F comme… Famille

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

La famille est perçue par 90% des français comme une valeur centrale de la société. Si l’on considère l’Europe, en 2014, 85% des Européens, quelque soit l’âge, considèrent la famille comme très importante.

Julien DAMON (article « La valeur famille en tendances ») rappelle que 57% des Français pensent que « la famille est le seul endroit où l’on se sente bien et détendu ».

Même si cette valeur s’érode, elle reste au premier rang du palmarès des valeurs, (le travail est en seconde position), au-delà des transformations des structures familiales, classiques, monoparentales, recomposées, homoparentales…

Alors, quel paradoxe de lier famille et crime.

Et pourtant… L’affaire Grégory vient de brutalement nous le rappeler. Dans plusieurs pays, plus du tiers (entre 30 et 40%) des homicides sont commis dans la famille. En France, en 2014, 28% des homicides sont intervenus dans le cadre conjugal et familial.

Dans mon premier recueil de nouvelles, « Eclats de rage », 3 histoires sur 7 sont intra familiales. Dans mon second recueil, « Ta mort viendra… et elle aura mes yeux », 6 sur 16 textes le sont.

Bernard Savin écrit dans son article « Le divan familial » (paru dans la Revue de Thérapie Familiale Psychanalytique, janvier 2001) : « Nombre de crimes sont perpétrés en famille, ils peuvent être passionnels ou issus de vieilles haines ou bien encore porter la marque de jalousies portées au paroxysme. (…) Mais, quelles que soient sa forme et sa victime, tout crime a un retentissement familial. Il parle à la famille et parle de la famille. (…) Le crime perpétré par un membre d’une famille provoque un traumatisme important dans son sein. D’autant que l’acte criminel vise, parfois, à tenter de remettre en travail psychique les effets d’un traumatisme familial transgénérationnel, d’un événement réel, ancien, qui n’a pu être élaboré psychiquement et intégré à l’histoire mythique familiale. Le sujet tente par son acte criminel de remplir des blancs de la généalogie, de la mythologie familiale, de l’histoire familiale ».

Dans une étude québécoise (ancienne, 2004) les plus prévalents sont l’uxoricide, (homicide conjugal) (19,2% de tous les homicides résolus), le filicide (7,4%) et le parricide (3,4%). Mots bien savants pour dire l’horreur.

Trois trajectoires de crimes différentes.

Selon une enquête de Médiapart, tous les deux jours et demi, en France, un couple est le théâtre d’un meurtre. En 2013, 118 hommes ont tué leur compagne, 2 hommes sont morts, tués par leur compagnon. 23 femmes ont tué leur conjoint (dont 5 étaient victimes de violences conjugales). Cela représente 17,40 % des homicides et des violences volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner.

D’une manière générale, les hommes tuent plutôt pour « garder » leur femme (même morte, elle leur appartient encore), pour s’opposer à la rupture, tandis que les femmes tuent pour entériner cette rupture dont elles ont pris l’initiative ou pour se dégager d’une relation devenue insupportable.

L’infanticide concerne le meurtre d’un nouveau-né, il est proche du terme de néonaticide qui désigne le meurtre d’un enfant le premier jour de sa vie. Filicide et libericide désignent le meurtre d’un enfant plus âgé.

Le déni de grossesse est un impensable dans notre société. Même les professionnels se retrouvent dans un désarroi réel « lorsqu’ils apprennent tout à la fois la grossesse, la naissance et la mort du bébé ». Or le travail de prévention est absolument nécessaire. Daniel Zagury distingue plusieurs dénis de la conception : « déni des métamorphoses corporelles, déni d’altérité, déni du processus vital en cours, déni de signification, déni de l’inéluctabilité du terme de la grossesse ».

Dans les situations de meurtres d’enfants plus âgés, ces mères souffrent souvent de troubles psychiatriques. Elles ont connu des souffrances narcissiques graves dans l’enfance. Daniella Angueli évoque cet espace complexe « où les champs de la psychose, du meurtre altruiste du mélancolique et celui du syndrome de Münchhausen par procuration sont difficiles à démêler ».

