M comme… Mastermind

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Après l’Académie de 2013 à 2015, j’ai intégré une nouvelle formule proposée par Anaël Verdier (cf ses blogs multiples en tapant son nom dans une barre de recherche). Il a toujours mille projets sur le feu.

Cette année, il a mis en place un nouvel atelier, appelé Mastermind, qu’il définit comme « un espace de progression accélérée pour les auteurs ». Nous sommes 4.

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas très fan de vie de groupe. C’est toujours pour moi un effort mais le challenge vaut d’être relevé.

Nous nous voyons deux soirées par mois en vidéoconférence, via nos ordi à domicile, et un week-end par trimestre sur Bordeaux, (9 rue du Hâ).

Deux objectifs : produire et promouvoir. L’écriture et la promotion sont deux moments distincts de toute vie d’auteur. L’alternance n’est pas toujours simple à gérer !

Chacun de nous en est à des étapes différentes. La force du groupe rend solides nos tâtonnements. Nous osons des conseils, posons des questions, échangeons des astuces… Nous interrogeons nos blocages, nous partageons nos défis, nous nous enthousiasmons de nos progrès…

Si l’écriture est une aventure personnelle, elle peut aussi devenir plurielle.

L’accompagnement d’Anaël est sans concession, mais tout en générosité. Il fouille nos résistances, nous oblige à tournoyer dans nos peurs, nous invite à expérimenter. Ses questions précises aident à clarifier nos questionnements, à formuler nos propres réponses, à avancer dans nos brouillards…

Chacun d’entre nous a des objectifs précis à atteindre d’une fois sur l’autre. Ce cadre sécurisant et ses contraintes de dates me conviennent bien. Cela me permet d’être plus régulière en matière de production et plus à l’aise en matière de promotion !

J’ai presque fini mon troisième recueil de nouvelles et mes dernières dédicaces ont bien marché. Les effets de nos rencontres sont réels ce dont je me réjouis.

Et par-dessus tout… l’atelier me permet de me lancer dans l’écriture… d’un roman !

 

M comme… qui M’aime me suive

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

 

Samedi 15 et dimanche 16 avril, je serai en dédicace à la Librairie Kukuxka, 3 rue de la Citadelle, à St-Jean-Pied-de-Port.

10h30 – 12h30 et 15h – 18h

Vous avez aimé « Eclats de rage » ? Venez découvrir mon second recueil « Ta mort viendra… et elle aura mes yeux ».

Vous ne connaissez ni l’un, ni l’autre ? N’hésitez pas à les lire !

J’aurai aussi mon guide touristique, pas comme les autres, sur St Jean ! Découvrez l’extrême richesse de l’Histoire de la ville et les petites histoires de ses habitants.

Je vous encourage à me suivre sur mes blogs : agnesdecize.com et saintjeanpieddeport.blog et à les faire connaître à vos proches et relations.

Ne soyez pas timide, je vous invite à laisser des commentaires sur Amazon et à réagir sur mes blogs à la parution de mes articles.

Certains d’entre vous ont eu des soucis d’inscription. N’hésitez à me le dire : agnes.de.cize@gmail.com

Vous pouvez aussi vous abonner à ma page d’auteure sur Facebook.

D’un tempérament plutôt réservé, je profite de cet article pour dire un immense MERCI à tous ceux et celles qui m’aiment déjà !

« Et 4 + 3 font ? »

Concours de Nouvelles du Salon du Livre Jeunesse de MIRANDE (32). Avril 2018. Texte ayant reçu le 1er Prix. Contrainte : « Autour du 7 et la Nouvelle devra commencer par Milo aurait du tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler… »

 

« Et 4 + 3 font ? »

douleur enfouie

des rires et une comptine

puis le silence

 

Milo aurait du tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler… Jamais il n’aurait dû lui proposer de l’amener. Au fil des longs kilomètres d’asphalte, il la sent se recroqueviller de plus en plus. Elle est loin. Son corps ramassé, Lorea ferme les yeux. Il a renoncé à la retenir. La radio en sourdine maintient le présent au bord des lèvres mais elle ne la perçoit plus.

A-t-elle encore conscience qu’il est là ? Il s’agite, s’énerve intérieurement. Elle ne lui a jamais donné accès à cette part d’elle-même. Il espère qu’aujourd’hui, elle lui fera confiance. Ils ont roulé toute la journée. Il se gare sur le parking de l’hôpital. Ils descendent de la voiture.

