O comme… Organisation

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Contrairement à l’idée romantique qui domine, l’écriture n’est pas le fruit d’une inspiration quasi-divine qui vous jette soudain sur la page blanche. Ecrire est ardu, cela demande de la concentration et de la rigueur.

Tout apprenti auteur tâtonne pour trouver son organisation !

J’en connais deux qui écrivent le matin avant d’aller au travail. J’en connais une qui écrit un jour sur deux et le week-end, un autre qui vole des moments dans la journée, entre midi et deux. C’est forcément différent pour ceux qui ont une activité professionnelle et ceux qui n’en ont pas !

J’en profite pour vous dire que seuls 2 à 3% des écrivains gagnent leur vie avec leur plume. 97% ont un métier en parallèle, et tous… une vie familiale et sociale !

Flaubert ne se couchait jamais avant 3h du matin, Balzac se levait à 1h du matin pour travailler. Il consacrait 13 heures par jour à l’écriture, Voltaire 16h30. Le philosophe Emmanuel Kant n’écrivait pas plus d’une heure par jour, de 6h à 7h du matin. Amélie Nothomb écrit de 4h à 6h. Voilà qui est très encourageant !

Il y a les auteurs du matin (Victor Hugo, Charles Dickens, Hemingway), de l’après-midi (Nabokov, Styron) ou de la nuit (Kafka).

Alors que l’on imagine le plus souvent l’écrivain assis à son bureau, beaucoup aiment écrire debout tel Hemingway. Dickens, Virginia Woolf, Lewis Carroll et Philip Roth s’appuyaient sur une commode surélevée. A l’inverse, Proust, Mark Twain, Gorge Orwell, Truman Capote et Edith Wharton préféraient écrire allongés, au lit ou en travers du canapé.

Et moi me demanderez-vous ? Pendant longtemps, j’ai écrit de manière désordonnée, par à coups, le matin ou l’après-midi, trois jours de suite puis un temps sans écriture, dans mon lit le week end, ou le soir à mon bureau, dans un café, dans le tram… Cette organisation, qui n’en était pas une, était facilitée parce que j’écrivais des nouvelles et des haïkus.

Depuis que j’ai décidé d’écrire mon premier roman (en réalité c’est le deuxième, le manuscrit dort dans mon tiroir avant mon travail de réécriture), j’ai choisi une organisation plus rigoureuse.

Je me lève en semaine à 6h45, me douche et me prépare un café. J’écris à mon bureau de 1 à 2 heures, tout dépend de mon agenda professionnel. Sur page blanche et au stylo. Le soir en rentrant, je dicte mon texte sur mon ordi. Le week-end, j’écris dans mon lit et mon canapé, plusieurs heures d’affilée.

Ceux qui me connaissent bien savent que je déteste me lever tôt. J’ai encore du mal à bousculer mon horloge interne mais ça viendra. Mon désir d’écrire est plus important. La concentration est vive au lever, les idées s’enchaînent et ce temps pris me donne une pêche d’enfer pour partir au travail !

Il y a tellement de gens qui disent qu’ils vont écrire un jour et trouvent de bonnes raisons pour ne pas s’y mettre. Alors qu’il suffit de le décider, de s’installer et de commencer. Une page par jour, même une demi-page, mais tous les jours. Ni plus ni moins. Quand vous vous sentez le plus en forme, au moment possible dans votre emploi du temps, dans un temps défini.

Il s’agit de défendre ce temps de l’écriture, contre vents et marées, contre tout ce qui viendrait l’envahir (des pensées de découragement, vos enfants et conjoint, une lessive, l’envie de sortir…).

Roland Barthes écrivait : « Je me pose comme écrivain, dans toute l’ampleur, tout le sacré du rôle, pour m’aider à le devenir »,

ou encore

« Je ne me prends pas pour un écrivain mais je dois me prendre pour quelqu’un qui veut écrire ».

O comme… Ombre

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

C’est un mot de la littérature que j’aime beaucoup. Sa sonorité est douce, son mystère entier. Les définitions des dictionnaires vous amènent sur des chemins étonnants. Pas moins de 9 dans le Larousse !