Certains auteurs étudient la situation familiale dans son ensemble et soulignent que la présence de certains éléments favorise la parricide : « un climat familial de confrontation, la présence de moyens violents pour régler les conflits, la notion de déni souvent présente dans la famille, la présence d’une arme à feu à la maison, ainsi que la présence d’abus physique, sexuel ou émotionnel ».

Dénouer les liens entre famille et crime s’avère un travail de titan. Les études sont pléthores. Elles me donnent, dans mon travail d’auteure, un excellent terreau pour mon imagination. Elles me permettent aussi de caractériser mes personnages au plus près des réalités sociales.

Ma profession d’assistante sociale me porte naturellement vers la compréhension des situations dans une approche pluridisciplinaire. Chaque courant théorique offre une facette explicative pour approcher l’énigme de l’amour, la vie et la mort.

J’aime bien m’appuyer sur ces regards kaléidoscopes pour comprendre le monde. En tant qu’auteure, j’entends préserver cette ouverture multi-dimensionnelle. Je picore des éléments pour construire mes histoires et aider le lecteur à comprendre, voire à aimer, mes personnages quel que soit leur crime.

Parfois, (souvent ?), la littérature éclaire plus facilement l’esprit que le plus chevronné des spécialistes !

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Retour à l’Académie (1/3)

Anaël Verdier, qui a créé l’Académie d’Ecriture m’accueillant dans la première promotion de formation d’auteur, 2013-2015, m’a invitée une soirée pour évoquer mon parcours auprès des auteurs actuels en formation. Voici le texte de base de mon exposé (de base parce que je ne peux pas m’empêcher de compléter !).

En trois articles sur le mois de juillet.

« Prologue

Il était une fois…

… une petite fille qui passait des heures à lire. Jouer à la poupée, c’était pas trop mon truc. Mon désir d’écrire s’enracine dans cette enfance liée aux livres. J’inquiétais même ma tante quand j’étais en vacances chez elle, je restais tout l’après-midi dans le fauteuil du salon avec mon livre.

Au collège, j’ai investi les cours de français et adoré les rédactions. En 6ième, j’ai gagné le premier prix départemental de rédaction. J’ai aussi été une grande épistolière dans une époque où la feuille de papier était reine, l’informatique est arrivée plus tard. Écrire des lettres a été mon seul mode de communication. J’ai été une lycéenne et une jeune adulte plutôt enfermée dans sa tour. Les mots étaient mon refuge, les livres m’ont sauvé du désespoir. A cette époque, j’écrivais de la poésie douloureuse et commencé un roman, à ce jour toujours inachevé mais je le porte en moi et je le reprendrai.

J’ai mis un peu de temps à trouver ce que je voulais faire de ma vie. J’ai traversé trois facultés, droit, anglais et lettres modernes, avant de réussir le concours d’entrée à l’Ecole de Service Social.

Après l’obtention de mon diplôme d’assistante sociale, reçue au concours du Ministère de la Justice, j’ai commencé ma carrière professionnelle à la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan auprès des détenus, quartier Hommes et quartier Femmes. Et là, plus le temps d’écrire. J’ai passionnément plongé dans mon métier que j’adore. Je suis restée une grande lectrice, je n’ai d’ailleurs acheté ma première télé qu’à 40 ans. Depuis 11 ans, je suis assistante sociale auprès des personnels de l’Administration Pénitentiaire, des Services Judiciaires et de la Protection Judiciaire de la Justice. Autant dire une autre planète.

Parallèlement, je suis formatrice vacataire à l’Institut Régional du Travail Social de Talence dans la filière Assistant de Service Social. J’ai obtenu un master d’ingénierie de formation. C’est pendant cette formation que j’ai rencontré Elisa Tixen qui m’a fait connaître Anaël plus tard. C’est elle qui m’a encouragé à reprendre l’écriture. J’ai envoyé ma première nouvelle, « Une minute et demi », à un concours et j’ai gagné le deuxième prix. Superbe signe du destin !

En Avril 2012, un souci de cervicales m’a arrêtée quatre mois, en repos forcé, je me suis mise à écrire régulièrement. Sur mes seize premiers textes, quatre ont été sélectionnés dans des concours de nouvelles. J’ai découvert que mes textes pouvaient plaire à des lecteurs.

