, il est proche du terme de néonaticide qui désigne le meurtre d’un enfant le premier jour de sa vie. Filicide et libericide désignent le meurtre d’un enfant plus âgé.

Le déni de grossesse est un impensable dans notre société. Même les professionnels se retrouvent dans un désarroi réel « lorsqu’ils apprennent tout à la fois la grossesse, la naissance et la mort du bébé ». Or le travail de prévention est absolument nécessaire. Daniel Zagury distingue plusieurs dénis de la conception : « déni des métamorphoses corporelles, déni d’altérité, déni du processus vital en cours, déni de signification, déni de l’inéluctabilité du terme de la grossesse ».

Dans les situations de meurtres d’enfants plus âgés, ces mères souffrent souvent de troubles psychiatriques. Elles ont connu des souffrances narcissiques graves dans l’enfance. Daniella Angueli évoque cet espace complexe « où les champs de la psychose, du meurtre altruiste du mélancolique et celui du syndrome de Münchhausen par procuration sont difficiles à démêler ».

Certains auteurs étudient la situation familiale dans son ensemble et soulignent que la présence de certains éléments favorise la parricide : « un climat familial de confrontation, la présence de moyens violents pour régler les conflits, la notion de déni souvent présente dans la famille, la présence d’une arme à feu à la maison, ainsi que la présence d’abus physique, sexuel ou émotionnel ».

Dénouer les liens entre famille et crime s’avère un travail de titan. Les études sont pléthores. Elles me donnent, dans mon travail d’auteure, un excellent terreau pour mon imagination. Elles me permettent aussi de caractériser mes personnages au plus près des réalités sociales.

Ma profession d’assistante sociale me porte naturellement vers la compréhension des situations dans une approche pluridisciplinaire. Chaque courant théorique offre une facette explicative pour approcher l’énigme de l’amour, la vie et la mort.

J’aime bien m’appuyer sur ces regards kaléidoscopes pour comprendre le monde. En tant qu’auteure, j’entends préserver cette ouverture multi-dimensionnelle. Je picore des éléments pour construire mes histoires et aider le lecteur à comprendre, voire à aimer, mes personnages quel que soit leur crime.

Parfois, (souvent ?), la littérature éclaire plus facilement l’esprit que le plus chevronné des spécialistes !

F comme… Farniente

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Juillet est mon mois de vacances.

Je mets mes neurones en sommeil au soleil de la Toscane. Ah l’Italie et sa criminalité notoire.

Selon l’article de Wikipedia, le terme de mafia a des origines diverses. Dans les années 1860, des documents officiels évoquent le mot pour désigner une association de malfaiteurs et un comportement de la société sicilienne couramment admis à l’époque. Il  signifie beauté, bravache et audace dans la langue populaire d’un quartier de Palerme.

L’expression prise dans son sens criminel apparaît en 1863 dans une pièce de théâtre « I mafiusi di la Vicaria », où le personnage du mafioso est le « camorista » ou l’homme d’honneur, celui qui s’oppose ouvertement aux institutions gouvernementales, exhibant courage et supériorité.

Cette pièce est à l’origine du mythe de la mafia protectrice des faibles et symbole de comportement honorable de la part de ses membres.

En 1877, la mafia est décrite comme « une industrie de la violence », certains auteurs déclarent qu’il s’agit bien d’une organisation criminelle.

La Sicile est le berceau de la mafia mais le terme s’applique à toute forme de crime organisé (on parle de mafia américaine, russe, irlandaise, italienne, turque, albanaise, corse, chinoise, japonaise…).

Le terme est également lié à la notion de « parrain ». Le premier véritable « parrain » de la mafia s’appelle Vito Cascio Ferro (1862-1943). Il modernise l’organisation, impose le « pizzu » (impôt, racket), à tous les commerçants. Il raconte qu’il va « picorer » chez les commerçants comme le moineau pique son bec dans une flaque d’eau pour boire, d’où le terme « pizzu ».

Il est le parrain qui chapeaute tous les « cappo » qui eux-mêmes dirigent tous les hommes de main. Chaque « capo » a un « consigliere », un bras droit.  Il est la légende qui inspirera le personnage du film « Le Parrain ».

J’ai une tendresse inconditionnelle pour cette terre. J’aime tout, ses habitants, sa culture, ses paysages, ses pierres… Je suis comme un poisson dans l’eau ici.