J’aime les ombres des arbres quand la méridienne suffocante plombe les corps. J’aime les ombres des gens qui s’allongent dans le jour déclinant. Je n’ai pas aimé les ombres de Platon. Je n’ai pas beaucoup de goût pour les ombres chinoises, ni pour les ombres à paupières.

Je n’ai pas peur de la mienne, et hors de question de suivre quelqu’un comme son ombre. S’il peut m’arriver parfois d’être l’ombre de moi-même, je ne lui cours pas après. J’essaie aussi de ne faire de l’ombre à personne.

J’ai beaucoup de tendresse pour l’ombre de la prison, bien sûr ! Ce qui m’amène à évoquer la part d’ombre de tout un chacun.

Celle de mes personnages que j’interroge sans relâche dans mes histoires. Cette part qui se dérobe à tout entendement, qui fuit la raison et s’enlise dans l’oubli. S’en approcher, c’est essayer de comprendre ce qui peut bien mouvoir quelqu’un vers la violence ou le crime.

Celle des détenus hier ou des personnels aujourd’hui que j’essaie de nommer pour lui donner des couleurs. Aider l’autre à l’apprivoiser, c’est lui permettre de s’en libérer et d’accéder à une plus douce respiration au-dessus des nuages.

La mienne enfin qui soutient mon désir d’écriture. L’explorer, c’est tenter de s’affranchir des esclavages inconscients, éclairer les mouvements intérieurs parfois inattendus, grandir jusqu’aux décisions singulières, puis mettre cette aventure au service de ma plume.

Soyez à la fois tendre et exigeant avec votre part d’ombre  !

René Char écrit : « Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer ».

N comme… Noria de questions

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

Je relève le défi de mon amie auteure Elisa Tixen en participant, à mon tour, au sunshine blogger award. Il s’agit de répondre à 11 questions et envoyer 11 nouvelles questions à 11 bloggers.

  1. Pourquoi ce blog, pour qui ?

J’ai ouvert mon blog d’auteure pendant ma formation à l’Académie Anaël Verdier. Au début, c’était une façon de me parler à moi-même, de clarifier ce que j’avais envie d’écrire, de construire mon identité d’auteure. Aujourd’hui, c’est aussi aller à la rencontre de mes lecteurs et partager mon aventure dans l’écriture. C’est un rendez-vous régulier que j’aime beaucoup. L’idée d’écrire mes articles à partir des 26 lettres de l’alphabet m’est venue l’année dernière. La contrainte de la lettre est un amusement qui sert la créativité. Un petit regret cependant, ne pas avoir plus de commentaires, mais comme je suis la première à en laisser très peu sur les blogs…

  1. Quel est le livre qui t’a le plus marqué ?

Difficile de répondre, en général, j’oublie aussitôt lu. Je suis trop intensément dans l’ici et le maintenant de chaque lecture. Les livres qui me marquent sont ceux qui contiennent le plus d’émotions. Ce sont ceux-là que j’aimerai écrire aussi.

En poésie, l’œuvre de René Char m’accompagne au quotidien. J’adore lire (et écrire) des haïkus.

En théâtre, « Le malentendu » d’Albert Camus, et « Antigone » de Jean Anouilh ont mes préférences.

  1. Et quel est celui que tu ne liras jamais ?

Le genre fantasy, vampires et science-fiction ne m’attirent pas du tout.

  1. Quelle est la musique que tu écoutes en boucle en ce moment ?

J’écoute peu de musique. Comme écrivait André Gide, « je suis peuplée » et je finis par oublier que la musique passe, n’entendant même pas que le CD est terminé ! J’aime le jazz et la bossa nova. Je passe en boucle très régulièrement le bruit des vagues de l’océan, surtout sans musique, les bruits de la nature, seuls, ainsi qu’un CD de cloches. Non ne riez pas, j’adore le son des cloches, cela me donne une pêche d’enfer !

  1. Une soirée idéale pour toi, ça ressemble à quoi ?

Je ne vais pas être très originale : dans un ailleurs lointain, en amoureux autour d’un menu gourmet, au bord de l’eau. Et ici, seule dans mon canapé, un livre et une tasse de thé.

  1. Quel est le rêve que tu serais très malheureuse de réaliser ?

Aucune idée ! Mais j’ai plein de rêves que j’aimerai concrétiser.

  1. Écriture à l’instinct ou planifiée ?

