Citation de Juillet 2016

« Le livre est ta richesse à toi ! C’est le savoir,

Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,

Le progrès, la raison dissipant tout délire ».

Victor Hugo

Publicités

Retour à l’Académie (3/3)

Anaël Verdier, qui a créé l’Académie d’Ecriture m’accueillant dans la première promotion de formation d’auteur, 2013-2015, m’a invitée une soirée pour évoquer mon parcours auprès des auteurs actuels en formation. Voici le texte de base de mon exposé (de base parce que je ne peux pas m’empêcher de compléter !).

En trois articles sur le mois de juillet.

… suite et fin

Chapitre 7. Publier

Le passage à la publication est pour moi très facile. Les concours de nouvelles m’ont confortée dans l’idée que j’ai un lectorat possible. Et c’est aussi un message que donne Anaël. Il s’agit de le trouver, et pour le trouver, il faut donner ses textes à lire. J’ai la chance que cela ne soit pas un problème pour moi.

Mon premier recueil est sorti en juin 2014. L’aspect technique a été une vraie galère, heureusement Anaël m’a aidée pour la mise en page, mais j’ai réussi toute seule à apprivoiser CreateSpace sur Amazon.

Le deuxième est pour la fin de l’année, soit un écart de 18 mois. J’ai décidé de garder ce rythme régulier. L’idéal serait un par an, mais l’écriture vient en 4ième position, après ma vie privée, mon travail d’AS et mon activité de formation.

Pour l’instant, je reste sur le format de la nouvelle car c’est plus facile tout en travaillant. Écrire un roman me semble plus compliqué. En plus, je me sens moins douée pour cet exercice. Je me dis aussi que je continue de me former, et je passerai au roman quand je me sentirai davantage prête.

La encore, je sais que ce sera une simple question de décision. Donc je ne m’affole pas.

J’ai constitué un dossier de presse, en suivant les conseils du site de bookelis. J’ai communiqué sur mon activité d’auteur dans la revue de la Mutuelle de la Justice qui a une rubrique : « nos adhérents ont du talent ». Je me suis aussi constituée un press-book pour garder la mémoire de mon activité.

Pour la publication, il faut demander un numéro ISBN à l’AFNIL et faire une déclaration de dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France (cf. imprimés).

Parallèlement à Amazon, j’ai un imprimeur sur Bordeaux qui a sorti mon guide et mon premier recueil. Le prix de revient est lié au nombre d’exemplaires commandés. Pour 100 exemplaires, un livre de 150 pages revient à 3,77 l’unité, si vous en commandez 200, il revient à 2,85 euros. Il faut aussi savoir que les libraires prennent 30% du prix de vente au public.

On ne devient pas riche de suite !

Sur l’année 2015, j’ai gagné 16 euros par mois. Sur 2016, de janvier à mai, j’en suis à 50 euros parce que j’ai mis en place deux stratégies. Premièrement, proposer mes ouvrages en dépôt vente dans plusieurs librairies : ils ne prennent pas de risque et franchement, je les ai trouvés très bienveillants. Sur mes ouvrages qui coutent 10 euros, ils prennent 3 euros, donc j’en garde 7, c’est plus avantageux qu’Amazon. Il faut prévoir un bon de dépôt et un facturier. Deuxièmement, je me suis inscrite à des salons : nouvelle étape.

Chapitre 8. Rencontrer ses futurs lecteurs

Comme lectrice, je ne suis pas fan des salons. Je ne voyais pas l’intérêt d’aller faire signer les ouvrages aux auteurs. Parler de leurs livres avec eux encore moins. Pour moi, la lecture est un moment d’intimité, j’ai du mal à parler de ce que je lis. Sur mon site, je ne mets jamais de critique de mes lectures. (Expérience de Gradignan, de St Estèphe et Mauves sur Loire).

Ça a été très difficile au début de l’académie de faire des retours sur les écrits des autres. C’est un exercice que je trouve complexe, encore plus complexe quand il s’agit de réagir sur des genres qui me sont étrangers. Pourtant, je sais que c’est essentiel pour progresser. On voit chez les autres ce qu’on ne sait pas toujours voir chez soi. En s’inscrivant dans la durée, on repère mieux les atouts et les faiblesses pour soi et pour l’autre. Là encore, je pense que c’est aussi une question de légitimité, qui suis-je pour m’autoriser à commenter ? Ça vient avec le temps.