Une pluie fine éteint l’espérance du crépuscule. Milo ne sait pas quoi lui dire, il lui a pris la main, elle tremble dans ses doigts aimants. Lorea tourne vers lui ses yeux embués. « Merci ». Milo n’a pas le permis de visite, il ne peut pas la suivre et s’affaisse sur la chaise d’une salle d’attente.

Lorea serre la main de son père. Dans la clarté lunaire, elle le regarde. Inconscient, il s’agite en soubresauts exténués.

– « Aïta », chuchote-t-elle tendrement. Elle se lève du fauteuil, lui passe le gant sur le visage. Sa voix ou la fraîcheur du linge semblent l’apaiser.

Elle le trouve plus marqué que sur les photos des militants exposées dans les rues de Garazi pour demander le rapprochement des prisonniers politiques. Les rides plissent au coin des yeux, quelques cheveux blancs affleurent.

Sa respiration sifflante coupe l’espace de la chambre. C’est sa dernière nuit, elle le pressent. Elle s’est mise à trembler. Elle aurait tant voulu un peu de temps, juste un peu de temps pour comprendre.

Devant la porte entrebâillée, deux gardiens de prison assurent la garde dans le couloir de l’hôpital. Discrets, ils se tournent parfois mais ne disent mot.

Iker, émerveillé, regarde sa femme endormie. Aussi pâle que le drap qui la couvre. Il ne croyait pas au coup de foudre, il lui est tombé dessus un soir de fête à Orbaiceta.

Avec son frère, depuis le kaiolar familial d’Harpea, il était venu par la montagne, qui seule, sait nier les frontières inventées par les hommes. Il avait 20 ans et toute la vie devant lui.

Enea n’avait vu que lui. Il virevoltait ses mutxikoak plus haut que les autres. Son corps élancé, le dos droit, il souriait en dansant. Son regard avait capté de suite celui de la jeune fille.

Plus tard dans leurs joutes amoureuses, chacun s’obstinait à penser que c’était l’autre qui l’avait enlevé !

Il y pense encore, là dans la chambre de la maternité où elle dort. Le bébé dans le berceau respire doucement, s’agite en gémissant par moments. « Lorea », chuchote-t-il en lui caressant la joue pour l’apaiser.

La jeune femme regarde intensément son père. Des images de son enfance se pressent derrière son front. Sa main dans celle de son père pour chaque rentrée des classes. Ils allaient à pied de la maison à l’ikastola.

Le discours solennel sur le chemin : le savoir pour lutter contre l’oppression française et espagnole, la culture pour préserver son identité, la langue pour perpétuer son Histoire. Elle ne sait pas nommer le moment où tout a basculé.

Elle se souvient de sa mère en larmes certains soirs où il partait et ne revenait qu’à l’aube. Elle se souvient de leurs disputes qui la laissaient désemparée. Derrière la porte de sa chambre, agrippée à sa poupée, elle tentait de comprendre.

Iker déploie une grande carte géographique sur la table de la salle à manger. Lorea, trop petite, est à genoux sur la chaise. Avec son stylo, il lui explique où est leur maison.

– Tu vois là, c’est chez nous, Garazi. Notre province s’appelle Nafarroa-Beherea (la Basse-Navarre), à droite notre voisine Xiberoa (la Soule) et à gauche Lapurdi (le Labourd). Allez, pour le Pays Basque Nord, compte avec moi : 1-2-3.

Lorea éclate de rire. Elle sait compter jusqu’à trois. Son père se penche à nouveau sur la carte.

– Et là, pour le Pays Basque Sud, c’est Nafarroa (la Navarre), Araba (l’Alava), Bizkaia (la Biscaye) et Gipuzkoa (le Guipuzcoa). Allez, compte : 1-2-3-4.

La petite fille rit.

– 1-2-3-4

– Et 4 + 3 font ?

De sa belle voix de ténor, il entonne l’hymne national. Demain, c’est la fête de la Patrie.

Lorea murmure une berceuse. L’infirmière est passée changer la perfusion de morphine. Elle chante en boucle pour cantonner loin l’hymne douloureux au fond de sa mémoire.

Quand son père a été arrêté, elle avait 7 ans. Les disputes se sont déplacées au parloir de la prison. Elle entend encore les cris des détenus aux fenêtres, le grincement des lourdes portes, la stridence du portique de détection du métal.