Les deux Mon capitaine. A l’instinct : le matin ou le soir, dans un bar ou sur la plage, sur ma terrasse ou dans mon lit, à partir d’une idée de lieu ou de personnage ou d’histoire… En général j’écris alors par à coups et comme ça vient. Planifiée : synopsis rigoureux sous les yeux, mais qui ouvre l’espace à l’inconnu, une histoire qui connaît sa fin, des personnages travaillés en amont, des interactions réfléchies en avance, une écriture (quasi) quotidienne.

  1. Un ange te rend visite, il te dit quoi ?

Il m’encourage ! Il me rappelle que la procrastination est un vilain défaut !

  1. Resto gastro ou plutôt bistrot ?

J’aime les deux, je pense même que j’aime tous les lieux, du moment que je mets les pieds sous la table. Je déteste cuisiner ! Un vrai frein à la vie sociale et un malheur pour mon porte-monnaie !

  1. Ton endroit préféré pour écrire ?

Je n’en ai pas vraiment. Je peux écrire partout. Dès que je choisis de me mettre dans ma bulle d’écriture, le lieu importe peu. Je suis dans mon stylo, et le ciel peut me tomber sur la tête.

  1. Après toutes ces vérités, un petit mensonge ?

Je ne lis plus d’ouvrages sur l’écriture car le Prix du Polar de Cognac ou Lyon, c’est pour demain !

Voici à mon tour mes onze questions. Libre à 11 d’entre vous de vous en saisir !

  1. Depuis que tu tiens ton blog d’auteur(e), qu’est-ce qui a changé au fil de cette expérience ?
  2. Quels sont les livres qui t’ont donné(e) envie d’écrire ?
  3. Qu’est-ce qu’écrire pour toi ?
  4. Quel a été l’élément déclencheur de la première fois ?
  5. Qu’est-ce qui est le plus facile et le plus difficile à écrire ?
  6. As-tu des rituels autour de l’acte d’écrire ?
  7. En quoi ta vie et tes expériences sont-elles des sources d’inspiration ?
  8. Est-ce que tu effectues des recherches particulières avant d’écrire ?
  9. Quels messages désires-tu donner à tes lecteurs ?
  10. As-tu une organisation particulière ?
  11. Quelle est ta citation préférée ?

N comme… Noir

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

De toutes les littératures de roman noir, j’aimerai saluer le néo-polar[1], version française post soixante-huitarde, au moment nous commémorons le 40ème anniversaire du mouvement qui embrasa le pays tout entier.

Pour Jean-Pierre Manchette, le crime n’est pas un fait isolé relevant de la seule responsabilité de l’individu mais une conséquence inévitable de l’organisation sociale, économique et politique.

Pour cet auteur, « le bon roman noir est un roman social, un roman de critique sociale qui prend pour anecdote des histoires de crimes, mais qui essaie de donner un portrait de la société ».

Si leur écriture rend compte de la psychologie des personnages, elle s’intéresse bien davantage aux rapports sociaux. Ces auteurs mettent l’accent sur les violences institutionnelles et sociétales. Le crime devient un prétexte et l’enquête explore les failles d’une société bourgeoise considérée comme criminelle.

Les indices ne portent plus vers la recherche du comportement déviant de l’individu. Celui-ci est un simple rouage dans un vaste système dont il ne saisit ni l’ampleur, ni la réelle influence.

Ils révèlent les vérités masquées par les discours officiels de l’idéologie dominante. Ils dénoncent les ravages des inégalités et des injustices, les pouvoirs d’Etat et les dictatures financières.

Ces auteurs choisissent délibérément d’inscrire leurs intrigues dans un positionnement politique. Ils s’inspirent de faits réels. Jean-Pierre Manchette, « L’affaire N’Gustro » (1971) basé sur l’enlèvement de Medhi Ben Barka en 1965. Didier Danickx, « Meurtres pour mémoire » à partir des manifestations d’Octobre 61 et sur la déportation des Juifs pendant l’Occupation. L’auteure Dominique Manotti, dans « Lorraine Connection » s’inspire de l’affaire Daewoo.

C’est mon côté assistante sociale qui s’intéresse à cette écriture. Les personnes fragiles et en difficultés ne le sont pas seulement parce que leur histoire singulière est compliquée. Elles le sont aussi parce que la société ne leur ouvre pas toujours une place au soleil.