Donc les salons.

J’ai commencé par organiser une séance de dédicace sur mon territoire, histoire de me rassurer. En avril dernier, sur un we de vacances, c’est tout neuf, je suis allée dans les deux librairies de St Jean proposer mon guide et mon premier recueil. Je m’étais entraînée à trouver des dédicaces. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que ce sont les Saint Jeannais qui sont venus en majorité, pas des touristes ! J’ai aussi compris que les gens ont envie de parler, il suffit de les écouter, et ça, c’est mon métier, je sais faire !

En mai, je me suis inscrite au salon du livre de Grignols, village perdu dans la campagne. Pour moi, c’est aussi de l’ordre de l’apprentissage ! Jouer à être auteur pour de vrai est quand même très jouissif, je le reconnais. Je me suis prise au jeu. Il suffit d’un peu de distance avec soi-même et ça marche.

Demain, je suis à Bazas, et le 12, à Labastide Clairence en pays basque. En septembre, Romagne. En octobre, St Estèphe. Je vais essayer de choisir un salon par mois. Et c’est fou le nombre d’opportunités ! Beaucoup acceptent des auteurs en auto-édiction, parfois c’est gratuit, ou on vous demande le paiement du repas de midi, ou un chèque d’inscription à la journée.

Chapitre 9. Le cap des maisons d’édition

C’est pour bientôt ! Jusqu’à présent, j’ai engrangé de la confiance. Je continue de progresser, je me considère encore apprenti auteur. Je continue les concours, car j’adore écrire à partir d’une contrainte et c’est toujours des moments sympas à partager au moment des résultats.

Je vais envoyer mon troisième recueil sur la thématique du train aux éditions La vie du Rail et mon recueil de haïkus, aux éditions Rivages, parce que cela sort de l’ordinaire. Cela attirera peut-être leur attention. Je ne sais pas si ça peut plaire, en tout cas, je me régale à l’écrire.

Longtemps, j’ai appréhendé cette étape. Je ne me sentais pas prête à recevoir des lettres de refus. Je sais que cela me touchera. Mais quand je vois le nombre d’envois et le peu d’élus, cela relativise les choses. Je me dis que l’essentiel est de toutes les façons le plaisir d’écrire et si cela doit rester de l’ordre du confidentiel, et ne pas sortir de la région, il faudra bien assumer !

Chapitre 10. Et demain ?

Ce que j’aimerai, c’est animer un atelier d’écriture. C’est mon futur projet.

Pour l’instant, je crois que c’est un peu tôt mais j’adore l’idée, dans le cadre d’une médiathèque par exemple. L’an dernier, je suis allée à plusieurs ateliers à Carbon-Blanc. L’animation inégale, c’est fonction des intervenants, me fait penser que je pourrai tenter l’expérience. Aleph a une formation en ce sens, peut-être que je la suivrai.

J’adore la posture de formatrice et je suis sûre que cela va me plaire. Mais, je dois encore travailler sur ma légitimité à mener ce style d’activité.

Conclusion

J’espère que mon parcours vous éclaire sur les enseignements d’Anaël : une page après l’autre, une étape après l’autre. L’écriture est un chemin, elle demande du temps. De la patience, de la persévérance. Du désir et de la décision. Je terminerai mon propos par un aphorisme de René Char : « Va vers ton risque, à te regarder, ils s’habitueront ».

Je vous remercie de m’avoir écoutée ».

 

Et vous de m’avoir lue ! à la semaine prochaine pour la poursuite de l’aventure.

Retour à l’Académie (2/3)

Anaël Verdier, qui a créé l’Académie d’Ecriture m’accueillant dans la première promotion de formation d’auteur, 2013-2015, m’a invitée une soirée pour évoquer mon parcours auprès des auteurs actuels en formation. Voici le texte de base de mon exposé (de base parce que je ne peux pas m’empêcher de compléter !).

En trois articles sur le mois de juillet.

…suite…

Chapitre 4. Se dire auteur

C’est une troisième étape. Communiquer sur son activité. Là, c’était pas gagné malgré l’insistance d’Anaël dont c’est le leitmotiv inébranlable. J’ai fait partie des réfractaires à ouvrir un blog. Et si j’y suis arrivée, vous y arriverez !

Au départ, cela me paraissait l’Anapurna à gravir. D’abord, parce que je suis de nature sauvage. Je tiens à ma solitude et j’avais l’impression que tenir un blog était une vrai effraction pour moi. Cela m’a pris un an de rumination intense.