Chapitre 1. Entrer dans un atelier d’écriture

En septembre de la même année 2012, j’ai intégré l’atelier d’Anaël. Ce qui m’a plu d’emblée, c’est son premier message. Écrire est d’abord un choix et pas le fruit du hasard. Inutile d’attendre qu’une muse vous souffle dans votre stylo. Écrire est d’abord une décision. Il faut être aussi pro-actif que ses personnages !

Cette dédramatisation de l’acte d’écrire a été pour moi fondamental. Se rêver écrivain n’a pas de sens, concrétiser son désir d’écrire, c’est essentiel. Il s’agit de commencer à poser des mots réels sur une feuille de papier ou sur un document informatique, peu importe. L’important, c’est de se mettre en mouvement.

Second message : il existe des techniques et on peut les travailler. L’acte d’écrire peut se conscientiser, il se réfléchit. Ce n’est pas seulement une question de talent, s’il est là tant mieux, mais c’est de surcroit. Ce n’est pas non plus une question d’inspiration. Il y a autant de raison que de cœur dans l’acte d’écrire. En prendre conscience a été pour moi une vraie libération. Puisque je peux penser l’acte d’écrire, je peux réfléchir au sens de mon écriture, choisir mes axes thématiques en toute connaissance de cause. Etre dans un travail de choix librement consenti.

En atelier, Anaël nous donnait des savoirs et des savoir faire sur la construction d’une histoire, ou sur la caractérisation des personnages. Je me suis mise aussi à acheter plein de livres sur l’écriture. Vous l’aurez compris, j’adore la formation, c’est une question d’éthique pour moi. Creuser le sens de mes pratiques, qu’elles soient professionnelles, pédagogiques et maintenant celles de l’écriture est vital. Ce travail sur le sens, je l’ai retrouvé dans le positionnement d’Anaël.

Dans cet atelier, j’ai commencé un recueil de nouvelles, 18 pour chacune de mes années en détention, qui met en scène tous les métiers de la prison, avec comme fil rouge l’assistante sociale. J’ai interrompu le projet en entrant à l’Académie. Parce que vous l’aurez compris cette année, on ne peut pas tout faire !

Chapitre 2. Construire son identité d’auteur

La première démarche a été de choisir le genre, pour moi, c’était une évidence d’écrire de la littérature noire. C’est ma lecture préférée. A l’âge de 40 ans, j’ai d’ailleurs cessé de lire de la littérature blanche.

Je voulais vivre par moi-même, cesser de me réfugier dans les héros de mes livres. Cette fois, j’allais devenir l’héroïne de ma propre vie ! Quitter les livres, c’était aussi, paradoxalement, accepter d’écrire les pages de ma propre histoire.

Je me suis mise à lire de la littérature noire et policière, exclusivement. Elle aborde la question du sens. Sens de la vie, de la mort et de l’amour. Questions énigmatiques auxquelles chacun a sa réponse singulière. J’écris pour, à mon tour, creuser ce sillon de l’incompréhensible questionnement de l’aventure humaine.

Bien sûr, c’est aussi lié à mon activité professionnelle. Ce que j’ai envie d’explorer, c’est l’énigme du passage à l’acte meurtrier, le moment de la bascule. Être dans le non jugement, il y a des magistrats pour ça, mais essayer de comprendre. J’ai passé 18 ans à les accompagner, j’ai envie de mettre mon expérience à la portée de tous.

Mon identité d’auteur est plutôt claire, je n’ai pas de soucis à la construire. Sur cette première année, j’ai davantage travaillé à me reconnaître une légitimité d’auteur. C’est devenu plus facile en gagnant des concours. Je vous encourage vraiment à en faire. J’ai aussi posé que si je ne suis pas encore écrivain, je peux me dire auteur. Parce que j’écris régulièrement. C’est cette régularité qui signe pour moi cette légitimité. Je me dirai, un jour peut-être, écrivain quand j’aurai la reconnaissance du plus grand nombre. Peut-être que ça n’arrivera jamais, je resterai un auteur amateur comme le musicien du dimanche n’est pas encore une star, mais il est musicien. Pour le moment, je suis dans la construction de ma posture d’auteur. La devise d’Anaël, c’est une page après l’autre, on peut aussi rajouter, c’est une étape après l’autre.