C’est le paradoxe de ma fonction : instrument du pouvoir en place pour appliquer les politiques publiques, il n’en demeure pas moins salutaire et essentiel de se révolter lorsqu’elles broient l’individu. Je m’y emploie au quotidien. L’impertinence est une valeur du travail social.

Côté lectrice, je suis une fan de cette littérature engagée. Côté auteure, c’est une piste que je n’ai pas encore explorée. Mes textes abordent davantage le chemin singulier de mes personnages, le contexte social n’est pas franchement travaillé même s’il en surgit parfois des éléments.

Qui sait, un jour, j’y viendrais peut-être ?

 

 

[1] Eléments de mon article in Véronique DESNAIN « Style et idéologie dans le roman noir ». Revue Itinéraires. Janvier 2015.

M comme… Mastermind

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Après l’Académie de 2013 à 2015, j’ai intégré une nouvelle formule proposée par Anaël Verdier (cf ses blogs multiples en tapant son nom dans une barre de recherche). Il a toujours mille projets sur le feu.

Cette année, il a mis en place un nouvel atelier, appelé Mastermind, qu’il définit comme « un espace de progression accélérée pour les auteurs ». Nous sommes 4.

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas très fan de vie de groupe. C’est toujours pour moi un effort mais le challenge vaut d’être relevé.

Nous nous voyons deux soirées par mois en vidéoconférence, via nos ordi à domicile, et un week-end par trimestre sur Bordeaux, (9 rue du Hâ).

Deux objectifs : produire et promouvoir. L’écriture et la promotion sont deux moments distincts de toute vie d’auteur. L’alternance n’est pas toujours simple à gérer !

Chacun de nous en est à des étapes différentes. La force du groupe rend solides nos tâtonnements. Nous osons des conseils, posons des questions, échangeons des astuces… Nous interrogeons nos blocages, nous partageons nos défis, nous nous enthousiasmons de nos progrès…

Si l’écriture est une aventure personnelle, elle peut aussi devenir plurielle.

L’accompagnement d’Anaël est sans concession, mais tout en générosité. Il fouille nos résistances, nous oblige à tournoyer dans nos peurs, nous invite à expérimenter. Ses questions précises aident à clarifier nos questionnements, à formuler nos propres réponses, à avancer dans nos brouillards…

Chacun d’entre nous a des objectifs précis à atteindre d’une fois sur l’autre. Ce cadre sécurisant et ses contraintes de dates me conviennent bien. Cela me permet d’être plus régulière en matière de production et plus à l’aise en matière de promotion !

J’ai presque fini mon troisième recueil de nouvelles et mes dernières dédicaces ont bien marché. Les effets de nos rencontres sont réels ce dont je me réjouis.

Et par-dessus tout… l’atelier me permet de me lancer dans l’écriture… d’un roman !

 

M comme… qui M’aime me suive

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

 

Samedi 15 et dimanche 16 avril, je serai en dédicace à la Librairie Kukuxka, 3 rue de la Citadelle, à St-Jean-Pied-de-Port.

10h30 – 12h30 et 15h – 18h

Vous avez aimé « Eclats de rage » ? Venez découvrir mon second recueil « Ta mort viendra… et elle aura mes yeux ».

Vous ne connaissez ni l’un, ni l’autre ? N’hésitez pas à les lire !

J’aurai aussi mon guide touristique, pas comme les autres, sur St Jean ! Découvrez l’extrême richesse de l’Histoire de la ville et les petites histoires de ses habitants.

Je vous encourage à me suivre sur mes blogs : agnesdecize.com et saintjeanpieddeport.blog et à les faire connaître à vos proches et relations.

Ne soyez pas timide, je vous invite à laisser des commentaires sur Amazon et à réagir sur mes blogs à la parution de mes articles.

Certains d’entre vous ont eu des soucis d’inscription. N’hésitez à me le dire : agnes.de.cize@gmail.com

Vous pouvez aussi vous abonner à ma page d’auteure sur Facebook.

D’un tempérament plutôt réservé, je profite de cet article pour dire un immense MERCI à tous ceux et celles qui m’aiment déjà !