Elle ne sait plus combien de temps les visites ont duré avant que sa mère demande le divorce et cesse de le voir. Enea n’a jamais plus évoqué Iker. Il est devenu une ombre, toujours présente, jamais nommée. Lorea a vite compris qu’il fallait se taire et ne pas vouloir comprendre.

Elle le regrette. Son père va mourir cette nuit et elle ne saura jamais ce qui l’a fait basculer dans la lutte armée et abandonner le combat politique. Chez elle, les livres sur ses étagères contiennent plus de questions que de réponses.

Iker écrit à sa fille une lettre par mois. Il sait qu’Enea la jette sans la lui donner. Il accumule les doubles dans sa cellule, s’il sort un jour, il les lui donnera. Il a aussi tout prévu. S’il mourait… le médecin a été clair, son cœur est fragile… l’assistante sociale de la prison les lui fera parvenir.

Etre privé de sa fille, c’est insupportable. C’est son châtiment, bien plus lourd que la condamnation. Il l’imagine à l’école, il espère qu’elle compte encore « 1-2-3 » et « 1-2-3-4 » et « 4 + 3 font ? ». Il l’imagine au collège, il espère qu’elle aura la beauté de sa mère. Puis plus rien, et ça lui fait mal. Il ne la voit pas lycéenne, il ne la voit pas jeune adulte, il ne la voit pas dans un métier. Il en est incapable et en souffre.

Seule l’image de l’enfant, qui riait aux éclats en comptant, illumine la cellule.

 

Lorea laisse ses larmes couler. Le râle de son père emplit la pièce. Elle lui murmure des mots d’amour, tous ceux qu’elle n’a pas pu lui dire et elle compte, elle compte, compte…

4 + 3 = 1…    4 + 3 = 1…  4 + 3 = 1

FIN

 

 

L comme… Ludique

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

C’est ainsi que je conçois l’écriture. Vous allez me rétorquer qu’écrire des histoires de meurtre n’a rien de très réjouissant. Détrompez-vous, je m’amuse follement. Du je au jeu !

Mes premières tentatives, toute jeune, relevaient d’un je douloureux. Quand écrire est thérapeutique, les mots tremblent au bord des lèvres. L’acte d’écrire est vital, il s’agit de respirer au-dessus des nuages pour ne pas être broyée par le chagrin. Ecrire fait mal quand la plume fouille sa part d’ombres.

Aujourd’hui, mes écrits naissent d’un je joyeux. Je suis peuplée d’une multitude d’histoires qui ne demandent qu’à envahir la feuille blanche. Quand je pense à un personnage, je l’assemble tel un puzzle : un physique, un caractère, un lieu de vie, un métier…

Je réfléchis à sa trajectoire, je décide de l’amener dans telle ou telle direction. Je change parfois si sa cohérence interne ne semble pas convenir à mon premier mouvement. Je reste ancrée dans la psychologie de mon personnage, je tente d’anticiper ce qui est vrai pour lui. Il n’est pas important que ce soit véridique, il s’agit d’être vraisemblable.

Le jeu est dans les multiples possibilités qui s’offrent à son avenir. En fonction de ce choix, l’histoire sera différente. Telle une distribution de cartes, mes héros auront des atouts pour réussir leur partie mais rencontreront aussi les obstacles du jeu de l’oie. Quitte à reculer de plusieurs cases ou repasser par la case prison sans toucher de bonus.

Le format de la Nouvelle autorise des expérimentations tout au long du recueil. Les personnages diffèrent, ce qui leur arrive a la fulgurance d’un texte court. Ce qui me permet de jongler dans plusieurs univers et destinées, au gré de ma fantaisie.

Ludique parce dans ce format, les personnages me traversent sans s’attarder. La brièveté de leur histoire permet ce jeu de saute-mouton d’un personnage à un autre, d’une histoire à une autre. C’est tellement amusant !

Dirai-je la même chose de l’écriture d’un roman ? Aucune idée !

J’aimerai penser que ce sera ludique aussi. Cependant, vivre au long cours avec ses personnages tout un trimestre (rappelez-vous Stephen King : une version 1 en une saison) engage autrement l’acte d’écrire.

Rendez-vous plus tard pour partager avec vous cette aventure forcément différente !