Chapitre 3. Pseudo ou pas ?

Être auteur, c’est fait, c’est la première étape, mais sous quel nom? Il y a ceux qui gardent le leur, ceux qui choisissent un pseudo, c’est mon choix. J’ai un nom compliqué, et si je peux devenir écrivain, je voulais un nom facile à retenir. Par contre, j’ai gardé mon prénom, parce qu’il m’identifie, parce que je l’aime bien et parce qu’il n’y en a pas beaucoup, des Agnès.

Pourquoi de Cize ? C’est la commande d’Anaël qui a voulu qu’on écrive un guide pratique qui m’a donné l’idée. J’ai écrit un guide touristique sur St Jean Pied de Port, la ville de mon enfance et adolescence où vivent toujours mes parents. St Jean est la capitale du pays de Cize.

Une autre raison, c’est qu’au début, je ne me sentais pas légitime d’écrire et un pseudo, c’était me cacher encore. Je ne disais pas que j’écrivais autour de moi. C’est venu plus tard dans le cheminement que permet l’Académie.

Aujourd’hui, je mets clairement en avant mon activité d’écriture. L’autre jour, j’ai dû me présenter, pour la première fois, sous mon nom d’auteur. S’entendre se nommer à haute voix a été un grand moment d’émotion, je le reconnais. C’est une autre étape que de se dire auteur !

à suivre…

 

 

De retour !

Hélas, j’ai du quitter ma chère Toscane, ma bulle d’oxygène ! Les vacances ont l’immense privilège de vous offrir de … la vacance. J’avais bien amené des devoirs d’écriture mais une fois sous les cigales et les ombres douces… j’ai vraiment pratiqué le nonchaloir !!!

Semaines où le temps s’arrête, ou l’anticipation stressante du rythme professionnel n’existe plus. J’adore cette période où l’instant est tout seul ! Pas de passé, pas d’avenir, un être au monde dans l’essentiel du moment. La seule question existentielle du mois de juillet : quelle grillade pour le soir ? Franchement, ça repose !!!

Quelques virées culturelles mais j’en ai surtout profité pour lire !

Pour mon blog : vous avez vu que mes articles programmés pour surgir en mon absence ont fonctionné !!!!!! J’améliore ma technique informatique, je n’en reviens toujours pas.

Comme je n’avais pas la tête à réfléchir à un article pour cette semaine (j’essaie de faire durer l’absence d’anticipation !), ayant enfin compris comment incruster des liens hyper texte, je vous invite à découvrir la nouvelle page de mon site, intitulée… Liens.

Je vous informe de tous les écrits de mes cops de l’Académie, il y en a pour tous les goûts : fantasy, érotisme, surnaturel, drame…, des nouvelles, des romans, des guides…

A la semaine prochaine…

Délicieuse transgression…

Dans mon expérience de l’Académie, je découvre que j’ai mille projets, mille idées d’écriture et peu de temps pour m’y consacrer vraiment ! J’ai envie d’aller vite !! Etre sur le roman et la série depuis si longtemps commence à me « pomper l’air » aurait dit ma grand-mère. Je frise l’overdose. C’est la première fois que je ressens cela. Un mélange d’agacement et de ras-le-bol. Je vais les laisser poser et y revenir plus tard. Au diable les consignes de juin… Je m’autorise l’école buissonnière…

J’ai des idées de recueils de nouvelles qui s’impatientent dans mes méninges, s’immiscent dans mon écriture du roman, me parasitent l’encre ! J’ai envie de traiter de la souffrance au travail, thématique en augmentation au sein de la fonction publique ! Le Ministère de la Justice n’y échappe pas. J’imagine des univers différents (en prison, dans un tribunal, dans un centre éducatif fermé…) et des passages à l’acte meurtrier comme réponse à la douleur. J’ai jeté quelques idées sur mon carnet. Je vous en reparlerai.

