De l’émotion… (1)

La sortie du dernier dessin animé de Pixar « Vice versa » vient nous redire à quel point les émotions fondent le socle de notre humanité et induisent nos interactions avec l’autre.

Dans mon identité professionnelle d’assistante sociale, elles sont au cœur de tout entretien avec les personnes en difficultés. Mais rester dans l’émotion parasite la pensée et l’action. Permettre de la vivre est déjà commencer à l’apprivoiser. La nommer favorise la compréhension de soi pour mieux envisager les choix à poser. Légitimer l’émotion, la reconnaître, c’est redonner du pouvoir décisionnel à l’autre. Mettre des mots sur des ressentis ouvre alors l’espace aux mots de la raison et de la distanciation. Il devient alors possible de réfléchir et de trouver du sens aux épreuves traversées.

Dans mon identité d’auteur, elles sont au cœur de tous mes projets d’écriture. J’écris à partir de celles de mes personnages afin de susciter celles de mes lecteurs. Dans la littérature noire, les quatre émotions de base ne jouent pas dans la même catégorie ! Dans mon premier recueil de nouvelles, la colère est l’émotion dominante. Son titre est déjà très explicite « Eclats de rage ». Elle anime mes ados douloureux, elle les submerge jusqu’à l’irréparable. Ils n’ont pas de mots audibles pour la nommer et la reconnaître, ils ne parviennent pas à l’expliciter. La colère, versant faiblesse, signe la défaite de la parole. Dans les parcours des détenus que j’ai accompagnés, elle était souvent au cœur de leur agir délictuel ou criminel.

Comme toute pièce a son revers, la colère peut avoir un versant positif. Mais où sont passés les intellectuels à la Voltaire, Victor Hugo ou Zola ? Par exemple, qui s’indigne aujourd’hui de la pauvreté grandissante de nos villes et nos campagnes, de la désespérance muette à nos frontières, de la dégradation inouïe de la planète, de la dictature féroce des marchés financiers ? Chacun d’entre nous dans son contexte familial, professionnel, social a des objets de colère. Pour ma part, je ne suis pas très douée pour cette émotion-là, je le regrette parfois, mais ce n’est pas sur ce mode que s’inscrit mon rapport au monde.

Alors écrire pour rêver d’éclats de rage… féconds et salutaires !

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Une réflexion sur “De l’émotion… (1)

  1. Que serions-nous sans nos émotions ? Certes, le monde serait peut-être plus paisible… mais probablement plus ennuyeux non ?
    Quant aux éclats de rage, j’ai hâte que tu nous en parles (pour de vrai) 🙂

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