J’ai emporté pour mon farniente italien un carton de polars. J’ai de la lecture à rattraper ! J’ai aussi prévu quelques travaux d’écriture. La terre italienne vibre d’histoires de mafiosi.

J’espère bien qu’elle inspirera ma plume !

 

E comme… Emotions

Dans mon identité professionnelle d’assistante sociale, elles sont au cœur de tout entretien avec les personnes en difficultés. Permettre de les vivre est déjà commencer à les apprivoiser. Mais rester dans les émotions parasite la pensée et l’action. Il s’agit de les nommer pour favoriser la compréhension de soi pour mieux envisager les choix à poser. Légitimer les émotions, les reconnaître, c’est redonner du pouvoir décisionnel à l’autre. Mettre des mots sur des ressentis ouvre alors l’espace aux mots de la raison et de la distanciation. Il devient alors possible de réfléchir et de trouver du sens aux épreuves traversées.

Mon identité d’auteure se construit à partir de mes émotions. Elles lancent mon désir d’écrire pour partager mes coups de cœur et de colère, interroger le mystère de la haine et de l’amour, sonder l’énigme du crime. Elles coulent dans mon encre car elles seules légitiment le souffle de la vie. Ecouter mes émotions, c’est apprendre à construire mon message d’auteure.

Elles sont au cœur de tous mes projets d’écriture. J’écris aussi à partir des émotions de mes personnages pour susciter celles de mes lecteurs. Il s’agit alors de mettre les siennes en sourdine pour être dans la cohérence des personnages. Il s’agit de ne pas les confondre mais de chercher ce qui appartient vraiment à mes héros. Cette injonction paradoxale de donner de l’émotion tout en ne la vivant pas soi-même est une posture d’auteure qui se travaille.

Dans la littérature noire, les quatre émotions de base, la colère, la peur, la tristesse et la joie, ne jouent pas dans la même catégorie !

Dans mon premier recueil de nouvelles, la colère est l’émotion dominante. Son titre est déjà très explicite « Eclats de rage ». Elle anime mes ados douloureux, elle les submerge jusqu’à l’irréparable. Ils n’ont pas de mots audibles pour la reconnaître. La colère, versant faiblesse, signe la défaite de la parole. Dans les parcours des détenus que j’ai accompagnés, elle était souvent au cœur de leur agir délictuel ou criminel. Dans les histoires de vie des agents que j’accompagne, elle est souvent retournée contre eux-mêmes, et le corps parle quand les lèvres peinent à s’ouvrir.

La colère, versant force, permet de s’indigner des injustices, de la précarité grandissante dans nos villes et nos campagnes, de la désespérance muette à nos frontières, des dictats des marchés financiers, des prédateurs et dictateurs qui écrasent l’humanité blessée. La colère est dans l’ADN du travail social. Chargés de mettre en œuvre les politiques publiques, nous sommes en première ligne pour en comprendre les faiblesses et les dérives. Nous devons avoir une colère constructive pour interpeler nos hiérarchies et les grands de ce monde.

La peur n’est pas forcément mauvaise conseillère. Elle signe l’alerte et le besoin de sécurité, elle permet d’anticiper un danger potentiel. Dans son versant négatif, elle est obstacle à l’action, elle paralyse pensée et décision.

La tristesse est une émotion familière mais l’aptitude au bonheur s’apprend au fil des rencontres et des expériences. Elle est la plus discrète des émotions, vive en soi, imperceptible pour une écoute inattentive. Elle se loge au bord des cils, déborde parfois en larmes silencieuses. René Char, mon poète préféré écrit, « Il faut pleurer pour grandir ».

Reconnaître la tristesse est important, la reformuler à la hauteur de son intensité est essentiel pour que l’autre la transforme. On ne peut pas désirer à la place de l’autre mais on peut donner du souffle et du désir de désir. Je me sens à l’aise avec cette émotion quand je la perçois chez l’autre, et j’espère que mon écriture sait la susciter chez mes lecteurs, quand j’ai envie qu’ils protègent et aiment mes personnages, quoiqu’ils décident.

C’est compliqué la joie. Emotion éphémère qui ne sait pas s’installer dans la durée. Savoir pratiquer la joie, pour semer de la tendresse autour de soi, est un apprentissage intime qui permet de déboulonner les statues de la tristesse et de la peur, de refuser l’auto-apitoiement et de se remettre en question.