J’ai aussi comme désir de choisir la thématique train et meurtre, dans un contexte de guerre. Je suis un peu en retard sur les commémorations mais tant pis ! Thouaré-sur-Loire propose un concours sur la consigne « nuit blanche ». J’ai écrit un premier texte, l’histoire se passe dans un train en partance vers Auschwitz. Pas gai certes mais de la littérature noire déjantée, je ne sais pas faire. J’ai adoré Le Livre sans nom, d’un auteur anonyme, du Tarantino au pays du polar. Je me suis follement amusée mais ce n’est pas mon style d’écriture.

Je suis aussi sur un autre concours, celui de la médiathèque de Saint-Palais. La nouvelle doit comporter les dix mots suivants : fouet, douille, recette, beurrer, sablé, tarte, macaron, crêpe, crème, chou, mais sortis de leur contexte culinaire. Intéressant comme défi ! Retrouvez tous les concours sur le site http://www.bonnesnouvelles.net/lesconcoursdenouvellesbn.htm

Au sortir de ces deux années de formation à l’écriture, j’ai effectivement très envie de…  m’amuser !!!

Une belle rencontre

Lors du dernier week-end de formation à l’Académie, Anaël a invité Laure Lapègue pour qu’elle partage avec nous son expérience.

Je vous invite à découvrir son site bookn’series où elle propose la lecture gratuite de romans, (polars et thrillers), par épisode hebdomadaire. Si vous craquez et voulez connaître la suite, vous pouvez commander les livres en numérique ou sur papier. Vous entrez dans le fan club « des serial-lecteurs » !

Elle est partie du constat que l’auto-publication en ligne a l’avantage d’être accessible à tous mais n’offre aucun conseil pour orienter les lecteurs et aucun outil de promotion pour les auteurs.

Son comité de lecture sélectionne les manuscrits reçus, découpe les romans en 10 ou 12 semaines. Son partenariat avec un éditeur de Lille garantit une qualité d’impression.

Passionnée d’écriture, son projet original vous donne rendez-vous chaque vendredi, renouant ainsi avec la grande tradition du XIXème, Eugène Sue ou Edgar Poe, Balzac ou Dumas.

Elle-même a écrit trois livres : Comme un garçon, La Bascule, Mea Culpa. Elle publie sur son site des « serial-auteurs » : Nicolas Feuz, un auteur suisse, lauréat du Prix du Meilleur Polar 2015, Lauriane Renaud, Karine Carville, Alain Orferit…

Rencontre riche entre passionnés de l’écriture ! Elle était curieuse de connaître notre aventure au sein de l’Académie. A un mois de la fin de la formation, c’était l’occasion pour chacun d’entre nous de commencer un bilan…

L’art du dialogue

Pour le prochain week-end de formation à l’Académie, nous devons amener trois pages de dialogue pour les travailler en atelier.

Dans mon roman figurent des adolescents délinquants. Comme j’ai quatre neveux adorables et bien élevés, mon vocabulaire en la matière est… pauvre ! Je me suis acheté le Dictionnaire Ados/Français de Stéphane Ribeiro.

J’ai décidé de commencer par les écrire… en français de Molière. Ce qui ne correspond pas du tout à la caractérisation de mes ados, mais je me vois mal construire autrement. Je reste sur le sens et l’information à donner pour faire avancer mon intrigue. Je traduirai dans un second temps en style « djeune » (à mon avis, mot déjà dépassé).

Pour Yves Lavandier, le dialogue est « un outil surestimé », qui devrait être considéré comme le dernier outil dramatique. « En dramaturgie, le langage des scènes, le langage des actions et le langage des gestes sont beaucoup plus puissants, que le langage des vocables ».

Le dialogue doit avoir une seule fonction : « servir l’action ». Il s’agit de :

– « caractériser celui qui parle »

Le personnage donne une information sur lui-même ou sur les autres.

-« illustrer les relations entre celui qui parle et les autres personnages »

Ex. une déclaration d’amour, une menace…

– « donner des informations sur ce que désire, pense ou ressent celui qui parle »

Les états d’âme peuvent être exprimés de façon directe, mais il s’agit aussi d’éviter le premier degré et faire comprendre plutôt que dire, par des métaphores, de l’ironie, des allusions, du double sens…

– « faire avancer l’action »

Y.Lavandier écrit : « c’est-à-dire générer ou véhiculer des obstacles, préparer ou payer un élément, installer, exploiter ou résoudre une ironie dramatique, raconter des faits antérieurs (exposition), soutenir ou contredire un morceau d’activité… »

– « rendre l’action vraisemblable »

Le dialogue « fait un travail de préparation/paiement, nourrit l’unité d’action locale et contribuent à fluidifier l’œuvre ».