 

 

L comme… Lectorat

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Question complexe ! Si les auteurs adorent leur solitude pour écrire, il faut bien en sortir pour conquérir son public. Heureusement que les maisons d’édition font le job, (quoique…) !

En tant qu’auteure indépendante, toute la chaîne de ma main à vos yeux est de ma responsabilité. J’ai un imprimeur du tonnerre, c’est déjà très important, Copy Media merci ! Sur Amazon, nous sommes des milliers, alors de là à être remarquée… Surtout que tous mes acheteurs ne laissent pas de commentaires sur le site.

Comment se faire connaître ? Quand votre famille, vos proches et vos connaissances vous ont lu, comment aller vers les lecteurs inconnus ?

Première marche : présenter ses textes à des concours de nouvelles. J’ai la chance d’avoir été remarquée dans plusieurs départements : le 64, le 75, le 62, le 95, le 44. Soit une nouvelle tous les quatre à cinq envois, ce qui est très encourageant. Cela signifie que j’ai bien un lectorat quelque part qui aime mon univers.

Pour cette année 2018, j’ai envoyé cinq nouvelles aux quatre coins de France.

Je viens de recevoir un message m’indiquant avoir gagné le Premier Prix qui sera remis le samedi 07 avril à l’occasion d’un Salon du Livre Jeunesse. Hourra, du tourisme en perspective ! Mais chut, laissons à la ville la primeur de l’annonce. Je vous en reparlerai et mettrai ma nouvelle sur mon blog, sur la page « découvrez mes textes ».

Deuxième marche : participer à des salons. J’essaie de m’y rendre régulièrement. Mais tous les salons n’accueillent pas d’auteurs indépendants. C’est aussi très chronophage ! Or j’ai une vie professionnelle qui me mange de l’énergie. Pas toujours facile de tout concilier. L’avantage est de rencontrer plein de monde, d’échanger avec les auteurs présents, d’apprendre les ficelles des salons et de passer de très bons moments.

Et vous avez vos lecteurs en chair et en os devant vous ! Je suis toujours surprise qu’ils aient envie de dialoguer avec nous.

Troisième marche : organiser des séances de dédicace dans tout lieu susceptible de m’accueillir. Jusqu’à présent, je suis allée à St Jean-Pied-de-Port m’essayer à l’exercice, (dans ma zone de confort dirait Anaël Verdier). J’y serai à nouveau les 14 et 15 avril pour présenter mon deuxième recueil de nouvelles « Ta mort viendra… et elle aura mes yeux ».

Samedi dernier, j’ai posé mes livres à l’espace culturel du Leclerc de Talence et samedi prochain, 31 mars, je serai à celui du Leclerc de Léognan, en Gironde, (de 10h30 à 19h30, si vous passez par là…).

Je suis toujours étonnée que les gens osent acheter une parfaite inconnue. Leur générosité est remarquable. Ils aiment tellement les livres qu’ils prennent des risques ! Nos échanges sympathiques et souvent passionnants m’encouragent à poursuivre mon activité d’auteure.

Une page après l’autre, un lecteur après l’autre !

K comme… King, Stephen King

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

J’adore, lorsque les écrivains dévoilent leur rapport à l’écriture. Je vous invite à lire (ou relire) « Ecriture, mémoires d’un métier« . C’est une belle école pour tout auteur. Les propos de Stephen King me touchent car je partage bon nombre de ses convictions.

La première est qu’il faut absolument démystifier « l’inspiration ». Elle n’est pas quelque chose de magique réservé à des élus. L’écriture est une activité qui a ses règles et ses libertés. Il s’agit simplement d’oser s’y mettre. L’essentiel est de jouer avec les mots, les personnages, les situations.

La deuxième est qu’il faut écrire d’abord pour soi, et retravailler son texte pour ses lecteurs. Écrire régulièrement, en donnant une juste place à cette activité dans sa vie, pour ne pas compromettre toute sa vie personnelle et sociale.

Stephen King développe des conseils techniques.

Soigner l’introduction, car elle doit susciter l’envie de poursuivre sa lecture. Nous avons tous en tête des premières phrases qui nous ont marqué. Pas seulement, « Longtemps, je me suis couché de bonne heure”.

Écrire un mot à la fois. Une page après l’autre. En restant fidèle à son style et en ne cherchant pas à copier un autre auteur.

Éviter la forme passive. Il la juge molle. « La nouvelle le surprit » a plus de force que, « il fut surpris par la nouvelle ».

