« Buuut ! et mat ! »

Concours de nouvelles Livres en tête. Paris Novembre 2012. Thème polar, 400 mots maximum. Texte retenu.

 

Le jour déclinait. Le ciel transparent aspirait les écumes roses des nuages. Le grondement sourd des rafales de vent pliait rageusement les branches des prunus.

Lisandru, le meilleur défenseur de l’équipe, n’arrivait pas à quitter le banc du vestiaire. Le public avait depuis longtemps quitté les gradins, rejoint le Vieux-Port pour assister au traditionnel « fugare ». Au pied des remparts, le spectacle était magnifique. L’immense brasier était attendu chaque année avec impatience.

Il était anéanti. Le silence envahissait Furiani dans un bruissement de brins d’herbe. 4 – 3. L’équipe avait gagné. Les larmes de Lisandru coulaient sans bruit sur ses joues creusées d’angoisse et de fatigue. Cette fois, il ne s’en sortirait pas.

Letizia ne cessait d’aller et venir devant la fenêtre. Elle était prête. Elle adorait assister au feu de la St-Jean. Mais la soirée avait mal commencé. Stefanu, entraîneur légendaire du Sporting, était revenu abattu de son match.

Il s’attardait au téléphone sur la terrasse. Elle ne saisissait pas la teneur des propos mais entendait la colère heurter les murs et cogner les étagères.

Transie de peur, elle serrait les mains sur les brides de son sac. Elle se surprit à se signer. Cette fois, il ne s’en sortirait pas.

Après le match, le Président Pietru rejoignit son bureau. Le coffre-fort ouvert, il contemplait les liasses. Ses mains tremblaient. Les pots-de-vin n’avaient servi à rien. L’attaquant intègre avait fait son job et Lisandru, merveilleusement maladroit, n’avait pas suffi à renverser le sort.

Il repensa à la première rencontre. Il n’avait pas eu le choix. Il lui fallait de l’argent frais, la descente du Club avait ruiné les caisses.

Et comment recommencer ? Le retour en Ligue 1 coûtait tellement cher. L’économie sur l’Ile ne permettait plus les générosités honnêtes des investisseurs. Il avait fait la dernière chose qu’il pensait pouvoir faire. Cette fois, il ne s’en sortirait pas.

Ange éteignit son portable. Dans le bruit assourdissant de sa boîte de nuit, la foule dansait et buvait, indifférente aux résultats. Ses nervis se tenaient bien droits dans leurs fauteuils et ne mouftaient pas.

Il termina lentement sa bière belge, se leva, leur fit un signe de tête. Le trio sortit et se dirigea vers la voiture. Ils s’enfoncèrent dans la nuit. Le lendemain, trois corps gisaient au pied de la Tour de Miomo.

Cette fois, ils ne s’en étaient pas sortis.

Fin

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