 

Et voilà, il n’y a plus qu’à s’y mettre !

 

 

 

 

 

 

Rouge de honte…

Vous voulez que je vous prouve que j’ai besoin de vacances ?

Avant-hier, je réserve en ligne une place pour aller voir la pièce d’une copine de l’Académie, Nadia Bourgeois, intitulée « Bouge ton cube ». Je vous invite à aller voir son blog nadiabourgeois.wordpress.com

Après ma réunion du jour, je traîne mes guêtres (et mon stylo tout de même) dans un café jusqu’au moment de me présenter au théâtre.

Je m’installe…

Sauf que je me suis trompée de théâtre !
J’ai assisté à « Chérie, faut qu’on parle ». Rien à voir avec la pièce de Nadia dont tout le monde dit le plus grand bien ! J’ai cependant passé un bon moment heureusement.

Le problème, c’est que le jeudi, jour de mon article de blog, je comptais vous parler de SA pièce !!! Me réjouir avec vous des succès des copines. Bientôt je vous parlerai du roman d’Elisa Tixen qui a trouvé son éditeur. Je vous invite aussi à aller voir son blog elisatixen.wordpress.com

Pas le temps de chercher l’inspiration pour un autre sujet. Surtout que ma valise est prête. Je pars m’isoler dans la pinède girondine en bord de mer. Pas de courriel, pas de téléphone. Solitude absolue.

Désir de désert ! Une dune sur l’océan fera très bien l’affaire. J’emporte mes écrits en cours et mon ordi. Je vous parlerai des travaux des copines une autre fois.

Besoin de vacances, vous dis-je…

Jubilatoire !

Aïe aïe aïe, je suis en retard pour notre rendez-vous du jeudi. Ce n’est pas que je manque d’idées. Mais le quotidien d’un auteur amateur est radicalement différent d’un auteur avéré ! Travail, famille, activités extra-professionnelles, sorties extra-familiales… l’écriture vient (pour l’instant, quand je serai riche, je vous le dirai) après tout le reste.

Je viens partager avec vous une expérience nouvelle : écrire… à six mains. Lors du dernier week-end de formation à l’Académie Anaël Verdier, nous avons reçu la consigne d’adapter un synopsis de nouvelle en scenario d’épisode de série, en binôme ou en trinôme. Le pitch : un groupe de policiers enquête sur les suicides pour en expliquer les raisons aux familles et aux proches. Pour notre texte, il s’agissait de la mort d’un viticulteur dépassé par la crise économique et anéanti par la maladie de son vin menaçant de lui faire perdre son appellation.

J’appréhendais cet exercice; parce que je suis une irréductible indépendante et mon univers n’est pas celui de mes camarades de jeu : Eric adore le fantastique et Martine est une fan de vampires. (Je vous invite à découvrir leur blog : costaeric.com et martinesaintclair.com). L’écriture est éminemment solitaire, je me demandais comment nous allions y arriver !

Expérience étonnante. On se serait cru revenu en cour de récréation. Jubilatoire. Et on aurait dit… et si… et si…. et si ce personnage disait… et si celui-là répondait… et si l’un faisait ça… et si l’autre… Echanges vifs de passionnés !

Chacun d’entre nous argumentait ses choix. Le résultat est que cela oblige à bien comprendre les caractérisations des personnages, à vérifier tous les éléments : leurs actions sont-elles conformes à leur personnalité, l’histoire est-elle cohérente, les indices clairs et en même temps, indirectement lisibles… du travail d’orfèvre. Puis, se mettre d’accord, oser des compromis, abandonner ses préférences, finalement choisir… bref construire un vrai collectif créateur.

Nous devons poursuivre le travail sur le week-end de mars, j’ignore absolument si notre production répondra aux attendus, mais en attendant, je me suis bien amusée.