« Et 4 + 3 font ? »

Concours de Nouvelles du Salon du Livre Jeunesse de MIRANDE (32). Avril 2018. Texte ayant reçu le 1er Prix. Contrainte : « Autour du 7 et la Nouvelle devra commencer par Milo aurait du tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler… »

 

« Et 4 + 3 font ? »

douleur enfouie

des rires et une comptine

puis le silence

 

Milo aurait du tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler… Jamais il n’aurait dû lui proposer de l’amener. Au fil des longs kilomètres d’asphalte, il la sent se recroqueviller de plus en plus. Elle est loin. Son corps ramassé, Lorea ferme les yeux. Il a renoncé à la retenir. La radio en sourdine maintient le présent au bord des lèvres mais elle ne la perçoit plus.

A-t-elle encore conscience qu’il est là ? Il s’agite, s’énerve intérieurement. Elle ne lui a jamais donné accès à cette part d’elle-même. Il espère qu’aujourd’hui, elle lui fera confiance. Ils ont roulé toute la journée. Il se gare sur le parking de l’hôpital. Ils descendent de la voiture.

Une pluie fine éteint l’espérance du crépuscule. Milo ne sait pas quoi lui dire, il lui a pris la main, elle tremble dans ses doigts aimants. Lorea tourne vers lui ses yeux embués. « Merci ». Milo n’a pas le permis de visite, il ne peut pas la suivre et s’affaisse sur la chaise d’une salle d’attente.

Lorea serre la main de son père. Dans la clarté lunaire, elle le regarde. Inconscient, il s’agite en soubresauts exténués.

– « Aïta », chuchote-t-elle tendrement. Elle se lève du fauteuil, lui passe le gant sur le visage. Sa voix ou la fraîcheur du linge semblent l’apaiser.

Elle le trouve plus marqué que sur les photos des militants exposées dans les rues de Garazi pour demander le rapprochement des prisonniers politiques. Les rides plissent au coin des yeux, quelques cheveux blancs affleurent.

Sa respiration sifflante coupe l’espace de la chambre. C’est sa dernière nuit, elle le pressent. Elle s’est mise à trembler. Elle aurait tant voulu un peu de temps, juste un peu de temps pour comprendre.

Devant la porte entrebâillée, deux gardiens de prison assurent la garde dans le couloir de l’hôpital. Discrets, ils se tournent parfois mais ne disent mot.

Iker, émerveillé, regarde sa femme endormie. Aussi pâle que le drap qui la couvre. Il ne croyait pas au coup de foudre, il lui est tombé dessus un soir de fête à Orbaiceta.

Avec son frère, depuis le kaiolar familial d’Harpea, il était venu par la montagne, qui seule, sait nier les frontières inventées par les hommes. Il avait 20 ans et toute la vie devant lui.

Enea n’avait vu que lui. Il virevoltait ses mutxikoak plus haut que les autres. Son corps élancé, le dos droit, il souriait en dansant. Son regard avait capté de suite celui de la jeune fille.

Plus tard dans leurs joutes amoureuses, chacun s’obstinait à penser que c’était l’autre qui l’avait enlevé !

Il y pense encore, là dans la chambre de la maternité où elle dort. Le bébé dans le berceau respire doucement, s’agite en gémissant par moments. « Lorea », chuchote-t-il en lui caressant la joue pour l’apaiser.

La jeune femme regarde intensément son père. Des images de son enfance se pressent derrière son front. Sa main dans celle de son père pour chaque rentrée des classes. Ils allaient à pied de la maison à l’ikastola.

Le discours solennel sur le chemin : le savoir pour lutter contre l’oppression française et espagnole, la culture pour préserver son identité, la langue pour perpétuer son Histoire. Elle ne sait pas nommer le moment où tout a basculé.

Elle se souvient de sa mère en larmes certains soirs où il partait et ne revenait qu’à l’aube. Elle se souvient de leurs disputes qui la laissaient désemparée. Derrière la porte de sa chambre, agrippée à sa poupée, elle tentait de comprendre.

Iker déploie une grande carte géographique sur la table de la salle à manger. Lorea, trop petite, est à genoux sur la chaise. Avec son stylo, il lui explique où est leur maison.