Éviter les adverbes qui souvent font redondance avec l’expression souhaitée. « L’adverbe n’est pas ton ami ».

Faire des paragraphes, « aussi importants sur le plan visuel que sur le plan significatif, ils sont les signes de l’intention ». Une idée dans la première phrase, développée dans les phrases suivantes.

Ne pas être exhaustif dans les passages descriptifs. Juste donner des éléments pour enflammer l’imagination du lecteur. L’étouffer compromettrait son désir de poursuivre l’histoire.

Laisser tomber les passages qui tiennent à cœur, parfois même un personnage qui n’apporte rien à l’histoire. « Enlevez toutes les parties ennuyeuses et tuez vos personnages préférés, même si cela brise votre égo de petit gribouilleur, tuez vos personnages préférés ». Compliqué mais efficace, il faut en convenir.

Le travail de documentation ne doit pas supplanter l’intrigue. J’ai pu expérimenter cet aspect des choses quand j’ai écrit une première version de roman pour ado, qui se passait dans un laboratoire scientifique, à mille lieux de mon quotidien ! (Mais je connais tout désormais sur les résistances des bactéries !)

Stephen King propose aussi de se créer un environnement de travail.

Écrire avec la porte fermée. Ah non pas moi, mes années d’intervention en détention… je suppose.

Aménager une salle de travail. Non plus, j’écris partout : à mon bureau, dans mon lit, sur un banc, dans un café, allongée dans l’herbe… Ma bulle est toute symbolique et possible partout !

Eteindre la télé et éviter les distractions. Pour un texte long, sans aucun doute, mais il m’arrive d’écrire des haïkus dans un environnement sonore.

Respecter des délais. 100% d’accord. C’est pourquoi j’adore les concours de nouvelles. Une date, une contrainte, et c’est parti. Pour un roman, Stephen King préconise une première version en trois mois, soit une saison. Je suis devenue une vraie fan de calendriers !

Faire une pause. Relire ses écrits après un temps d’oubli aide à progresser dans le travail sur la version 2. « Vous verrez que lire votre livre après six semaines sans y toucher sera quelque chose d’étrange et exaltant ». Prendre des notes sur une feuille à part du texte avant de le reprendre.

Creuser. « Les histoires sont des reliques, des morceaux d’un monde pré-existant et inconnu. Le travail d’un écrivain est d’utiliser l’ensemble de sa boite à outils pour exhumer le mieux possible chacun de ses mondes ».

Ecrire et lire tout le temps. Là c’est plus compliqué pour moi. Comme dit l’Ecclésiaste, « il y a un temps pour tout ». Soit l’un, soit l’autre. Je préfère l’immersion complète dans mon processus créatif sans être envahie des mots des autres.

Rendez-vous dans quelques années : à mon tour, j’écrirai un jour mes secrets d’auteur !

 

Ultime message de Stephen King : Écrire rend heureux !

 

 

K comme… Kaléidoscope

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Le kaléidoscope est un tube de miroirs, réfléchissant à l’infini et en couleurs, la lumière extérieure. Son nom vient du grec, kalos, qui signifie beau, eider, aspect ou image, et skopein, regarder.

L’observateur regarde d’un côté du tube, la lumière entre de l’autre et se réfléchit sur les miroirs. Certains jouets contiennent des fragments mobiles de verres colorés, produisant d’infinies combinaisons de jolies images. Avec très peu d’éléments, ils autorisent un nombre incroyable de compositions.

C’est une métaphore de la littérature ! Un homme, une femme, un lieu, et vous pouvez écrire mille et une histoires différentes. Au début de notre formation d’auteur, hésitant à nous sentir légitime, tout n’a-t-il pas déjà été écrit ? Anaël verdier nous répondait à l’académie : « oui mais pas par vous ».

À partir de là, tout devenait possible ! Il suffisait de créer son propre kaléidoscope, selon ses désirs et ses intentions. Chaque auteur crée sa combinaison d’images qu’il donne à voir à ses lecteurs.

Mon kaléidoscope puise du côté obscur de l’âme, j’essaie d’éclairer les ombres qui mènent au meurtre. J’ai choisi de commencer à le construire à partir de l’écriture de nouvelles noires. J’aime beaucoup ce format car il permet la fulgurance d’une histoire et de ses émotions.

