P comme… Parricide

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

En ces temps de fête des pères, je ne peux pas m’en empêcher ! Avant tout, je rassure mes lecteurs, j’ai d’excellentes relations avec le mien !

Dans les pays catholiques, on célèbre les pères de famille dès le Moyen-Age, le 19 mars, jour de la Saint-Joseph. Selon la tradition antique, ce culte s’est développé vers le Vè siècle dans certains monastères égyptiens. Cette date est conservée au Portugal, en Espagne, en Italie et les pays d’Amérique latine ayant subi l’influence hispanique.

La première fête non religieuse est créée aux Etats-Unis. Après plusieurs tentatives, c’est la fête instituée le 19 juin 1910 par Sonora Smart Dodd qui connaît un certain succès. L’institutrice regrette qu’il n’existe aucun jour dédié aux pères, contrairement à la Fête des mères. Elle a le désir de rendre hommage à son père qui avait élevé seul ses six enfants après la mort de sa mère. Son choix initial était de célébrer cette fête le 5 juin, jour anniversaire de son père. Le pasteur l’avertit qu’il n’aurait pas le temps de préparer son sermon. Une autre date fut choisie, le troisième dimanche de juin.

En France, c’est le fabricant de briquets Flaminaire qui a l’idée de créer une fête des pères pour des raisons commerciales. Son directeur, Marcel Quercia, pour aider au lancement de son briquet au gaz dans l’hexagone, lance la fête des pères en 1950, le troisième dimanche de juin, sur le modèle américain. Son slogan : « Nos papas nous l’ont dit, pour la fête des pères, ils désirent tous un Flaminaire« . Elle est officialisée par un décret de 1952 qui conserve la règle du troisième dimanche de juin.

Tous les pères ne sont pas à la fête.

Le désir de tuer le père est un fait reconnu depuis longtemps par la mythologie et la littérature : Œdipe-Roi de Sophocle, les Euménides d’Eschyle, Hamlet de Shakespeare, les Frères Karamazov de Dostoïeski…

Parricide vient du latin parricida. Parri signifie parent et cida, qui tue. Pour Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue, « le parricide est un crime émotionnel basé sur la rancœur« . Le conflit n’apparaît pas du jour au lendemain, il peut mûrir des mois, voire des années.

Dans l’histoire, le parricide existe depuis longtemps. A Rome, au deuxième siècle avant Jésus-Christ, le parricide est sanctionné pour la première fois ; Lucius Ostius avait tué ses père et mère.

Aujourd’hui, on en compte 30 à 40 chaque année en France. Au XIXè, la moyenne annuelle était de 12. Il touche toutes les classes sociales, des plus huppées aux plus pauvres. Le niveau culturel ou intellectuel n’entre pas en ligne de compte. Cela se passe presque toujours au domicile du ou des parents.

Les auteurs sont très majoritairement des hommes. Ils sont en moyenne âgés de moins de 40 ans, parfois mineurs mais très rarement âgés de moins de 15 ans. Plus l’âge augmente, plus la proportion de maladies mentales est importante. Chez les adolescents, il est commis dans un contexte de vengeance suite à de la violence subie.

Mon premier accompagnement en détention, alors que je commençais tout juste mon stage de 3ème année d’assistante sociale à la Maison d’Arrêt de Pau, était un jeune homme de 19 ans qui avait tué son père. Je ne me souviens plus du contexte familial. Il me reste son visage, sa silhouette fluette, son incapacité à verbaliser, et son regard planté sur moi pendant tout son procès.

C’est cette émotion de l’indicible et de l’incompréhensible que je voudrais donner à mes histoires et mes personnages. Tenter d’approcher cette part de douleur qui mène au passage à l’acte. Essayer de donner des mots à ceux qui n’en ont pas ou plus. Eclairer les tourments et les blessures de ceux qui vacillent et croient qu’en donnant la mort, ils vont se guérir ou se réparer.

J’aimerai qu’on les aime, malgré tout !