– Tu vois là, c’est chez nous, Garazi. Notre province s’appelle Nafarroa-Beherea (la Basse-Navarre), à droite notre voisine Xiberoa (la Soule) et à gauche Lapurdi (le Labourd). Allez, pour le Pays Basque Nord, compte avec moi : 1-2-3.

Lorea éclate de rire. Elle sait compter jusqu’à trois. Son père se penche à nouveau sur la carte.

– Et là, pour le Pays Basque Sud, c’est Nafarroa (la Navarre), Araba (l’Alava), Bizkaia (la Biscaye) et Gipuzkoa (le Guipuzcoa). Allez, compte : 1-2-3-4.

La petite fille rit.

– 1-2-3-4

– Et 4 + 3 font ?

De sa belle voix de ténor, il entonne l’hymne national. Demain, c’est la fête de la Patrie.

Lorea murmure une berceuse. L’infirmière est passée changer la perfusion de morphine. Elle chante en boucle pour cantonner loin l’hymne douloureux au fond de sa mémoire.

Quand son père a été arrêté, elle avait 7 ans. Les disputes se sont déplacées au parloir de la prison. Elle entend encore les cris des détenus aux fenêtres, le grincement des lourdes portes, la stridence du portique de détection du métal.

Elle ne sait plus combien de temps les visites ont duré avant que sa mère demande le divorce et cesse de le voir. Enea n’a jamais plus évoqué Iker. Il est devenu une ombre, toujours présente, jamais nommée. Lorea a vite compris qu’il fallait se taire et ne pas vouloir comprendre.

Elle le regrette. Son père va mourir cette nuit et elle ne saura jamais ce qui l’a fait basculer dans la lutte armée et abandonner le combat politique. Chez elle, les livres sur ses étagères contiennent plus de questions que de réponses.

Iker écrit à sa fille une lettre par mois. Il sait qu’Enea la jette sans la lui donner. Il accumule les doubles dans sa cellule, s’il sort un jour, il les lui donnera. Il a aussi tout prévu. S’il mourait… le médecin a été clair, son cœur est fragile… l’assistante sociale de la prison les lui fera parvenir.

Etre privé de sa fille, c’est insupportable. C’est son châtiment, bien plus lourd que la condamnation. Il l’imagine à l’école, il espère qu’elle compte encore « 1-2-3 » et « 1-2-3-4 » et « 4 + 3 font ? ». Il l’imagine au collège, il espère qu’elle aura la beauté de sa mère. Puis plus rien, et ça lui fait mal. Il ne la voit pas lycéenne, il ne la voit pas jeune adulte, il ne la voit pas dans un métier. Il en est incapable et en souffre.

Seule l’image de l’enfant, qui riait aux éclats en comptant, illumine la cellule.

 

Lorea laisse ses larmes couler. Le râle de son père emplit la pièce. Elle lui murmure des mots d’amour, tous ceux qu’elle n’a pas pu lui dire et elle compte, elle compte, compte…

4 + 3 = 1…    4 + 3 = 1…  4 + 3 = 1

FIN

 

 

L comme… Ludique

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

C’est ainsi que je conçois l’écriture. Vous allez me rétorquer qu’écrire des histoires de meurtre n’a rien de très réjouissant. Détrompez-vous, je m’amuse follement. Du je au jeu !

Mes premières tentatives, toute jeune, relevaient d’un je douloureux. Quand écrire est thérapeutique, les mots tremblent au bord des lèvres. L’acte d’écrire est vital, il s’agit de respirer au-dessus des nuages pour ne pas être broyée par le chagrin. Ecrire fait mal quand la plume fouille sa part d’ombres.

Aujourd’hui, mes écrits naissent d’un je joyeux. Je suis peuplée d’une multitude d’histoires qui ne demandent qu’à envahir la feuille blanche. Quand je pense à un personnage, je l’assemble tel un puzzle : un physique, un caractère, un lieu de vie, un métier…

Je réfléchis à sa trajectoire, je décide de l’amener dans telle ou telle direction. Je change parfois si sa cohérence interne ne semble pas convenir à mon premier mouvement. Je reste ancrée dans la psychologie de mon personnage, je tente d’anticiper ce qui est vrai pour lui. Il n’est pas important que ce soit véridique, il s’agit d’être vraisemblable.