Dans son versant négatif, la joie exaspère les blessés de la vie. Elle nie parfois la douleur de l’autre, le renvoie dans ses cordes du désespoir. La joie est une arme redoutable qui peut briser les fragiles de l’existence tant sa clarté vive agresse ceux qui tremblent.

Ecrire enfin pour susciter vos émotions de lecteurs, vous permettre de traverser toute la gamme des quatre émotions de base et leur camaïeu. J’aimerai que vous ragiez, pleuriez, frissonniez, souriez (à défaut de rire)… que mes histoires de meurtres vous bousculent, que mes personnages criminels et victimes vous emportent.

S’émouvoir pour se sentir vivant !

D comme… Décision et Discipline

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Je peux d’autant plus en parler que les miennes sont primesautières et irrégulières depuis septembre dernier ! Dans la lancée de la formation à l’Académie d’Anaël Verdier, j’ai tenu une écriture régulière. Se donner des contraintes d’organisation est fondamental.

Désirer écrire n’est rien sans la décision d’écrire. J’écrivais dans mon article précédent que le désir s’incarne. Attendre que la Muse se manifeste est une erreur, attendre que la pulsion d’écrire vous pousse à votre table est une autre erreur. Tourner ses personnages et ses histoires dans le silence de sa conscience est insuffisant.

L’adage d’Anaël est vrai : tant que c’est dans votre tête, cela n’existe pas !

Le mouvement vers l’écriture est paradoxalement un mouvement extérieur : se bouger jusqu’à son ordinateur ou ses feuilles blanches, se préparer un café ou un thé, faire courir ses doigts sur le clavier ou le stylo sur son bureau… tout est mouvement.

Beaucoup d’écrivains racontent, avec plus ou moins de réticence, leur rituel. En tant qu’auteure, je n’ai pas vraiment choisi le mien. Ce qui est surprenant, je suis plutôt fan des rituels, ils sont mémoire et repère, sécurité et témoignage.

Pour l’écriture, je butine des actions diverses. D’où cette mise en route disparate ! J’écris le matin ou le soir, en semaine ou en week-end, sur un temps court ou un temps long… J’écris dans mon lit (j’adore), dans mon canapé, dans un café, sur un banc… Sur l’ordinateur maison ou le portable, dans un cahier ou sur des feuilles…

Je suis dans une indiscipline effrontée ! Surtout que l’écriture vient après mon travail, ma vie privée et mon intervention à l’Institut Régional de Travail Social. D’où une année blanche, trop de travail ramené à la maison, trop de temps pour les travaux de mes étudiants, trop de procrastination !

J’ai décidé que cela allait changer. La saison des résolutions est toujours septembre et janvier. Pour moi ce sera juin.

1. Changer mon rapport au travail : c’est compliqué, mon engagement dans mon métier est une question éthique qui ne se discute pas. Cependant, si j’abandonnais le désir d’être tout le temps à jour et de ne pas faire attendre les agents, cela me faciliterait la vie ! Les personnels peuvent comprendre, je suis seule à me mettre la pression.

2. Interrompre mes vacations de formatrice à l’IRTS : fondamentalement passionnée par l’activité pédagogique, ce n’est pas sans pincement au cœur que j’ai pris cette décision. J’arrête les suivis mémoires, les préparations à l’épreuve de politiques sociales dès maintenant. Il ne me reste que quatre élèves pour les dossiers de pratiques professionnelles à accompagner sur leur troisième année. Je vais retrouver du temps personnel.

3. Ecrire régulièrement. Je suis en congés tout le mois de juillet. En août, dès mon retour, je me donnerai des contraintes de production.

Discipline vous dis-je !

 

C comme… C’est vendredi soir !

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Ah, ah, ah, vous vous attendiez à C comme… crime, je parie ! Pas cette fois. Je viens partager avec vous mon coup de cœur pour le vendredi soir. Moment que j’adore, qui s’ouvre par le rituel de l’apéritif de fin de semaine.

Toute la tension de la semaine se pose dans mon canapé. Je savoure ces minutes qui me séparent du nonchaloir du week-end. J’entre dans ma bulle et malheur à celui qui viendra me déranger.

Je suis d’une patience infinie dans ma semaine parce que mon métier d’assistante sociale est un métier de relations. Je passe mon temps à écouter les gens et Dieu sait s’ils sont malmenés en ce moment.