J’ai déjà expérimenté l’animation de réunion et des actions de formation en binôme. C’est une posture que j’aime bien, à condition de préparer en amont. Il ne s’agit pas « de cohabiter » en voie parallèle, ou de se laisser « manger » par l’autre. C’est une alchimie à construire.

Plus compliqué qu’il n’y paraît.

Dans l’écriture aussi…

Enfin !

Et voilà, j’ai le plaisir de vous annoncer que la structure de mon roman « A couteaux tirés » est terminée. J’ai en place le déroulement de mon histoire. Je peux enfin commencer la version 1. C’est nouveau pour moi d’avoir travaillé ainsi. Avant d’intégrer la formation d’Anaël, je n’ai écrit que des nouvelles. Sans plan en ayant simplement la chute. Au fil de la plume. Je vous livre aujourd’hui un texte ancien, « Isadora », sur ma page « Découvrez mes textes ».

Expérimenter la construction par un résumé de chaque séquence puis de chaque scène est une aventure qui m’a donné de la confiance et de l’assurance. On pourrait croire qu’avoir une structure tue l’imaginaire. Mais non, elle est simplement un support. On peut toujours intégrer des changements et suivre des intuitions nouvelles. Le cadre n’enferme pas, au contraire, il autorise des espaces de liberté dans la cohérence déjà construite du déroulement de son histoire. Je l’ai découvert dans l’écriture de mon recueil de nouvelles « Eclats de rage ». Je me suis sentie soutenue, j’ai rencontré moins de résistance et de découragement. Aller d’une traite au bout de mes choix a été follement amusant.

Je vais l’appliquer à l’écriture de mon premier roman. Il me tarde de commencer. La consigne est d’écrire une première version de bout en bout, avant de retravailler pour la version 2. Il n’est pas utile de fignoler de trop près au risque de ne plus avancer, de se laisser distraire par trop d’exigence. Celle-ci est pour le travail de réécriture. Je me sens des ailes ! Mes personnages sont désormais caractérisés, je connais par cœur leurs modes de relation, l’histoire du meurtre du Directeur du Centre Educatif est très claire, l’histoire de l’enquête aussi.

Je vous rappelle le pitch : Léa Aubert, jeune Capitaine de Police à la Brigade des Stupéfiants, fait du cheval chez son oncle qui anime un Centre Equestre à Lou Brucà. Celui-ci jouxte le Centre Educatif de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Une tempête cataclysmique s’abat sur le Bassin d’Arcachon. Pendant ce temps, le cadavre du Directeur du Centre, Romain Duval, est découvert dans son bureau. Le Procureur de la République, venu rencontrer la fille d’un ami, est présent. Léa et son oncle débarquent se mettre à l’abri. Le Centre, isolé dans la forêt, est coupé du monde, une nuit et un jour avec tous ses résidents. Le coupable est parmi eux. Huit suspects : les mineurs délinquants Malika, Coline, Loïc et Mustapha, l’épouse Mirabelle Duval, l’éducateur Ianis Joubert, le veilleur de nuit Mathieu Ronet, le maire du village et oncle de Léa, Lugan Cazeneuve. Qui avait intérêt à la disparition de Romain Duval ?

Mes premières phrases (provisoires) :

Février traîne son ennui. Léa déteste le mois de février. Depuis longtemps, depuis toujours. Petite, elle se recroquevillait sous son édredon rouge et ne voulait jamais se lever. Sa mère finissait par la tirer du lit à coups de pantoufles.

Aujourd’hui, elle s’enfouit sous sa couette, évite de regarder par la fenêtre la grisaille ouatée du jour. Elle dort sans fermer les volets. Sa chambre de fillette à Grenoble donnait sur le cirque des montagnes. Qu’est-ce qu’elle donnerait pour y être encore ! Grandir est une malédiction dont on ne se remet jamais.

En arrivant le mois dernier, elle a choisi, dans un immeuble du Quai des Chartrons, l’appartement le plus haut. Il donne, côté sud sur les toits de la ville, à l’est sur le fleuve. La Garonne engourdie par le froid étend son manteau beige jusqu’à l’estuaire. Sa couleur ne cesse de l’étonner. Elle n’arrive pas à s’y faire. Les eaux de son enfance restaient vertes ou bleues, batifolant sur les rochers, parfois chocolat quand la fonte des neiges brunissait les flots. Mais cela ne durait pas.

