Citation de Juillet

Temps de vacances ! Cultivez le nonchaloir !

Sainte-Beuve

« Un penser calme et fort mêlé de nonchaloir ».

Baudelaire

« O boucles, ô parfum chargé de nonchaloir ».

Mallarmé

« Dans un grand nonchaloir chargé de souvenirs ».

Baudelaire

« Et tes flancs qu’assouplit un charmant nonchaloir ».

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De l’émotion… (4)

Dernier billet de mon quatuor d’émotions, aujourd’hui la joie.

A l’heure où vous lisez ces lignes, je pratique avec bonheur le nonchaloir. Merveilleux mot du Moyen-Age que j’adore ! La nonchalance, la paresse, l’oisiveté sont connotées négativement. Le nonchaloir est une attitude positive de lâcher-prise et de repos. Je suis en vacances en Toscane. J’éprouve une joie immense à chacun de mes retours ici.

C’est compliqué la joie. Emotion éphémère qui ne sait pas s’installer dans la durée, sauf à être le Ravi de la crèche. Je l’envie souvent. Quel amour de la vie pour rester au top ten de la joie ! Quelle lucidité aussi pour la pratiquer par tous les temps. Une vraie discipline personnelle.

J’ai peu de personnages joyeux dans mes écrits. Je ne me suis pas encore essayé au polar déjanté. Cette émotion est météore dans mes histoires.

Dans son versant négatif, la joie exaspère les blessés de la vie. Elle nie parfois la douleur de l’autre, le renvoie dans ses cordes du désespoir. La joie est une arme redoutable qui peut briser les fragiles de l’existence tant sa clarté vive agresse ceux qui tremblent.

Dans son versant positif, la joie essaime la tendresse et témoigne que l’optimisme chevillé au corps aide à traverser les moments sombres. Savoir pratiquer la joie est un apprentissage intime qui permet de déboulonner les statues de la tristesse, de refuser l’auto-apitoiement et de se remettre en question.

Parfois, elle est don de l’instant, elle survient malgré soi. Il s’agit de l’accueillir comme une fleur fragile et éphémère. Savourer les moments où la vie est soudain plus légère et vaut la peine d’être vécue, est un vrai travail sur soi.

Ecrire pour que la joie s’éternise.

De l’émotion… (3)

Je poursuis aujourd’hui sur la tristesse.

Emotion familière, de l’ordre du compagnonnage un peu ancien désormais, car l’aptitude au bonheur s’apprend au fil des rencontres et des expériences. Elle est la plus discrète des émotions, vive en soi, imperceptible pour une écoute inattentive. Elle se loge au bord des cils, déborde parfois en larmes silencieuses. René Char, mon poète préféré écrit, « Il faut pleurer pour grandir ».

Dans son versant positif, elle est signe d’humanité, d’attention inconditionnelle au sort de l’autre quand on partage ses douleurs et ses doutes. Etre triste avec l’autre, c’est respecter le dur cheminement de sa vie, vivre en empathie avec lui dans ses épreuves.

Emotion familière qui caractérise bon nombre de mes personnages et j’aimerai que mes lecteurs la ressentent d’emblée pour accueillir leur mal-être.

Dans son versant négatif, elle enlise la personne et tue en elle toute velléité de sursaut. Elle peut paralyser jusqu’à l’asphyxie. Le danger est de s’y complaire, ah l’épineuse question des bénéfices secondaires ! L’inertie qu’elle entraîne peut agacer jusqu’à la rupture mais secouer une personne triste ne la rendra pas forcément plus heureuse et agissante. Il s’agit de comprendre avec l’autre ses ressorts pour mieux les démonter.

Reconnaître la tristesse est important, la reformuler à la hauteur de son intensité est essentiel pour que l’autre la transforme. On ne peut pas désirer à la place de l’autre mais on peut donner du souffle et du désir de désir. Je me sens à l’aise avec cette émotion quand je la perçois chez l’autre, et j’espère que mon écriture sait la susciter chez mes lecteurs, quand j’ai envie qu’ils protègent et aiment mes personnages, quoiqu’ils décident.

Ecrire parce que pleurer avec l’autre s’apprivoise.

De l’émotion… (2)

Cette semaine, la peur. J’adore la lecture de thrillers parce que l’intrigue repose sur cet axe émotionnel. C’est d’ailleurs le genre de mon premier roman. Le prochain trimestre, je le consacre à un travail de réécriture et l’embarque en vacances. Paradoxe : à l’ombre des tilleuls, dans le soir chaud de cigales, je frissonnerai avec mes personnages. Plaisir total ! (Tiens, cet hiver, penser à écrire été, pour se réchauffer !).

J’ai bien aimé construire l’intrigue, la lente montée de l’adrénaline; mon héroïne empêchera-t-elle l’empoisonnement de toute une ville ? au risque de sa vie ? en entraînant ses proches ? Cette peur-là peut s’avérer délicieuse dans l’entre-deux de l’incertitude. Avoir peur, c’est se sentir vivant.

Dans son versant positif, la peur signe l’alerte et révèle le besoin atavique de sécurité, elle permet d’anticiper un danger potentiel. Elle témoigne aussi de notre sollicitude envers l’autre, quand nous nous penchons sur une personne malade ou un enfant qui vient de tomber. Elle nous jette dans des bras protecteurs, nous autorise à quémander confort et soulagement.

Dans son versant négatif, elle peut représenter un obstacle à l’action, paralysant toute pensée et toute décision. Elle peut devenir envahissante, avec des manifestations physiques insupportables. Il s’agit de ne pas lui laisser prendre le pouvoir, de refuser les inhibitions et les timidités qui freinent le désir et l’agir.

Ecrire pour osciller de l’une à l’autre à travers mes personnages, et provoquer une peur délicieuse pour mes lecteurs qui hésiteraient au bord de la page. Plonger… ou pas ?