Mais pas touche à mon week-end ! Si je n’ai pas ma bulle de solitude hors du monde, j’étouffe. Cela m’énerve d’être appelée au téléphone ou si on sonne à la porte à l’improviste (que je n’ouvre jamais). Il est hors de question de sortir, ni pour l’alimentaire, ni pour la culture, ni pour les proches (enfin presque). Ni pour… quoi que soit (quelques exceptions, voter par exemple !).

Le vendredi soir, c’est la promesse du silence, celui qui répare de la fatigue accumulée. C’est le rêve de l’auteure, celui d’écrire enfin, alors que la semaine professionnelle brouille les idées. C’est le désir de lecture, une bulle dans ma bulle, pour respirer au-dessus des nuages, et tenter de comprendre les fureurs du monde.

L’intensité de l’espérance du vendredi soir est d’une saveur particulière. J’aime ce crépuscule qui s’annonce et rend le lundi soudain très lointain. J’aime ce moment ouvert sur tous les possibles. J’aime ma maison repliée en coquillage qui ne tolère que ma présence.

Le temps ralentit jusqu’à épouser mon souffle soudain léger. Des arômes de café ou de thé pour accompagner gentiment la main qui s’attarde sur le papier ou le clavier. Deux jours à venir pleins de désirs d’écriture et de lecture. Rejeter par les fenêtres ouvertes le bruit du travail, se ressourcer pour pouvoir panser les douleurs et les blessures à écouter plus tard.

Etre dans l’ici et le maintenant du vendredi soir… j’adore.

B comme… Brexit

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

Mais que vient faire l’irruption de la politique sur un blog littéraire ? La question de l’engagement de l’auteur traverse les siècles, Voltaire, Zola, Sartre… Leur écriture s’enracinait profondément dans les réalités de leur époque.

Des auteurs de littérature noire se sont pleinement investis dans cet engagement comme Didier Daninckx ou Thierry Jonquet, Jean-Bernard Pouy ou Frédéric Fajardie, Tonino Benacquista ou Jean-Claude Izzo. Ils choisissent d’éclairer les scènes sociales : la précarité, la violence, la stigmatisation des faibles, la dureté des puissants.

Par ma profession d’assistante sociale, je suis du côté des malmenés de la vie, des fragiles de l’économie, des blessés de l’amour, des victimes de l’injustice. Les démunis ont rarement les mots de leur souffrance. Je leur offre cet espace où se dire est déjà un premier pas vers l’agir qui les réparera.

La politique est censée les accompagner, donner des réponses et changer le monde. Elle semble devenue folle. Nous assistons à une profonde mutation. Ne cédons pas aux sirènes du pessimisme, je vous invite à l’optimisme et… au vote !

Comme auteure, j’aimerai rejoindre l’engagement des écrivains du polar noir. Mes premiers textes explorent plutôt l’intériorité des êtres et l’énigme du passage à l’acte meurtrier. J’aime explorer les failles et les douleurs singulières.

Cependant, le contexte sociétal n’est jamais très loin. J’aimerai intensifier cette orientation car le meurtre a aussi ses racines dans les blessures sociales et les difficultés du vivre ensemble. J’aime bien l’alliance des disciplines complémentaires que sont la psychologie et la sociologie pour essayer de comprendre le monde.

En tant qu’auteure, j’ai envie de partager cette exploration, tenter des réponses, susciter des émotions pour que la noirceur de mes histoires ouvre toujours sur une note d’espérance.

La question que je n’ai pas encore tranchée : s’engager ouvertement ?

Je ne suis pas persuadée que donner à voir mon vote soit important et que mes convictions politiques doivent être partagées avec des inconnus. Séparer vie citoyenne et vie littéraire me semble aujourd’hui une juste réponse.

Une chose est sûre, je me pencherai prioritairement sur cette question… en fonction de qui arrive au pouvoir !

B comme… Bibliothèque

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

B comme… bibliothèque

Du plus loin que je me souvienne, il y a toujours eu des livres à la maison. Je me rappelle des conseils de lecture de ma mère. J’avais l’impression d’un partage intime des effets de la lecture. Mon père est plus proche des quotidiens et des hebdomadaires, qu’il commente régulièrement.

Deux formes d’écriture différentes. Mais le même message : l’écrit aide à comprendre le monde. L’écrit éclaire l’énigme de la vie, de l’amour, de la mort. L’écrit interroge et s’interroge, balbutie des hypothèses, propose des réponses.

