B comme… Becarria

Suite à mon premier Dictionnaire Amoureux, j’ai décidé de vous en écrire un second ! Je poursuis l’aventure afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure de polar et de poésie. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Travaillant comme assistante sociale au Ministère de la Justice, c’est un auteur incontournable dans ma bibliothèque.

J’ai une tendresse particulière pour Cesare Beccaria Bonesana, marquis de Gualdrasco et Villareggio (1738-1794). Il est l’auteur de « Des délits et des peines« , ouvrage commenté par Voltaire, Diderot, ou encore Michel Foucault. Admiré par Victor Hugo et Thomas Jefferson, il est régulièrement cité par Robert Badinter.

Il s’intéresse très tôt aux questions liées à l’équité du système judiciaire. Son ouvrage interroge le droit pénal. Il pose un certain nombre de principes:

– « Pas de crime, pas de punition sans loi » : c’est le principe de légalité.

– « La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée » (Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen du 26 août 1789, art. 8) : c’est la non rétroactivité de la loi pénale plus sévère.

– « Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu’elle a prescrites » (Ibid., art. 7)

– « La loi n’a le droit de proscrire que les actions nuisibles à la société » (Ibid., art. 5)

– « Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne sera pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi » (Ibid., art. 9) : c’est la présomption d’innocence.

Becarria est aussi celui qui amorce le premier mouvement abolitionniste. Il dénonce la torture et la peine de mort. Grâce à lui, le grand-duché de (ma très chère) Toscane est le premier Etat dans le monde à totalement abolir l’une et l’autre, en 1786, (le jeune Etat italien en 1889, la France en… 1981).

Il recommande de prévenir le crime plutôt que de le réprimer. Ah ce vieux clivage entre répression et prévention, toujours brûlant d’actualité. Je penche bien sûr du côté de la prévention.

Dans mes nouvelles noires, mon écriture explore les ombres de l’âme humaine, (d’où leur pendant indispensable, mes haïkus, pour s’émerveiller des beautés de la vie).

Il s’agit d’éclairer l’énigmatique passage à l’acte meurtrier. De mes 18 années d’intervention en détention à écouter les histoires singulières d’hommes et de femmes, j’aime partager mon expérience.

Mais le meurtre n’est pas seulement une affaire privée ou un trouble psychologique, il interroge les fondements du vivre ensemble, il est aussi une affaire collective. Des auteurs comme Didier Danninckx, Thierry Jonquet, Jean-Patrick Manchette ou Frédéric Fajardie ont écrit en ce sens. Le crime s’enracine dans les failles des politiques publiques.

En ces temps troublés, il serait bon de se le rappeler.

Becarria a déjà tout dit :

« Le moyen le plus sûr mais le plus difficile de prévenir les délits est de perfectionner l’éducation ».