En ce moment, j’arrive à la moitié de mon troisième recueil sur la thématique du train et de la guerre. J’ai la joie de vous dire que j’ai trouvé son titre cette semaine. Ce sera : « Vertiges sur les voies ».

Chacun de mes ouvrages est un kaléidoscope à lui tout seul. Des hommes, des femmes, des lieux et des meurtres, et jamais la même histoire.

Les dictionnaires donnent au sens figuré une deuxième définition : « suite rapide d’impressions, de sensations vives et variées ».

À partir de la permanence d’éléments, j’aimerai créer des situations différentes pour vous emporter dans une palette éternelle d’émotions diverses. Je vous invite à regarder dans mon kaléidoscope pour tenter de comprendre ce qui anime mes personnages douloureux et les pousse à commettre l’irréparable.

Chacune de mes nouvelles est un morceau de miroir, pour dire l’énigme de l’amour et de la mort, interroger la bascule de la vie à l’assassinat. Tel le kaléidoscope qui autorise une infinie de combinaisons, l’auteur ne peut jamais cesser décrire.

Ce jeu de miroirs est infini !

 

J comme… Justice(s)

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Les auteurs distinguent trois niveaux. La justice au sens philosophique d’idéal, individuel ou collectif. La justice comme norme émanant d’une société ou d’un corps d’autorité. La justice comme institution faisant respecter les lois.

Je suis très attachée à cette notion de justice. Platon la plaçait au centre de son ouvrage « La République ». Il écrit : « L’homme juste établit un ordre intérieur, il harmonise les trois parties (raison, colère, désir) de son âme absolument comme les trois termes de l’échelle musicale« .

Dans Le Larousse, elle est définie « comme un principe moral qui exige le respect du droit et de l’équité« . Dans la sphère publique, elle doit être le but de toute politique et viser à établir une égalité véritable entre les êtres. Héraclite associe l’injustice à un chaos social.

Parce qu’il avait une haute idée de la justice, mon grand-père tenait régulièrement une fonction de juge de paix dans son village, pratiquant la médiation comme mode de régulation des conflits. Ses avis étaient respectés.

Dans mes histoires de vengeance, le sentiment d’injustice anime souvent mes personnages. C’est ce qui les meut vers l’irréparable du crime. Je ne les juge pas, j’essaie de comprendre le pourquoi de la bascule vers l’horreur.

Pour tendre vers cet idéal de justice, basée sur un consensus sur les notions de bien et de mal, les sociétés se sont dotées de textes et de normes. Le Droit vient dire l’échelle des infractions et des sanctions.

Mes personnages pratiquent une justice privée en fonction de ce qu’ils croient juste pour eux, en dehors de toute norme. Je pense que j’adore les westerns pour cet aspect privé de la gestion des conflits entre individus. Cependant, cela ne signifie pas que je cautionne ce choix. Ce serait le comble pour quelqu’un qui a choisi de travailler au Ministère de la Justice.

Je crois en l’institution même quand elle me désespère ou me met en colère. Avoir une organisation judiciaire est gage de respect des lois, elle punit et répare. Cependant, la manière peut (et doit) être discutée. La regarder fonctionner est essentiel. Conserver un esprit critique me paraît important.

La littérature est là pour bousculer le monde, rappeler que la justice est essentielle pour le vivre ensemble. Par mon activité d’auteure, je souhaite participer à cette observation et cette bousculade !

J comme… Jalousie

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Le lendemain de la Saint-Valentin, je ne résiste pas à l’envie de vous ramener sur terre. Situation dramatique largement évoquée dans la littérature, la jalousie est un puissant ressort thématique pour qui aime l’écriture noire. « Ce monstre aux yeux verts » comme la nomme Shakespeare.

Le Larousse la définit comme « un sentiment d’inquiétude douloureuse chez quelqu’un qui éprouve un désir de possession exclusive envers la personne aimée et qui craint son éventuelle infidélité« .

Le mot jaloux apparaît au XIIè siècle, en ancien provençal, gelos ou gilos, qui vient du grec zêlos ou du latin zélosus, le zèle, fort attachement. Le sentiment douloureux qu’engendre la jalousie est attesté au tout début du XVIè siècle, alors associé à la personne aimée.

Gorge Sand écrivait : « Il n’y a pas d’amour sans jalousie« . Elle est un sentiment naturel. L’éprouver quand on est amoureux, c’est craindre perdre l’objet de son amour.