Là encore, c’est une question de décision. Si je l’ai prise au début, c’était pour respecter le deal de la formation. Je suis moi-même formatrice, je donne des consignes et j’entends qu’elles soient respectées. Il fallait donc que je respecte aussi mon engagement dans l’Académie, si non j’étais en dissonance cognitive et je déteste ça.

J’ai aujourd’hui 20 mois d’expérience. Quel bilan puis-je en faire ? En premier lieu, ça m’amuse, c’est déjà ça, j’aime bien ce rendez-vous hebdomadaire, chercher dans la semaine un sujet, prendre le temps d’écrire un article. Mais franchement, je ne vois pas ce qu’on peut y trouver. Sûrement parce que je ne suis toujours pas très au clair sur la ligne éditoriale.

Je crois que c’est un simple témoignage de mon cheminement d’auteur. Je pense que je me parle d’abord à moi-même à travers mon blog, comme si je réfléchissais à haute voix. Il y a des articles que j’aime bien, que je suis plutôt contente d’avoir écrit et d’autres que je trouve d’une banalité sans fond. Ce n’est pas grave. Je crois aussi que c’est l’expérience, l’analyse de l’expérience qui éclairera à un moment donné les choses. J’ai l’immense avantage d’être quelqu’un de patient, on verra bien.

J’ai ouvert en même temps un blog de photos sur St Jean Pied de Port qui complète mon guide. Pour l’instant, je n’écris pas d’article, je me contente de communiquer sur les fêtes et les manifestations, en prenant les infos sur l’office de tourisme. A la retraite, je pense que je l’animerai, j’ai quelques idées mais pas le temps !

Là encore, il s’agit d’être patient.

Blog d’auteur Blog du guide
Septembre 2014 à Décembre 2014 143 visiteurs 163 visiteurs
Année 2015 265 visiteurs 908 visiteurs
Janvier à Mai 2016 143 visiteurs 420 visiteurs
Abonnés 22 15

J’ai ouvert une page Facebook, ce qui était également dans les attendus de la formation. Honnêtement, ce n’est pas ma tasse de thé. Je fais peu de messages mais je partage volontiers des infos qui concernent l’écriture.

Chapitre 5. Pour quel projets ?

Se dire auteur, ok mais sur quoi. Dans les attendus de la première année, il y avait l’écriture d’un recueil de nouvelles. Ça tombait bien parce que j’adore ce format. J’en ai écrit sept, ce qui m’a permis de dédicacer un texte pour chacun des membres de l’Académie. Cette idée m’a bien plu. Son titre : « Éclats de rage », sept destins d’adolescents douloureux qui passent à l’acte meurtrier, donnant la mort en croyant sauver leur vie.

L’expérience de ses premiers textes, c’est prendre conscience de ses lignes thématiques, j’ai écrit essentiellement sur la vengeance née des douleurs de l’enfance ou de l’âge adulte. L’écueil que j’ai identifié, ou plutôt qu’Anaël a identifié, rendons à César ce qui appartient à César, c’est que mes personnage sont enfermés dans leur tête et leur désespoir et ils tuent. Entre les deux, il ne se passait pas grand-chose !

Et surtout pas de conflit. Ben oui, je déteste le conflit dans la vie de tous les jours. Écrire, c’est aussi découvrir des choses sur soi. Ce qui me facilite la vie, c’est d’avoir vécu une analyse plusieurs années quand j’avais 20 ans, donc j’identifie assez vite mes nœuds et les mystères de mon inconscient ne me sont pas étrangers ! Franchement, je trouve que ça m’aide dans l’écriture. Cependant, le naturel revient au galop, et il me faut rester vigilante. La réécriture sert à ça. Reprendre mes textes, enlever, ajouter, ne me pose aucun problème dès l’instant que j’arrive à identifier ce qui ne va pas.

Ce travail de réécriture est essentiel, l’Académie m’a permis de progresser en ce sens. Accepter qu’un personnage disparaisse alors qu’on l’aime bien, couper un paragraphe entier parce qu’il ne sert pas l’intrigue, au début c’est compliqué. On reste émotionnellement lié à son texte, après tout on le sort de ses tripes, or la réécriture demande une distanciation et une lecture lucide. Cette injonction paradoxale de donner de l’émotion tout en ne la vivant pas soi-même, est une posture qui prend du temps à se construire.