Entrer dans un livre, c’était se jeter corps et âme dans les courants du mystère de l’humanité. Epouser la destinée des gens heureux et des gens désespérés, pour comprendre que la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

La bibliothèque de mon enfance est restée intacte quoique déménagée dans la salle de musique (pour mon frère) devenue plus tard salle de peinture (de ma mère). Les étagères égrènent la bibliothèque rose, verte, rouge et or… Ils sont là à portée de main et les voir à chaque séjour est un infini plaisir. Parcourir les titres pour retrouver les sensations de la lecture est toujours un moment d’émotion.

Je me souviens que ma tante ne trouvait pas normal que je passe l’après-midi entière dans un fauteuil un livre à la main. Mon oncle avait mieux compris, il choisissait à la bibliothèque des personnels de son usine (je doute que cela existe encore) des romans pour moi. Un rituel qui me ravissait, un partage qui ne concernait que nous.

Ma bibliothèque aujourd’hui est un mur entier, deux rangées de livres sur chaque étagère, du sol au plafond. Ils n’ont pas tous la même valeur à mes yeux. Certains auteurs sont liés à une décennie de ma vie. C’est amusant de constater à quel point certains titres ne survivent pas au temps qui passe, tandis que d’autres restent intemporellement dans le cœur. Il fut un temps où les livres me permettaient de vivre par procuration. Il fut un temps où je décidai de vivre vraiment. Et j’ai changé de livres !

Un jour, j’ai choisi de revenir « pour de vrai » vers l’écriture. Me voilà à inventer à mon tour des personnages et des situations, des contextes et des histoires. Je me découvre folle enthousiaste du format de la nouvelle. J’aime la fulgurance et l’intensité qu’elle permet.

Le corollaire surprenant, c’est que… je lis moins !

A comme… Auteure

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

Pas très original comme titre cette fois, mais plus complexe qu’il n’y paraît !

A mes débuts, jamais je ne me serai présentée ainsi. Je pensais que me nommer auteure relevait d’une certaine imposture, qu’il fallait attendre la notoriété du public, la une des magazines ou être éditée par des maisons d’édition ayant pignon sur rue.

Se légitimer auteure relève d’un certain processus. Lorsque, sur plusieurs années, j’ai vu mes nouvelles primées à des concours différents dans des régions de France différentes, je me suis dit qu’après tout… j’ai un lectorat quelque part ! J’ai peu à peu apprivoisé l’idée de le devenir « pour de vrai ».

J’ai commencé par me présenter comme « auteur amateur », au sens premier du terme amateur, « celui qui aime » l’écriture. En ce début d’année, je m’affirme auteure, parce que j’écris régulièrement, mon deuxième recueil va bientôt voir le jour et j’ai déjà des textes pour le troisième et le quatrième recueil. La régularité est un premier élément important.

Auteure car je revendique le désir de partager mes questionnements sur le monde à travers l’écriture noire. Qui mieux que l’énigme du passage à l’acte meurtrier interroge notre condition humaine ? J’aurais pu choisir A comme altérité tant celle-ci est une valeur essentielle à mes yeux, tant dans mon identité d’auteure que dans mon identité professionnelle d’assistante sociale. Le criminel nie l’Autre dans ce qu’il a de singulier, il pense exister en donnant la mort, il croit réparer sa souffrance.

Dans le contexte actuel de la primauté du même, la peur de la différence, le rejet de l’étranger, le repli identitaire de larges fractions de la société, j’aimerai affirmer que seule l’Altérité comprise comme une richesse et un partage de nos différences permet le vivre ensemble. Elle suppose l’inconditionnel accueil de l’Autre comme un mystère toujours renouvelé, comme une chance de se comprendre. Elle suppose l’inconditionnelle acceptation de sa solitude pour rencontrer les autres sans les vampiriser, sans les rendre dépendants, sans les manipuler…

Les criminels de mes nouvelles ont en commun d’ignorer que cette altérité serait la chance de leur vie s’ils en comprenaient le sens. Ils sont repliés sur leur douleur existentielle et plus rien d’autre n’existe. René Char écrit « la souffrance connaît peu de mots ». Je choisis d’explorer cet indicible dans mes nouvelles noires, d’être le porte-parole de ces sans-voix. S’ils avaient eu accès à la parole, jamais ils ne seraient devenus des criminels.

Alors oui, A comme auteure, pour porter aussi les mots des Autres.