Citation de janvier

Appropriée en ces temps de couette maladive !

« J’ai mal aux idées. Mes idées sont malades, et je n’ai pas honte de ce mal secret. Je n’ai plus aucun goût, non seulement au travail, mais à la paresse. Aucun remords de ne rien faire. Je suis las comme un qui aurait fait le tour des astres. Je crois que j’ai touché le fonds de mon puits ».

Jules Renard

PS Je vous retrouve jeudi prochain en haut de la margelle, en pleine forme retrouvée, microbes chassés, promis !

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C’est bien parce que c’est vous…

Je m’extirpe de ma couette pour notre rendez-vous hebdomadaire. Hélas, l’hiver sévit aussi sur les bords de la Garonne. Et quand je suis malade, je ne suis plus bonne à rien, vraiment à rien !!

Je passe sur mes lessives qui m’attendent, ma vaisselle qui s’empile, mes travaux d’étudiants qui me narguent sur mon bureau, mon retard au Service qui s’accumule… et mes écrits, aïe aïe aïe. Ma belle envolée de l’article de la semaine dernière se fracasse sur mon front fiévreux.

Stoppée net sur les premières pages de la version 1 de mon roman « A couteaux tirés ». Je n’écris plus !

Pour être honnête, je n’en ressens aucune culpabilité, aucune angoisse. Je rassemble mes forces, les personnages sont dans un brouillard cotonneux pas très loin, ils vivent leur vie. Ma chance, c’est que le jour où je m’y remettrais, l’encre coulera sans souci.

Pour ce qui est des consignes pour le week end de formation, il me reste trois jours pour sortir : le synopsis de ma trilogie de « Vivre libre ou mourir », le synopsis de mon tome 1, le synopsis d’un épisode de série, et la nouvelle qui évoque le suicide d’un surveillant pénitentiaire. Même pas peur !!!

Je vous dirai jeudi prochain le résultat de ces quatre derniers projets… En attendant, je retourne sous ma couette !

Pensez à vous protéger de l’hiver !

Enfin !

Et voilà, j’ai le plaisir de vous annoncer que la structure de mon roman « A couteaux tirés » est terminée. J’ai en place le déroulement de mon histoire. Je peux enfin commencer la version 1. C’est nouveau pour moi d’avoir travaillé ainsi. Avant d’intégrer la formation d’Anaël, je n’ai écrit que des nouvelles. Sans plan en ayant simplement la chute. Au fil de la plume. Je vous livre aujourd’hui un texte ancien, « Isadora », sur ma page « Découvrez mes textes ».

Expérimenter la construction par un résumé de chaque séquence puis de chaque scène est une aventure qui m’a donné de la confiance et de l’assurance. On pourrait croire qu’avoir une structure tue l’imaginaire. Mais non, elle est simplement un support. On peut toujours intégrer des changements et suivre des intuitions nouvelles. Le cadre n’enferme pas, au contraire, il autorise des espaces de liberté dans la cohérence déjà construite du déroulement de son histoire. Je l’ai découvert dans l’écriture de mon recueil de nouvelles « Eclats de rage ». Je me suis sentie soutenue, j’ai rencontré moins de résistance et de découragement. Aller d’une traite au bout de mes choix a été follement amusant.

Je vais l’appliquer à l’écriture de mon premier roman. Il me tarde de commencer. La consigne est d’écrire une première version de bout en bout, avant de retravailler pour la version 2. Il n’est pas utile de fignoler de trop près au risque de ne plus avancer, de se laisser distraire par trop d’exigence. Celle-ci est pour le travail de réécriture. Je me sens des ailes ! Mes personnages sont désormais caractérisés, je connais par cœur leurs modes de relation, l’histoire du meurtre du Directeur du Centre Educatif est très claire, l’histoire de l’enquête aussi.

Je vous rappelle le pitch : Léa Aubert, jeune Capitaine de Police à la Brigade des Stupéfiants, fait du cheval chez son oncle qui anime un Centre Equestre à Lou Brucà. Celui-ci jouxte le Centre Educatif de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Une tempête cataclysmique s’abat sur le Bassin d’Arcachon. Pendant ce temps, le cadavre du Directeur du Centre, Romain Duval, est découvert dans son bureau. Le Procureur de la République, venu rencontrer la fille d’un ami, est présent. Léa et son oncle débarquent se mettre à l’abri. Le Centre, isolé dans la forêt, est coupé du monde, une nuit et un jour avec tous ses résidents. Le coupable est parmi eux. Huit suspects : les mineurs délinquants Malika, Coline, Loïc et Mustapha, l’épouse Mirabelle Duval, l’éducateur Ianis Joubert, le veilleur de nuit Mathieu Ronet, le maire du village et oncle de Léa, Lugan Cazeneuve. Qui avait intérêt à la disparition de Romain Duval ?

Mes premières phrases (provisoires) :

Février traîne son ennui. Léa déteste le mois de février. Depuis longtemps, depuis toujours. Petite, elle se recroquevillait sous son édredon rouge et ne voulait jamais se lever. Sa mère finissait par la tirer du lit à coups de pantoufles.

Aujourd’hui, elle s’enfouit sous sa couette, évite de regarder par la fenêtre la grisaille ouatée du jour. Elle dort sans fermer les volets. Sa chambre de fillette à Grenoble donnait sur le cirque des montagnes. Qu’est-ce qu’elle donnerait pour y être encore ! Grandir est une malédiction dont on ne se remet jamais.