Mon deuxième recueil dont le titre est « Ta mort viendra… et elle aura mes yeux », est constitué de textes pour la plupart écrits avant l’Académie mais que j’ai retravaillé par la suite. Il est actuellement à Angers car je l’ai envoyé au concours de recueil de nouvelles. Je ne pense pas qu’il sera retenu parce que c’est un concours généraliste et non de littérature noire.

Quand je l’ai retravaillé cet hiver, j’ai trouvé l’exercice difficile car certains textes étaient très anciens. En fait, trop de temps entre l’écriture et la réécriture est une expérience que je ne renouvellerai pas. Cela me semble plus fructueux de rester dans une même temporalité.

Actuellement, je suis sur le troisième recueil, titre provisoire « La mort est au bout du tunnel ». Unité de temps : la guerre de 39-45, unité de lieu : la gare et le train alternant Pays Basque et Provence, unité d’action : le meurtre bien sûr. J’ai une version 1 pour plusieurs nouvelles et un synopsis pour les suivantes.

Travailler à partir d’un synopsis, je l’ai découvert ici. Avant, j’écrivais au fil de l’eau, cela m’arrive encore sur des textes courts. Mais sur des formats longs, et sachant que mes personnages pensent plus qu’ils n’agissent, l’avantage du synopsis est d’anticiper les actions, choisir les conflits, décider où je mène mes personnages. C’est un outil confortable. Surtout qu’avec l’expérience, on comprend que le synopsis n’est pas un carcan auquel il faut coller, mais un espace de liberté et de facilitation de l’écriture. Au début, j’avais tendance à m’y enfermer et à étouffer forcément ! La encore, il faut du temps pour maîtriser les choses, il s’agit de ne pas hésiter à le prendre. La question de la temporalité est essentielle dans l’acte d’écrire. Elle se réfléchit aussi.

Pour le recueil suivant, j’hésite encore. Soit un recueil sur la thématique de la souffrance au travail au sein du ministère de la justice. Soit je reprends mon recueil commencé sur la prison que tout le monde me réclame à corps et à cris.

Chapitre 6. Le temps de l’écriture

Les contraintes de date à l’Académie ont été pour moi un vrai plus. Il fallait produire et respecter la temporalité de la formation. On en sort exténuée, je ne vous le cache pas ! Une fois seule, il faut se donner ses propres contraintes. Il faut aussi trouver son rythme.

J’ai essayé un peu de tout, le matin, le soir, un moment court, un temps long, tous les jours, le week-end. En fait, j’écris par à coup et sur des moments longs, plutôt sur papier d’abord. J’adore écrire dans mon lit, et il me faut du thé. J’adore aussi écrire dans les cafés, je n’ai aucune difficulté à me construire une bulle. Le train, c’est idéal aussi.

En tapant ensuite mon texte, cela me permet déjà de le retravailler. Avec pour axiome : montrer et ne pas dire. Autre élément : j’écris davantage au présent maintenant que lorsque j’ai commencé. Je surveille aussi le cholestérol des phrases (l’image est de Pascal Perrat, une autre formateur en écriture). Pas d’adverbes, un adjectif à la rigueur mais pas plusieurs. Il s’agit de viser à susciter l’émotion chez le lecteur. Mon rêve : avoir une écriture aussi diamantaire que celle de René Char en poésie. Pas un mot de trop ! C’est pour cela que j’aime énormément les haïkus : une image, une émotion.

Pour l’instant, je ne connais pas l’angoisse de la page blanche. Je fourmille d’idées, j’ai d’ailleurs ouvert le journal d’idées que conseille Anaël. Pas le journal de bord par contre parce que cette introspection quotidienne ne me sert pas et m’ennuie plutôt.

Du moment que je décide d’écrire, j’écris. C’est une chance, je le reconnais.

J’ai aussi choisi de suivre le conseil d’Anaël d’être sur deux projets en même temps. Cette alternance me plait. En ce moment, je suis sur mon troisième recueil de nouvelles noires et sur mon recueil de haïkus. On peut écrire un meurtre en trois vers (haïku classique : 5 syllabes, 7 syllabes, 5 syllabes). Je vous en ai sélectionné trois pour ce soir :

trois coquelicots

sur la chemise blanche

dansent sur le cœur

doux perce-neige

douce la chute du corps

qui les écrasent

elle lui dit chiche

le cou lové dans ses mains

et il a serré

 

à suivre…

 

Retour à l’Académie (1/3)

Anaël Verdier, qui a créé l’Académie d’Ecriture m’accueillant dans la première promotion de formation d’auteur, 2013-2015, m’a invitée une soirée pour évoquer mon parcours auprès des auteurs actuels en formation. Voici le texte de base de mon exposé (de base parce que je ne peux pas m’empêcher de compléter !).