Allez, je vous laisse pour continuer la suite !

Montagnes russes…

Il est des jours où on se sent en haut de l’affiche, puis des jours, tout en bas !

Tout en haut. Week-end dernier en formation. Ma structure du roman « A couteaux tirés » est suffisamment en place pour commencer à écrire. Mon personnage principal, Capitaine de police, s’affine dans son caractère et son comportement, je la vois bien fonctionner maintenant. Elle se détache enfin de mon autre héroïne de la série feuilletonnante de nouvelles, elle a une vie propre et singulière. C’est amusant comme dans la spontanéité, je crée toujours la même image ! Seul le travail de distanciation nécessaire à la création permet d’imaginer des identités et comportements différents pour ses personnages. Léa est fragilisée par une épreuve professionnelle mais déterminée à trouver le coupable. Elle a le sens de la famille, des valeurs de partage et d’affection. Elle aime les adolescents fissurés par les coups de la vie, elle voudrait tant les aider à ce qu’ils trouvent leur place et un avenir. Avant le passage à l’écriture, j’aime bien passer du temps avec mes héros  (comme écrivait André Gide, « je suis peuplée »), pour qu’ils soient très présents à l’instant où ils débarquent sous ma plume. Ce qui me permet de les laisser me surprendre ! Quand ils sont trop faibles, ils sont prévisibles et banals, donc moins intéressants. C’est un premier principe que je retiens de mon expérience : bien soigner ses personnages !

Tout en bas. Je trébuche sur la structure de mon recueil de nouvelles. J’ai encore tout rangé dans mon tiroir pour retravailler différemment. En tant que lectrice (ou spectatrice), je déteste les histoires en feuilletons, depuis toujours. Les histoires bouclées me conviennent beaucoup plus. Est-ce pour cela que j’ai du mal à l’écrire ? Je reste persuadée d’avoir assez de matière, ce n’est pas le souci. C’est la construction dramatique en feuilleton qui me pose des problèmes. J’enrage et/ou me décourage de me coltiner ces instants cahotiques. Je ne suis pas mécontente d’expérimenter la formule en formation mais je ne suis pas sûre de renouveler ce type d’écriture plus tard. Pour l’instant, c’est le format de la nouvelle qui me convient le mieux.

Tout en haut. Dans la foulée du week-end, mes deux écrits sont sur Amazon, c’est une vraie joie, et j’ai reçu mes nouvelles cartes de visite à mon nom d’auteur. J’ai l’impression de rejouer des scènes de mon enfance, « et on aurai dit que j’étais la princesse ». Jubilatoire. Aujourd’hui, je joue à être auteur. Construire, ou découvrir, pour de vrai, cette identité d’auteur qui échappe parfois à l’entendement est un parcours à la fois ludique et compliqué. Je passe par des moments de gravité, oui j’ai envie de partager mon univers, j’ai envie de susciter de l’émotion, et des moments de fou rire, non mais quel orgueil de vouloir y prétendre ! Et basta, je continue d’y croire !

Tout en bas. Je vais très rarement à des signatures d’auteur. J’ai décidé de m’y mettre pour me projeter un jour, qui sait ? dans cette posture. Ce soir, dans une médiathèque, un auteur (que j’aime) parle de son livre, parle aussi de ceux des autres. A une question dans la salle sur un livre qu’il n’a pas choisi, il a l’authenticité de dire simplement sans emphase qu’il s’est ennuyé à sa lecture, 100 pages de trop pour lui. Une lectrice intervient aussi sec, « vous aussi, vous avez des longueurs ». Il n’a pas relevé. Mais j’ai eu mal pour lui. J’ai trouvé l’expérience violente. J’ai beau me raisonner, du style, on ne peut pas plaire à tout le monde. Soit, mais est-on obligé de recevoir ça ! Pourquoi est-elle venue ? Elle n’avait qu’à passer son chemin et choisir d’aller au cinéma.

Tout en haut. Tout en bas. Alternativement. C’est sans doute un élément incontournable du métier d’écrire ! A apprivoiser vite fait, bien fait !