Le jeu est dans les multiples possibilités qui s’offrent à son avenir. En fonction de ce choix, l’histoire sera différente. Telle une distribution de cartes, mes héros auront des atouts pour réussir leur partie mais rencontreront aussi les obstacles du jeu de l’oie. Quitte à reculer de plusieurs cases ou repasser par la case prison sans toucher de bonus.

Le format de la Nouvelle autorise des expérimentations tout au long du recueil. Les personnages diffèrent, ce qui leur arrive a la fulgurance d’un texte court. Ce qui me permet de jongler dans plusieurs univers et destinées, au gré de ma fantaisie.

Ludique parce dans ce format, les personnages me traversent sans s’attarder. La brièveté de leur histoire permet ce jeu de saute-mouton d’un personnage à un autre, d’une histoire à une autre. C’est tellement amusant !

Dirai-je la même chose de l’écriture d’un roman ? Aucune idée !

J’aimerai penser que ce sera ludique aussi. Cependant, vivre au long cours avec ses personnages tout un trimestre (rappelez-vous Stephen King : une version 1 en une saison) engage autrement l’acte d’écrire.

Rendez-vous plus tard pour partager avec vous cette aventure forcément différente !

 

 

L comme… Lectorat

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Question complexe ! Si les auteurs adorent leur solitude pour écrire, il faut bien en sortir pour conquérir son public. Heureusement que les maisons d’édition font le job, (quoique…) !

En tant qu’auteure indépendante, toute la chaîne de ma main à vos yeux est de ma responsabilité. J’ai un imprimeur du tonnerre, c’est déjà très important, Copy Media merci ! Sur Amazon, nous sommes des milliers, alors de là à être remarquée… Surtout que tous mes acheteurs ne laissent pas de commentaires sur le site.

Comment se faire connaître ? Quand votre famille, vos proches et vos connaissances vous ont lu, comment aller vers les lecteurs inconnus ?

Première marche : présenter ses textes à des concours de nouvelles. J’ai la chance d’avoir été remarquée dans plusieurs départements : le 64, le 75, le 62, le 95, le 44. Soit une nouvelle tous les quatre à cinq envois, ce qui est très encourageant. Cela signifie que j’ai bien un lectorat quelque part qui aime mon univers.

Pour cette année 2018, j’ai envoyé cinq nouvelles aux quatre coins de France.

Je viens de recevoir un message m’indiquant avoir gagné le Premier Prix qui sera remis le samedi 07 avril à l’occasion d’un Salon du Livre Jeunesse. Hourra, du tourisme en perspective ! Mais chut, laissons à la ville la primeur de l’annonce. Je vous en reparlerai et mettrai ma nouvelle sur mon blog, sur la page « découvrez mes textes ».

Deuxième marche : participer à des salons. J’essaie de m’y rendre régulièrement. Mais tous les salons n’accueillent pas d’auteurs indépendants. C’est aussi très chronophage ! Or j’ai une vie professionnelle qui me mange de l’énergie. Pas toujours facile de tout concilier. L’avantage est de rencontrer plein de monde, d’échanger avec les auteurs présents, d’apprendre les ficelles des salons et de passer de très bons moments.

Et vous avez vos lecteurs en chair et en os devant vous ! Je suis toujours surprise qu’ils aient envie de dialoguer avec nous.

Troisième marche : organiser des séances de dédicace dans tout lieu susceptible de m’accueillir. Jusqu’à présent, je suis allée à St Jean-Pied-de-Port m’essayer à l’exercice, (dans ma zone de confort dirait Anaël Verdier). J’y serai à nouveau les 14 et 15 avril pour présenter mon deuxième recueil de nouvelles « Ta mort viendra… et elle aura mes yeux ».

Samedi dernier, j’ai posé mes livres à l’espace culturel du Leclerc de Talence et samedi prochain, 31 mars, je serai à celui du Leclerc de Léognan, en Gironde, (de 10h30 à 19h30, si vous passez par là…).

Je suis toujours étonnée que les gens osent acheter une parfaite inconnue. Leur générosité est remarquable. Ils aiment tellement les livres qu’ils prennent des risques ! Nos échanges sympathiques et souvent passionnants m’encouragent à poursuivre mon activité d’auteure.

Une page après l’autre, un lecteur après l’autre !