En trois articles sur le mois de juillet.

« Prologue

Il était une fois…

… une petite fille qui passait des heures à lire. Jouer à la poupée, c’était pas trop mon truc. Mon désir d’écrire s’enracine dans cette enfance liée aux livres. J’inquiétais même ma tante quand j’étais en vacances chez elle, je restais tout l’après-midi dans le fauteuil du salon avec mon livre.

Au collège, j’ai investi les cours de français et adoré les rédactions. En 6ième, j’ai gagné le premier prix départemental de rédaction. J’ai aussi été une grande épistolière dans une époque où la feuille de papier était reine, l’informatique est arrivée plus tard. Écrire des lettres a été mon seul mode de communication. J’ai été une lycéenne et une jeune adulte plutôt enfermée dans sa tour. Les mots étaient mon refuge, les livres m’ont sauvé du désespoir. A cette époque, j’écrivais de la poésie douloureuse et commencé un roman, à ce jour toujours inachevé mais je le porte en moi et je le reprendrai.

J’ai mis un peu de temps à trouver ce que je voulais faire de ma vie. J’ai traversé trois facultés, droit, anglais et lettres modernes, avant de réussir le concours d’entrée à l’Ecole de Service Social.

Après l’obtention de mon diplôme d’assistante sociale, reçue au concours du Ministère de la Justice, j’ai commencé ma carrière professionnelle à la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan auprès des détenus, quartier Hommes et quartier Femmes. Et là, plus le temps d’écrire. J’ai passionnément plongé dans mon métier que j’adore. Je suis restée une grande lectrice, je n’ai d’ailleurs acheté ma première télé qu’à 40 ans. Depuis 11 ans, je suis assistante sociale auprès des personnels de l’Administration Pénitentiaire, des Services Judiciaires et de la Protection Judiciaire de la Justice. Autant dire une autre planète.

Parallèlement, je suis formatrice vacataire à l’Institut Régional du Travail Social de Talence dans la filière Assistant de Service Social. J’ai obtenu un master d’ingénierie de formation. C’est pendant cette formation que j’ai rencontré Elisa Tixen qui m’a fait connaître Anaël plus tard. C’est elle qui m’a encouragé à reprendre l’écriture. J’ai envoyé ma première nouvelle, « Une minute et demi », à un concours et j’ai gagné le deuxième prix. Superbe signe du destin !

En Avril 2012, un souci de cervicales m’a arrêtée quatre mois, en repos forcé, je me suis mise à écrire régulièrement. Sur mes seize premiers textes, quatre ont été sélectionnés dans des concours de nouvelles. J’ai découvert que mes textes pouvaient plaire à des lecteurs.

Chapitre 1. Entrer dans un atelier d’écriture

En septembre de la même année 2012, j’ai intégré l’atelier d’Anaël. Ce qui m’a plu d’emblée, c’est son premier message. Écrire est d’abord un choix et pas le fruit du hasard. Inutile d’attendre qu’une muse vous souffle dans votre stylo. Écrire est d’abord une décision. Il faut être aussi pro-actif que ses personnages !

Cette dédramatisation de l’acte d’écrire a été pour moi fondamental. Se rêver écrivain n’a pas de sens, concrétiser son désir d’écrire, c’est essentiel. Il s’agit de commencer à poser des mots réels sur une feuille de papier ou sur un document informatique, peu importe. L’important, c’est de se mettre en mouvement.

Second message : il existe des techniques et on peut les travailler. L’acte d’écrire peut se conscientiser, il se réfléchit. Ce n’est pas seulement une question de talent, s’il est là tant mieux, mais c’est de surcroit. Ce n’est pas non plus une question d’inspiration. Il y a autant de raison que de cœur dans l’acte d’écrire. En prendre conscience a été pour moi une vraie libération. Puisque je peux penser l’acte d’écrire, je peux réfléchir au sens de mon écriture, choisir mes axes thématiques en toute connaissance de cause. Etre dans un travail de choix librement consenti.