 

 

PS qui n’a rien à voir

Haïku du jour

 

l’été enfin là

sur les bords de la Garonne

les orteils en rient

O comme… Organisation

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Contrairement à l’idée romantique qui domine, l’écriture n’est pas le fruit d’une inspiration quasi-divine qui vous jette soudain sur la page blanche. Ecrire est ardu, cela demande de la concentration et de la rigueur.

Tout apprenti auteur tâtonne pour trouver son organisation !

J’en connais deux qui écrivent le matin avant d’aller au travail. J’en connais une qui écrit un jour sur deux et le week-end, un autre qui vole des moments dans la journée, entre midi et deux. C’est forcément différent pour ceux qui ont une activité professionnelle et ceux qui n’en ont pas !

J’en profite pour vous dire que seuls 2 à 3% des écrivains gagnent leur vie avec leur plume. 97% ont un métier en parallèle, et tous… une vie familiale et sociale !

Flaubert ne se couchait jamais avant 3h du matin, Balzac se levait à 1h du matin pour travailler. Il consacrait 13 heures par jour à l’écriture, Voltaire 16h30. Le philosophe Emmanuel Kant n’écrivait pas plus d’une heure par jour, de 6h à 7h du matin. Amélie Nothomb écrit de 4h à 6h. Voilà qui est très encourageant !

Il y a les auteurs du matin (Victor Hugo, Charles Dickens, Hemingway), de l’après-midi (Nabokov, Styron) ou de la nuit (Kafka).

Alors que l’on imagine le plus souvent l’écrivain assis à son bureau, beaucoup aiment écrire debout tel Hemingway. Dickens, Virginia Woolf, Lewis Carroll et Philip Roth s’appuyaient sur une commode surélevée. A l’inverse, Proust, Mark Twain, Gorge Orwell, Truman Capote et Edith Wharton préféraient écrire allongés, au lit ou en travers du canapé.

Et moi me demanderez-vous ? Pendant longtemps, j’ai écrit de manière désordonnée, par à coups, le matin ou l’après-midi, trois jours de suite puis un temps sans écriture, dans mon lit le week end, ou le soir à mon bureau, dans un café, dans le tram… Cette organisation, qui n’en était pas une, était facilitée parce que j’écrivais des nouvelles et des haïkus.

Depuis que j’ai décidé d’écrire mon premier roman (en réalité c’est le deuxième, le manuscrit dort dans mon tiroir avant mon travail de réécriture), j’ai choisi une organisation plus rigoureuse.

Je me lève en semaine à 6h45, me douche et me prépare un café. J’écris à mon bureau de 1 à 2 heures, tout dépend de mon agenda professionnel. Sur page blanche et au stylo. Le soir en rentrant, je dicte mon texte sur mon ordi. Le week-end, j’écris dans mon lit et mon canapé, plusieurs heures d’affilée.

Ceux qui me connaissent bien savent que je déteste me lever tôt. J’ai encore du mal à bousculer mon horloge interne mais ça viendra. Mon désir d’écrire est plus important. La concentration est vive au lever, les idées s’enchaînent et ce temps pris me donne une pêche d’enfer pour partir au travail !

Il y a tellement de gens qui disent qu’ils vont écrire un jour et trouvent de bonnes raisons pour ne pas s’y mettre. Alors qu’il suffit de le décider, de s’installer et de commencer. Une page par jour, même une demi-page, mais tous les jours. Ni plus ni moins. Quand vous vous sentez le plus en forme, au moment possible dans votre emploi du temps, dans un temps défini.

Il s’agit de défendre ce temps de l’écriture, contre vents et marées, contre tout ce qui viendrait l’envahir (des pensées de découragement, vos enfants et conjoint, une lessive, l’envie de sortir…).

Roland Barthes écrivait : « Je me pose comme écrivain, dans toute l’ampleur, tout le sacré du rôle, pour m’aider à le devenir »,

ou encore

« Je ne me prends pas pour un écrivain mais je dois me prendre pour quelqu’un qui veut écrire ».