Le souci, c’est lorsqu’elle devient pathologique. Pour Montaigne, c’est « la plus vaine et tempétueuse maladie qui afflige les âmes humaines« . Pour Cervantès, « la jalousie est le tyran du royaume de l’amour » et pour André Comte-Sponville, « qu’on se le dise, la jalousie est un zèle égoïste et malheureux« .

Les media nous rappellent régulièrement que tous les deux jours et demi, le couple est le théâtre d’un meurtre. En 2017, en France, 157 personnes, (123 femmes et 34 hommes) sont mortes, victimes de leur conjoint, compagne, amant ou ex. (2016 : 144 soit 13 de plus).

La jalousie est l’un des trois principaux motifs d’homicides volontaires, avec l’emportement au cours d’une querelle et l’exécution d’un meurtre commandité.

Willy Pasini (psychiatre) distingue quatre stades. « Le premier est celui de la jalousie « normale », celle qui fait émerger le désir de garder pour soi celui qu’on aime.

Le deuxième stade, un peu plus grave, implique des contrôles continus de la vie de l’autre.

Le troisième est la jalousie obsessionnelle, provoquée par la projection sur l’autre de notre manque d’assurance ou de notre désir inconscient d’infidélité (voire de notre propre infidélité).

Enfin, au quatrième stade, il y a la jalousie délirante, née de l’imagination, où toute explication rationnelle est inutile, car le jaloux n’écoute que son délire ».

Othello ou Médée sont de belles figures tragiques de la jalousie.

Je rêve de créer, dans mes futures histoires, un personnage aussi puissant !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I comme… Imagination

A partir des 26 lettres de l’alphabet, à compter de février 2017, j’ai décidé de vous écrire mon Dictionnaire Amoureux afin de vous inviter à découvrir mon univers et mon identité d’auteure. J’évoquerai ma relation à l’écriture et à la lecture, partagerai mes doutes et mes joies, mes questions et mes convictions, vous informerai de mon actualité…

 

Elle revêt deux versants. Elle est mémoire dans la mesure où elle reproduit mentalement des formes, des sons, des odeurs croisés sur sa route. Elle réinvente le réel du passé. Elle est aussi création puisqu’elle permet de produire des images et des idées nouvelles. Pour Napoléon, « l’imagination gouverne le monde ».

L’imagination en littérature fait appel à des matériaux pris à la fois dans sa mémoire et dans son inventivité. Ceux qui écrivent créent des personnages, des situations, des lieux, des événements qui sont transformés ou créés de toute pièce.

La frontière me semble parfois bien mince. Dans mon activité créatrice, je distingue parfois ce qui vient de l’expérience : une anecdote, un trait de caractère d’un proche, un lieu connu… c’est-à-dire un élément venu de la vraie vie; et ce qui est issu d’une invention : un motif de vengeance, une personnalité, un dialogue… c’est-à-dire un élément inexistant, mais rendu vraisemblable.

Tout est dans la relation entre le vrai et le vraisemblable. Ce que permet l’écriture, c’est le jeu entre ces deux termes. J’imagine du possible à partir du réel. J’entremêle les deux.

J’entends souvent dire que nous sommes plusieurs dans la famille à « beaucoup broder » à partir de situations ou de gens. C’est dit avec tendresse et beaucoup de justesse. J’adhère complètement. C’est même un jeu. Vient peut-être de là mon désir d’écrire.

J’aime bien cette idée de broderie dans l’écriture. Un petit point de vrai, un petit point de vraisemblable, des écheveaux de fils plein la tête, des aiguillées de couleurs plein les doigts ! Mes histoires prennent forme sur le canevas de mes pensées avant de s’incarner sur la toile blanche de ma page.

J’ai une foultitude d’histoires et de personnages qui attendent dans ma boîte à ouvrage, ils s’impatientent même. Tourneboulent des idées de nouvelles, des idées de roman, j’aimerai aussi écrire un scenario pour une lecture à la radio… Je ne suis pas en peine d’imagination, seulement de temps !

J’ai pris la résolution d’en trouver : plus de formation continue, plus d’activité bénévole, plus d’intervention à l’Institut Régional du Travail Social, moins de travail ramené à la maison (parce que plus du tout, impossible, de toutes les assistantes sociales du Ministère de la Justice, j’ai le secteur de France le plus chargé !).

Privilégier l’imagination pour proposer son interrogation du monde.

Pour Baudelaire, « Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton ».