Retour à l’Académie (2/3)

Anaël Verdier, qui a créé l’Académie d’Ecriture m’accueillant dans la première promotion de formation d’auteur, 2013-2015, m’a invitée une soirée pour évoquer mon parcours auprès des auteurs actuels en formation. Voici le texte de base de mon exposé (de base parce que je ne peux pas m’empêcher de compléter !).

En trois articles sur le mois de juillet.

…suite…

Chapitre 4. Se dire auteur

C’est une troisième étape. Communiquer sur son activité. Là, c’était pas gagné malgré l’insistance d’Anaël dont c’est le leitmotiv inébranlable. J’ai fait partie des réfractaires à ouvrir un blog. Et si j’y suis arrivée, vous y arriverez !

Au départ, cela me paraissait l’Anapurna à gravir. D’abord, parce que je suis de nature sauvage. Je tiens à ma solitude et j’avais l’impression que tenir un blog était une vrai effraction pour moi. Cela m’a pris un an de rumination intense.

Là encore, c’est une question de décision. Si je l’ai prise au début, c’était pour respecter le deal de la formation. Je suis moi-même formatrice, je donne des consignes et j’entends qu’elles soient respectées. Il fallait donc que je respecte aussi mon engagement dans l’Académie, si non j’étais en dissonance cognitive et je déteste ça.

J’ai aujourd’hui 20 mois d’expérience. Quel bilan puis-je en faire ? En premier lieu, ça m’amuse, c’est déjà ça, j’aime bien ce rendez-vous hebdomadaire, chercher dans la semaine un sujet, prendre le temps d’écrire un article. Mais franchement, je ne vois pas ce qu’on peut y trouver. Sûrement parce que je ne suis toujours pas très au clair sur la ligne éditoriale.

Je crois que c’est un simple témoignage de mon cheminement d’auteur. Je pense que je me parle d’abord à moi-même à travers mon blog, comme si je réfléchissais à haute voix. Il y a des articles que j’aime bien, que je suis plutôt contente d’avoir écrit et d’autres que je trouve d’une banalité sans fond. Ce n’est pas grave. Je crois aussi que c’est l’expérience, l’analyse de l’expérience qui éclairera à un moment donné les choses. J’ai l’immense avantage d’être quelqu’un de patient, on verra bien.

J’ai ouvert en même temps un blog de photos sur St Jean Pied de Port qui complète mon guide. Pour l’instant, je n’écris pas d’article, je me contente de communiquer sur les fêtes et les manifestations, en prenant les infos sur l’office de tourisme. A la retraite, je pense que je l’animerai, j’ai quelques idées mais pas le temps !

Là encore, il s’agit d’être patient.

Blog d’auteur Blog du guide
Septembre 2014 à Décembre 2014 143 visiteurs 163 visiteurs
Année 2015 265 visiteurs 908 visiteurs
Janvier à Mai 2016 143 visiteurs 420 visiteurs
Abonnés 22 15

J’ai ouvert une page Facebook, ce qui était également dans les attendus de la formation. Honnêtement, ce n’est pas ma tasse de thé. Je fais peu de messages mais je partage volontiers des infos qui concernent l’écriture.

Chapitre 5. Pour quel projets ?

Se dire auteur, ok mais sur quoi. Dans les attendus de la première année, il y avait l’écriture d’un recueil de nouvelles. Ça tombait bien parce que j’adore ce format. J’en ai écrit sept, ce qui m’a permis de dédicacer un texte pour chacun des membres de l’Académie. Cette idée m’a bien plu. Son titre : « Éclats de rage », sept destins d’adolescents douloureux qui passent à l’acte meurtrier, donnant la mort en croyant sauver leur vie.

L’expérience de ses premiers textes, c’est prendre conscience de ses lignes thématiques, j’ai écrit essentiellement sur la vengeance née des douleurs de l’enfance ou de l’âge adulte. L’écueil que j’ai identifié, ou plutôt qu’Anaël a identifié, rendons à César ce qui appartient à César, c’est que mes personnage sont enfermés dans leur tête et leur désespoir et ils tuent. Entre les deux, il ne se passait pas grand-chose !

Et surtout pas de conflit. Ben oui, je déteste le conflit dans la vie de tous les jours. Écrire, c’est aussi découvrir des choses sur soi. Ce qui me facilite la vie, c’est d’avoir vécu une analyse plusieurs années quand j’avais 20 ans, donc j’identifie assez vite mes nœuds et les mystères de mon inconscient ne me sont pas étrangers ! Franchement, je trouve que ça m’aide dans l’écriture. Cependant, le naturel revient au galop, et il me faut rester vigilante. La réécriture sert à ça. Reprendre mes textes, enlever, ajouter, ne me pose aucun problème dès l’instant que j’arrive à identifier ce qui ne va pas.

Ce travail de réécriture est essentiel, l’Académie m’a permis de progresser en ce sens. Accepter qu’un personnage disparaisse alors qu’on l’aime bien, couper un paragraphe entier parce qu’il ne sert pas l’intrigue, au début c’est compliqué. On reste émotionnellement lié à son texte, après tout on le sort de ses tripes, or la réécriture demande une distanciation et une lecture lucide. Cette injonction paradoxale de donner de l’émotion tout en ne la vivant pas soi-même, est une posture qui prend du temps à se construire.

Mon deuxième recueil dont le titre est « Ta mort viendra… et elle aura mes yeux », est constitué de textes pour la plupart écrits avant l’Académie mais que j’ai retravaillé par la suite. Il est actuellement à Angers car je l’ai envoyé au concours de recueil de nouvelles. Je ne pense pas qu’il sera retenu parce que c’est un concours généraliste et non de littérature noire.

Quand je l’ai retravaillé cet hiver, j’ai trouvé l’exercice difficile car certains textes étaient très anciens. En fait, trop de temps entre l’écriture et la réécriture est une expérience que je ne renouvellerai pas. Cela me semble plus fructueux de rester dans une même temporalité.

Actuellement, je suis sur le troisième recueil, titre provisoire « La mort est au bout du tunnel ». Unité de temps : la guerre de 39-45, unité de lieu : la gare et le train alternant Pays Basque et Provence, unité d’action : le meurtre bien sûr. J’ai une version 1 pour plusieurs nouvelles et un synopsis pour les suivantes.

Travailler à partir d’un synopsis, je l’ai découvert ici. Avant, j’écrivais au fil de l’eau, cela m’arrive encore sur des textes courts. Mais sur des formats longs, et sachant que mes personnages pensent plus qu’ils n’agissent, l’avantage du synopsis est d’anticiper les actions, choisir les conflits, décider où je mène mes personnages. C’est un outil confortable. Surtout qu’avec l’expérience, on comprend que le synopsis n’est pas un carcan auquel il faut coller, mais un espace de liberté et de facilitation de l’écriture. Au début, j’avais tendance à m’y enfermer et à étouffer forcément ! La encore, il faut du temps pour maîtriser les choses, il s’agit de ne pas hésiter à le prendre. La question de la temporalité est essentielle dans l’acte d’écrire. Elle se réfléchit aussi.

Pour le recueil suivant, j’hésite encore. Soit un recueil sur la thématique de la souffrance au travail au sein du ministère de la justice. Soit je reprends mon recueil commencé sur la prison que tout le monde me réclame à corps et à cris.

Chapitre 6. Le temps de l’écriture

Les contraintes de date à l’Académie ont été pour moi un vrai plus. Il fallait produire et respecter la temporalité de la formation. On en sort exténuée, je ne vous le cache pas ! Une fois seule, il faut se donner ses propres contraintes. Il faut aussi trouver son rythme.

J’ai essayé un peu de tout, le matin, le soir, un moment court, un temps long, tous les jours, le week-end. En fait, j’écris par à coup et sur des moments longs, plutôt sur papier d’abord. J’adore écrire dans mon lit, et il me faut du thé. J’adore aussi écrire dans les cafés, je n’ai aucune difficulté à me construire une bulle. Le train, c’est idéal aussi.

En tapant ensuite mon texte, cela me permet déjà de le retravailler. Avec pour axiome : montrer et ne pas dire. Autre élément : j’écris davantage au présent maintenant que lorsque j’ai commencé. Je surveille aussi le cholestérol des phrases (l’image est de Pascal Perrat, une autre formateur en écriture). Pas d’adverbes, un adjectif à la rigueur mais pas plusieurs. Il s’agit de viser à susciter l’émotion chez le lecteur. Mon rêve : avoir une écriture aussi diamantaire que celle de René Char en poésie. Pas un mot de trop ! C’est pour cela que j’aime énormément les haïkus : une image, une émotion.

Pour l’instant, je ne connais pas l’angoisse de la page blanche. Je fourmille d’idées, j’ai d’ailleurs ouvert le journal d’idées que conseille Anaël. Pas le journal de bord par contre parce que cette introspection quotidienne ne me sert pas et m’ennuie plutôt.

Du moment que je décide d’écrire, j’écris. C’est une chance, je le reconnais.

J’ai aussi choisi de suivre le conseil d’Anaël d’être sur deux projets en même temps. Cette alternance me plait. En ce moment, je suis sur mon troisième recueil de nouvelles noires et sur mon recueil de haïkus. On peut écrire un meurtre en trois vers (haïku classique : 5 syllabes, 7 syllabes, 5 syllabes). Je vous en ai sélectionné trois pour ce soir :

trois coquelicots

sur la chemise blanche

dansent sur le cœur

doux perce-neige

douce la chute du corps

qui les écrasent

elle lui dit chiche

le cou lové dans ses mains

et il a serré

 

à suivre…

 

2 réflexions sur “Retour à l’Académie (2/3)

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