En atelier, Anaël nous donnait des savoirs et des savoir faire sur la construction d’une histoire, ou sur la caractérisation des personnages. Je me suis mise aussi à acheter plein de livres sur l’écriture. Vous l’aurez compris, j’adore la formation, c’est une question d’éthique pour moi. Creuser le sens de mes pratiques, qu’elles soient professionnelles, pédagogiques et maintenant celles de l’écriture est vital. Ce travail sur le sens, je l’ai retrouvé dans le positionnement d’Anaël.

Dans cet atelier, j’ai commencé un recueil de nouvelles, 18 pour chacune de mes années en détention, qui met en scène tous les métiers de la prison, avec comme fil rouge l’assistante sociale. J’ai interrompu le projet en entrant à l’Académie. Parce que vous l’aurez compris cette année, on ne peut pas tout faire !

Chapitre 2. Construire son identité d’auteur

La première démarche a été de choisir le genre, pour moi, c’était une évidence d’écrire de la littérature noire. C’est ma lecture préférée. A l’âge de 40 ans, j’ai d’ailleurs cessé de lire de la littérature blanche.

Je voulais vivre par moi-même, cesser de me réfugier dans les héros de mes livres. Cette fois, j’allais devenir l’héroïne de ma propre vie ! Quitter les livres, c’était aussi, paradoxalement, accepter d’écrire les pages de ma propre histoire.

Je me suis mise à lire de la littérature noire et policière, exclusivement. Elle aborde la question du sens. Sens de la vie, de la mort et de l’amour. Questions énigmatiques auxquelles chacun a sa réponse singulière. J’écris pour, à mon tour, creuser ce sillon de l’incompréhensible questionnement de l’aventure humaine.

Bien sûr, c’est aussi lié à mon activité professionnelle. Ce que j’ai envie d’explorer, c’est l’énigme du passage à l’acte meurtrier, le moment de la bascule. Être dans le non jugement, il y a des magistrats pour ça, mais essayer de comprendre. J’ai passé 18 ans à les accompagner, j’ai envie de mettre mon expérience à la portée de tous.

Mon identité d’auteur est plutôt claire, je n’ai pas de soucis à la construire. Sur cette première année, j’ai davantage travaillé à me reconnaître une légitimité d’auteur. C’est devenu plus facile en gagnant des concours. Je vous encourage vraiment à en faire. J’ai aussi posé que si je ne suis pas encore écrivain, je peux me dire auteur. Parce que j’écris régulièrement. C’est cette régularité qui signe pour moi cette légitimité. Je me dirai, un jour peut-être, écrivain quand j’aurai la reconnaissance du plus grand nombre. Peut-être que ça n’arrivera jamais, je resterai un auteur amateur comme le musicien du dimanche n’est pas encore une star, mais il est musicien. Pour le moment, je suis dans la construction de ma posture d’auteur. La devise d’Anaël, c’est une page après l’autre, on peut aussi rajouter, c’est une étape après l’autre.

Chapitre 3. Pseudo ou pas ?

Être auteur, c’est fait, c’est la première étape, mais sous quel nom? Il y a ceux qui gardent le leur, ceux qui choisissent un pseudo, c’est mon choix. J’ai un nom compliqué, et si je peux devenir écrivain, je voulais un nom facile à retenir. Par contre, j’ai gardé mon prénom, parce qu’il m’identifie, parce que je l’aime bien et parce qu’il n’y en a pas beaucoup, des Agnès.

Pourquoi de Cize ? C’est la commande d’Anaël qui a voulu qu’on écrive un guide pratique qui m’a donné l’idée. J’ai écrit un guide touristique sur St Jean Pied de Port, la ville de mon enfance et adolescence où vivent toujours mes parents. St Jean est la capitale du pays de Cize.

Une autre raison, c’est qu’au début, je ne me sentais pas légitime d’écrire et un pseudo, c’était me cacher encore. Je ne disais pas que j’écrivais autour de moi. C’est venu plus tard dans le cheminement que permet l’Académie.

Aujourd’hui, je mets clairement en avant mon activité d’écriture. L’autre jour, j’ai dû me présenter, pour la première fois, sous mon nom d’auteur. S’entendre se nommer à haute voix a été un grand moment d’émotion, je le reconnais. C’est une autre étape que de se dire auteur !

à suivre…