K comme… King, Stephen King

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

J’adore, lorsque les écrivains dévoilent leur rapport à l’écriture. Je vous invite à lire (ou relire) « Ecriture, mémoires d’un métier« . C’est une belle école pour tout auteur. Les propos de Stephen King me touchent car je partage bon nombre de ses convictions.

La première est qu’il faut absolument démystifier « l’inspiration ». Elle n’est pas quelque chose de magique réservé à des élus. L’écriture est une activité qui a ses règles et ses libertés. Il s’agit simplement d’oser s’y mettre. L’essentiel est de jouer avec les mots, les personnages, les situations.

La deuxième est qu’il faut écrire d’abord pour soi, et retravailler son texte pour ses lecteurs. Écrire régulièrement, en donnant une juste place à cette activité dans sa vie, pour ne pas compromettre toute sa vie personnelle et sociale.

Stephen King développe des conseils techniques.

Soigner l’introduction, car elle doit susciter l’envie de poursuivre sa lecture. Nous avons tous en tête des premières phrases qui nous ont marqué. Pas seulement, « Longtemps, je me suis couché de bonne heure”.

Écrire un mot à la fois. Une page après l’autre. En restant fidèle à son style et en ne cherchant pas à copier un autre auteur.

Éviter la forme passive. Il la juge molle. « La nouvelle le surprit » a plus de force que, « il fut surpris par la nouvelle ».

Éviter les adverbes qui souvent font redondance avec l’expression souhaitée. « L’adverbe n’est pas ton ami ».

Faire des paragraphes, « aussi importants sur le plan visuel que sur le plan significatif, ils sont les signes de l’intention ». Une idée dans la première phrase, développée dans les phrases suivantes.

Ne pas être exhaustif dans les passages descriptifs. Juste donner des éléments pour enflammer l’imagination du lecteur. L’étouffer compromettrait son désir de poursuivre l’histoire.

Laisser tomber les passages qui tiennent à cœur, parfois même un personnage qui n’apporte rien à l’histoire. « Enlevez toutes les parties ennuyeuses et tuez vos personnages préférés, même si cela brise votre égo de petit gribouilleur, tuez vos personnages préférés ». Compliqué mais efficace, il faut en convenir.

Le travail de documentation ne doit pas supplanter l’intrigue. J’ai pu expérimenter cet aspect des choses quand j’ai écrit une première version de roman pour ado, qui se passait dans un laboratoire scientifique, à mille lieux de mon quotidien ! (Mais je connais tout désormais sur les résistances des bactéries !)

Stephen King propose aussi de se créer un environnement de travail.

Écrire avec la porte fermée. Ah non pas moi, mes années d’intervention en détention… je suppose.

Aménager une salle de travail. Non plus, j’écris partout : à mon bureau, dans mon lit, sur un banc, dans un café, allongée dans l’herbe… Ma bulle est toute symbolique et possible partout !

Eteindre la télé et éviter les distractions. Pour un texte long, sans aucun doute, mais il m’arrive d’écrire des haïkus dans un environnement sonore.

Respecter des délais. 100% d’accord. C’est pourquoi j’adore les concours de nouvelles. Une date, une contrainte, et c’est parti. Pour un roman, Stephen King préconise une première version en trois mois, soit une saison. Je suis devenue une vraie fan de calendriers !

Faire une pause. Relire ses écrits après un temps d’oubli aide à progresser dans le travail sur la version 2. « Vous verrez que lire votre livre après six semaines sans y toucher sera quelque chose d’étrange et exaltant ». Prendre des notes sur une feuille à part du texte avant de le reprendre.

Creuser. « Les histoires sont des reliques, des morceaux d’un monde pré-existant et inconnu. Le travail d’un écrivain est d’utiliser l’ensemble de sa boite à outils pour exhumer le mieux possible chacun de ses mondes ».

Ecrire et lire tout le temps. Là c’est plus compliqué pour moi. Comme dit l’Ecclésiaste, « il y a un temps pour tout ». Soit l’un, soit l’autre. Je préfère l’immersion complète dans mon processus créatif sans être envahie des mots des autres.

Rendez-vous dans quelques années : à mon tour, j’écrirai un jour mes secrets d’auteur !

 

Ultime message de Stephen King : Écrire rend heureux !