En arrivant le mois dernier, elle a choisi, dans un immeuble du Quai des Chartrons, l’appartement le plus haut. Il donne, côté sud sur les toits de la ville, à l’est sur le fleuve. La Garonne engourdie par le froid étend son manteau beige jusqu’à l’estuaire. Sa couleur ne cesse de l’étonner. Elle n’arrive pas à s’y faire. Les eaux de son enfance restaient vertes ou bleues, batifolant sur les rochers, parfois chocolat quand la fonte des neiges brunissait les flots. Mais cela ne durait pas.

Allez, je vous laisse pour continuer la suite !

Liberté d’expression…

Les débats de ces jours-ci concourent à m’interroger sur la mienne ? Libre d’expression, mais pour quel message ? sous quelle forme ? Je ne lisais pas Charlie Hebdo hier et je ne le lirai pas demain. Leur expression me heurte souvent et n’entre pas dans mes références personnelles. La provocation n’est pas vraiment ma tasse de thé. Que de nombreuses personnes puissent être choquées ou blessées, je le comprends, mais je continuerai à batailler pour que toute forme d’expression, entrant dans les limites légales, existe. Il me semble alors qu’il nous suffit de choisir de lire autre chose et de laisser les inconditionnels du journal vivre leur vie de lecteur. Cela s’appelle la tolérance.

Cependant, se posent la question de la responsabilité de sa prise de parole et la question éthique qui engage tout auteur. Réfléchir aux conséquences de son expression, entendre les malaises suscités, écouter du lieu des autres me paraissent tout autant essentiels. Promouvoir la discussion, accepter l’échange sur nos différences, faciliter le don de nos argumentations divergentes, dans le respect et l’écoute, dans la paix et la liberté, dans les valeurs de la république, sont des actes citoyens. Cela se nomme la démocratie.

Tout appel à la violence et au meurtre me sidère. Paradoxalement, en ce qui me concerne, j’ai choisi d’écrire sur le meurtre, d’interroger l’abîme du passage à l’acte. Mon souhait d’auteur est d’approcher le plus possible du bord de cet abîme pour essayer de comprendre. Comprendre les ressorts de la violence, de la douleur, de la haine tout en condamnant les actes et non les hommes. La littérature noire et policière sonde cette énigmatique transgression, et j’aimerai y joindre ma voix. Cependant, je peux admettre qu’elle puisse mettre mal à l’aise. Là encore, que l’on se détourne de mes écrits. Seul le lectorat qui aime le genre s’y intéressera, voilà tout.

Je ne suis pas encore sûre des thématiques sur lesquelles j’aimerais m’exprimer. J’ai choisi le genre parce que j’adore cette littérature et mon expérience professionnelle d’assistante sociale au Ministère de la Justice est un questionnement sans fin. Je ne sais pas encore quels seront mes messages, je les entrevois. Quant à la forme littéraire, la nouvelle est pour l’instant ce qui me semble le plus proche. Je m’essaie au roman et je pourrai vous en dire plus dans l’après-coup de l’expérience.

Une chose dont je suis sûre : c’est que j’ai envie de susciter de l’émotion pour mes personnages et leurs failles, que si leur terrible réponse est dans le meurtre, j’aimerais qu’on en comprenne le mécanisme singulier : la vie n’est pas en noir ou blanc, la croyance est belle si elle côtoie le doute, elle devient terrible dans la certitude, la politique est une espérance possible ou un désespoir sans nom, l’amour peut être un chemin compliqué ou une aventure salvatrice, la famille peut être violence et abandon ou tendresse et pardon, le deuil est une épreuve qui peut tuer ou délivrer…

Tout est nuance, tout est paradoxe, tout n’est pas gravé dans le marbre mais s’écrit dans le sable de nos hésitations et de nos décisions. Empreintes légères qui signent son unicité.

J’aimerai écrire ces instants fragiles, ce temps présent, où justement la vie ne se comprend plus vraiment, ce temps présent où elle interroge le passé pour ouvrir l’avenir. J’aimerai écrire des mots ciselés pour éclairer de leur chaleur l’ombre des incompréhensions.

J’aimerai écrire pour rendre le monde meilleur.

2015, du silence à l’engagement

Après deux semaines de vacances festives sans envoi d’articles, je pensais vous retrouver tranquillement pour mon article hebdomadaire, afin de vous souhaiter une heureuse année, joie et santé. L’attentat qui fige le monde sidéré gèle ma plume. Difficile dans ce contexte de chagrin et d’horreur de partager mes plaisirs et mes peines quotidiennes liées à l’écriture.

Le silence comme espérance, comme un espace offert à ma future liberté d’expression. Le silence quand les mots hésitent au bord des cils.

Le silence mais pas pour longtemps. Continuons à tenir haut notre désir d’expression ! Nous le devons à toutes les victimes, les unes pour avoir exercé leur liberté de dessiner, de penser, de rire et rire encore, les autres pour avoir défendu cette valeur fondamentale qu’est la liberté, et tous ceux qui gravitaient autour d’eux pour leur permettre d’exister dans leur fonction.

Le silence mais pas pour longtemps, pour préparer l’engagement d’écrire, ce que je veux, quand je veux, comme je veux, pour soutenir l’engagement de lire, ce que vous voulez, quand vous le voulez, comme vous le voulez.

Le silence mais pas pour longtemps. Dire, ressentir, se laisser interpeller, penser, agir… et écrire, encore et toujours…